La mode musulmane russe à la conquête du monde

On assiste, dans la mode musulmane russe, aux mêmes évolutions que celles aperçues dans la mode en général, il y a dix ou quinze ans : baisse des importations, apparition de marques nationales fortes, entrée sur le marché mondial. À quelques nuances près : le développement est plus rapide, les perspectives plus vastes, et les principaux acteurs sont des femmes. Un tour d’horizon du quotidien Kommersant.

Galina Trochina, belle femme d’âge moyen, vêtue d’une longue robe et d’un élégant turban, nous accueille dans son petit bureau du sud de Moscou. Depuis que le centre commercial Columbus, dans le quartier de Tchertanovo, a augmenté ses loyers, la marque dirigée par Galina, Bella Kareema, a en effet trouvé un refuge temporaire dans son siège social, qui lui sert actuellement d’atelier, de show-room et de point de vente. Parmi les quelques clientes présentes, certaines sont en jupe longue, d’autres en jeans, et il est difficile de juger de leur appartenance confessionnelle d’après leur tenue. Même constat à propos des vêtements exposés. Si l’Orient est indéniablement présent, on est loin de l’image du souk traditionnel : pas de couleurs criardes, des jupes aux genoux et des tenues cintrées, des pantalons larges mais aussi de petites vestes aux coupes tout à fait contemporaines. Pas trace, toutefois, de tissus transparents ni d’imprimés représentant des personnes ou des animaux : la charia les interdit expressément.

« Nous essayons, tout en restant dans le cadre de la modest fashion ( « mode pudique »), de tendre à des choses universelles. Nous n’avons pas peur des imprimés de couleurs vives ni des silhouettes audacieuses, nous saluons les collaborations avec des créateurs… Je peux vous dire que près de la moitié de nos clientes ne sont pas musulmanes. La modest fashion est une tendance mondiale, qui intéresse les femmes de diverses confessions, même s’il est clair que les marques musulmanes dominent largement le marché », explique Galina.

À l’atelier, le travail bat son plein pour préparer la nouvelle collection : le mois du Ramadan approche et, selon la tradition, ces dames voudront s’acheter des robes pour l’occasion. Si Bella Kareema n’emploie que des femmes, celles-ci sont orthodoxes, musulmanes, juives… Le principal critère, confirme la directrice commerciale, est la qualité du travail. Galina Trochina n’aime pas parler d’elle, de sa famille ou des sources de financement de sa marque. « Dans l’islam, le crédit est un péché : on ne vit pas sur l’argent des autres. Les entreprises peuvent utiliser leurs ressources propres ou des investissements extérieurs, ou encore recourir aux services de banques musulmanes. Bella Kareema fonctionne sur ses fonds propres et grâce à des sponsors », répond-elle quand on l’interroge sur l’argent, éludant la question.

Galina Trochina est originaire de Sibérie. En 2011, elle se convertit à l’islam et quitte son emploi, pour se consacrer à l’étude de l’arabe et à la lecture du Coran. En 2013, après avoir rencontré la talentueuse styliste originaire de Kazan Diliara Sadrieva, elle propose de se charger du développement de sa marque. En quelques années, […]

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KommersantTraduit par Julia Breen