« Les oligarques ont une règle tacite : une fille, une fois »

Mi-février, l’opposant Alexeï Navalny a accusé l’oligarque Oleg Deripaska d’avoir tenté de corrompre le vice-Premier ministre russe, Sergueï Prikhodko, en l’invitant sur son yacht où l’attendait une escort girl d’origine biélorusse, Nastia Rybka.

L’affaire a fait scandale après que la jeune femme a publié sur son compte Instagram des photos la montrant en compagnie des deux hommes.

Dernier rebondissement en date, Nastia Rybka, arrêtée le 26 février en Thaïlande, vient de demander l’asile politique aux États-Unis. Elle prétend détenir des informations impliquant Oleg Deripaska dans l’affaire des soupçons d’ingérence russe lors de l’élection présidentielle américaine.

La revue culturelle russe Colta.ru a interviewé, sous couvert d’anonymat, une femme dont le métier est de trouver des filles pour les oligarques qui l’emploient. Plongée dans l’univers d’une rabatteuse de luxe.

 

— Comment le scandale autour de l’escort girl Nastia Rybka a-t-il pu arriver ? Oleg Deripaska a fait appel à une agence spécialisée…

— Les gens du niveau de Deripaska n’ont pas recours à des agences. Ce sont des légendes inventées par les journaux. Ces agences existent, évidemment, mais les hommes dont nous parlons veulent autre chose. Si vous avez de l’argent, quel est l’intérêt d’acheter un sac Hermès Birkin que quelqu’un a déjà porté ? Ou une voiture d’occasion ? Les oligarques recherchent des filles qui font ça pour la première fois, qui ne sont justement pas des escorts professionnelles.

En pratique, les oligarques ont des « assistantes », comme moi, qui travaillent pour eux. Nous sommes principalement des femmes, âgées de 40-45 ans, qui faisons ce boulot depuis 15 ans. Il y a 20 ans, quand sont apparus les oligarques, les assistantes travaillaient elles-mêmes dans les hôtels [comme prostituées, ndlr], au Cosmos, au Rossia ; à l’époque, le marché était tout petit. Les filles les plus intelligentes sont restées dans ce business pour devenir agentes d’escorts. Les autres, comme moi, ont managé un temps des agences de mannequins – il y en avait des milliers à l’époque – puis sont devenues assistantes.

—  « Assistantes » : sur toutes les questions du quotidien, donc ?

— Non, assistantes personnelles, seulement… Disons, pour les affaires intimes. Nous recevons un salaire fixe.

— Combien ?

— 20 à 25 000 dollars par mois.

— Combien de temps vous prend votre travail ?

— Cinq heures par jour. J’ai une base de mannequins et je rencontre leurs copines, qu’elles m’amènent. Une assistante ne travaille qu’avec un seul oligarque, voire avec quelques-uns de ses associés de niveau inférieur. Elle connaît les goûts de « son » oligarque en long et en large. Quand je rencontre une nouvelle fille, je sais immédiatement si elle conviendra ou non à mon employeur.

— Comment trouvez-vous les filles ?

— Il y a à Moscou un cercle de gens jeunes et beaux, qui sortent et font la fête ensemble. Les mannequins fréquentent des mannequins, travaillent dans les mêmes agences. Les filles que nous avons déjà rencontrées parlent de nous à leurs copines : elles savent qu’elles peuvent partager l’argent.

— C’est-à-dire qu’elles prennent un pourcentage ?

— Oui.

— Nastia Rybka a affirmé qu’avant d’aller sur le yacht d’Oleg Deripaska, elle a passé un casting à Chokoladnitsa [chaîne de cafés moscovites populaires] avec 15 autres jeunes femmes…

— Oui, […]

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Traduit par Julia Breen