Crédits : Artiom Sergueïev

« Bienvenue à la fin de nulle part » : les péripéties d’un auto-stoppeur russe en Islande

Après avoir chassé les aurores boréales à Barentsburg, le Pétersbourgeois Alexandre Nikitine, auteur de la page Vykudashow, blog de voyages qu’il tient sur VKontakte, raconte cette fois comment il a dormi sous l’aile d’une épave d’avion et participé à un rassemblement de moutons au paradis des auto-stoppeurs.

« Salut ! Je m’appelle Alexandre. Mon ami et moi, on est russes et on vient travailler pour Mike. »

Deux Polonais échangent un regard derrière le comptoir du bar.

« C’est votre tente qui se trouve dans la cour arrière ?

‒ Oui. Mike nous a promis de nous héberger mais il n’était pas vraiment en état de nous accueillir hier soir.

‒ Quoi, il a de nouveau bu comme un trou ?

‒ Il a un peu exagéré, ça arrive à tout le monde. T’es sa femme ou quoi ?

‒ Non, je ne suis pas sa femme. Il est gay, il vit avec son copain.

‒ Аh.

‒ Et il est alcoolique. Sérieusement, il a une vraie dépendance. Du café ?

‒ Je veux bien, merci.

‒ Alors, ça vous plaît l’Islande ? »

Je sors du bar : le soleil se déchaîne dans le ciel nu et un parfum douceâtre de fruits de mer flotte depuis l’usine de traitement de poisson. La tente qu’Artiom et moi avons plantée entre la station-service et le port résiste à grand-peine contre le vent violent en provenance de l’océan. Je passe ma tête à l’intérieur et réveille mon ami :

« Mec, je crois qu’on est mal barré. »

En route pour Reykjavik

Nous avons fait la connaissance de Mike l’hiver dernier, lorsque nous étions barmen à Barentsburg. Américain trapu d’une quarantaine d’années, aux racines croates et aux allures de bootlegger, il est prof d’anglais dans un petit hameau de pêcheurs à l’extrémité nord de l’Islande, où il tient l’unique bar dans un rayon de 200 km. C’est là qu’il nous a proposé de travailler. Par déformation professionnelle, on s’habitue rapidement, derrière le comptoir, à ne pas prêter attention aux paroles creuses des clients éméchés : « T’es un chouette type, voilà ma carte de visite, fais-moi signe si tu passes par chez moi », dont ils ne se souviennent déjà plus le lendemain. Mais Mike s’est révélé une exception. Vers la mi-juillet, n’ayant rien à perdre, Artiom et moi faisons un saut à Reykjavik.

Le village où Mike tient son bar se trouve au nord-est du pays, à l’endroit le plus éloigné de la capitale. Le ticket de bus pour s’y rendre coûtant autant que notre billet d’avion, nous décidons de faire du stop, comme au bon vieux temps.

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Knife, Alexandre Nikitine (texte)Traduit par Maïlis Destrée

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