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Alexandre Sergueïev. Crédits : Kremlin.ru

Alexandre Sergueïev : « La diplomatie scientifique est essentielle dans le contexte politique actuel »

Alexandre Sergueïev, président de l’Académie des sciences de Russie (RAN), explique dans une interview au journal Kommersant la volonté des chercheurs de proposer des projets scientifiques globaux qui donneront une impulsion à l’industrie nationale et aideront à l’établissement de relations internationales.

En septembre 2017, à la veille de votre élection à la tête de la RAN, vous avez reconnu que la science russe « se trouvait dans la vallée de la mort ». Six mois se sont écoulés depuis. Avez-vous, entre-temps, trouvé un moyen de sortir de cette « vallée » ?

Alexandre Sergueïev : Laissez-moi vous expliquer ce que j’entends par « vallée de la mort ». Regardez qui soutient la science dans les pays à la pointe en matière de nouvelles technologies. Il ne s’agit pas uniquement de l’État, mais également des entreprises, qui retirent des bénéfices du lancement rapide de projets scientifiques sur le marché. La recherche est financée à environ 80 % par le monde des affaires aux États-Unis, et à plus de 50 % en Europe. En URSS, la science était une compétence de l’État. Au début des années 2000, la Russie a décrété qu’elle devait rapidement organiser la science de la même manière qu’en Occident. Mais en fin de compte, il est apparu que l’État n’était plus en mesure de financer la recherche, et les entreprises ne voyaient pas encore la nécessité d’y investir.

Il faut comprendre que la recherche repose sur trois piliers. Tout commence avec les sciences fondamentales, dont l’État est responsable. Leurs résultats sont utilisés pour mener des études ciblées. Ensuite viennent les sciences appliquées, qui permettent de mettre au point un prototype fonctionnel dans lequel des entreprises sont prêtes à investir.

La « vallée de la mort » se situe entre les deux. La recherche fondamentale aboutit à un résultat mais l’État refuse de financer les travaux ultérieurs, et les entreprises ne veulent pas investir en l’absence de prototype.

Comment les autres pays règlent-ils ce problème ?

A.S. : Leur économie est d’un autre niveau et repose sur les technologies de pointe. Pour cette raison, les entreprises peuvent se permettre de soutenir la recherche dès sa phase initiale. Il ne fait aucun doute que les entreprises de matières premières ont également besoin de la science, mais pas à la même échelle. Elles ne voient pas comment amortir rapidement leurs investissements dans la science. Le contraste est particulièrement frappant si on les compare aux sociétés de technologies de l’information (IT), qui ramassent à la pelle les fruits de la recherche scientifique.

Nous avons tout de même des entreprises IT telles que Yandex, Kaspersky, ABBYY…

Bien entendu, et c’est justement de ce genre d’entreprises que vient la demande en travaux scientifiques. Mais leur poids dans notre économie n’est pas élevé. […]

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Traduit par Maïlis Destrée

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