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Sondage : 69% des Russes se disent attirés par une carrière dans les services secrets

Au moment du putsch de Moscou, en août 1991, les citoyens soviétiques en colère et, en premier lieu, toute une jeunesse avide de changement, ont obtenu le déboulonnage de la statue de Felix Dzerjinski, fondateur, un siècle plus tôt, en 1918, du premier service de sécurité intérieure : la Commission extraordinaire panrusse, ou Tchéka. La statue, qui trônait en plein cœur de la capitale, sur la place Loubianka, n’a cependant pas été détruite : elle a été démontée de façon civilisée et déplacée dans le parc Muzeon, où elle se trouve toujours, aux côtés d’autres monuments soviétiques remisés. Mais du temps a passé depuis que les partisans de Boris Eltsine et Mikhaïl Gorbatchev ont gagné contre les putschistes, représentants de la vieille nomenklatura du Parti communiste russe (PCUS)…

Statue de Dzerjinki dans le parc Muzeon. Crédits : DR
Statue de Dzerjinki dans le parc Muzeon. Crédits : DR

Publié fin janvier 2018, un sondage de la Fondation de l’opinion publique (FOM) portant sur « La perception des services russes de sécurité nationale » compare les réponses aux mêmes questions posées à la population russe en 2001 et 2018 (soit entre l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et aujourd’hui). Alors que les Russes n’étaient que 29 %, en 2001, à souhaiter que leurs enfants ou petits-enfants travaillent dans les rangs de la sécurité nationale, ils seraient aujourd’hui près de 45 % à le désirer, soit près de la moitié des sondés.

En 2001, la part des Russes ayant une opinion positive et négative du travail des services de sécurité était à peu près égale : respectivement 35 % et 34 %. En 2018, les sondés sont deux fois plus nombreux à les juger de façon positive (66 %), alors que la part des opinions négatives a été divisée par deux, chutant à 12 %.

Dans le même temps, la perspective d’une carrière au sein du FSB attire aujourd’hui 69 % des Russes, contre 42 % il y a 17 ans (et 76 % contre 42 % parmi les moins de 30 ans).

Les Russes estimant au contraire que le métier n’a aucun prestige sont, à l’inverse, beaucoup moins nombreux de nos jours : 34 % en 2001 ; ils sont 11 % en 2018 (de 45 % à 15 % chez les jeunes).

Siège du FSB, sur la place Loubianka. Crédits : Wikimedia
Siège du FSB, sur la place Loubianka. Crédits : Wikimedia

Des espions New Look

Il y a plusieurs raisons à ce regain de popularité. Tout d’abord, le rôle de la publicité (notamment télévisuelle) qui appelle à faire carrière dans le renseignement, fortement renforcée après le début de la crise ukrainienne en 2014. Le travail de communication des services de sécurité eux-mêmes est devenu beaucoup plus habile. Ces derniers soignent désormais leur image.

Par ailleurs, on ne compte plus, à la télévision russe, les séries mettant en scène ces « tchékistes ». Tantôt idéalisant à l’extrême la profession, tantôt cultivant la nostalgie pour le passé soviétique. Elles éclipsent toutes brillamment le souvenir collectif de plusieurs générations sur les répressions massives de la période stalinienne. Parallèlement, les médias d’État forment l’image d’agents des services de sécurité combattant bravement la menace extrémiste en multipliant les nouvelles d’arrestations de terroristes, d’attentats déjoués et de clans mafieux liquidés dans le Nord-Caucase.

En 2001, 26 % des sondés déclaraient que « le fait qu’une personne ait travaillé ou travaille dans la sécurité nationale » avait « une influence positive » sur leur opinion à son égard. Ils sont 47 % à penser de cette façon aujourd’hui. À l’inverse, ceux pour qui ce facteur a « une influence négative » ne sont plus que 5 %, contre 12 % à l’époque.

Staline et Nikolaï Iéjov, chef de la police secrète des années 1930, le NKVD. Celui-ci sera éliminé durant les purges staliniennes. Crédits : Image d'archives
Staline et Nikolaï Iéjov, chef de la police secrète des années 1930, le NKVD. Celui-ci sera éliminé durant les purges staliniennes. Crédits : Image d’archives

Un ascenseur social

Selon l’analyste-expert du FOM Grigori Kertman, cité par le quotidien Vedomosti, le prestige des services de sécurité est aussi renforcé par la confrontation qui s’intensifie avec l’Occident. La télévision a plongé la population dans un état d’esprit de citadelle assiégée, qui engendre le besoin de parer les machinations des forces présentées comme hostiles. La multiplication des informations sur les attentats terroristes en Russie et à l’étranger, commis mais aussi déjoués, persuade la population de la nécessité de l’existence des services secrets, et le danger d’une ingérence de plus en plus profonde de ces derniers dans le quotidien et la vie privée se trouve, pour la plupart, relégué au second plan, estime Grigori Kertman.

L’autorité des services de sécurité est enfin renforcée par le facteur économique. Selon les données du Service fédéral russe anti-monopole, la part du secteur public dans l’économie est passée de 35 % au milieu des années 2000 à 70 % à la fin de la décennie. L’État contrôle les principales ressources financières du pays, et une brillante carrière dans la sécurité nationale représente, pour beaucoup, une forme d’ascenseur social. L’illustration la plus brillante de ce phénomène étant évidemment la carrière et la biographie du président lui-même, mais aussi de nombre de ses ministres et conseillers issus, comme lui, du KGB soviétique.

Le président russe Vladimir Poutine accompagné de son ancien supérieur du KGB, Lazar Matveïev, officier de liaison du KGB auprès de la Stasi de 1982 à 1989. Crédits : Kremlin.ru
Le président russe Vladimir Poutine accompagné de son ancien supérieur du KGB, Lazar Matveïev, officier de liaison du KGB auprès de la Stasi de 1982 à 1989. Crédits : Kremlin.ru

La médecine reste en tête

Toutefois, selon les chiffres recueillis par le Centre russe d’étude de l’opinion publique, le désir de marcher sur les traces de Dzerjinski ne concerne pas encore la majorité des jeunes Russes. La profession la plus populaire dans cette catégorie de population demeure la médecine (35 %), bien que cette branche d’activité, à l’exception de Moscou et Saint-Pétersbourg, soit plutôt mal rémunérée. La carrière militaire, qui inclut le travail dans les organes de la sécurité intérieure, arrive en deuxième position (13 %), avant le métier de juriste (11 %), puis celui d’économiste (9 %).

Comment les priorités de la jeunesse russe évolueront-elles sous le quatrième mandat de Poutine qui s’annonce ? Nul ne saurait le dire. Une chose, pourtant, est certaine à 100 % : les services de sécurité ne risquent pas, dans les années à venir, de manquer de financements budgétaires.

Anton Ramov

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  1. Derjinky toujours présent ! Même en statue c’est plutôt inquiétant . Mais était-il des services secrets ? cet homme qui disait que ce sa réussite était de faire souffrir les suspects le plus fort et le plus longtemps possible !
    Ses suspects ? des compatriotes ( russes car il était d’origine polonaise) envoyés , entre autres, au pays de la mort blanche et reconnus innocents ( pour ceux qui vivaient encore) et réhabilités Apres 1956 .
    Son service,  » secret », comme celui de la Geheim Statd Polizei connue sous le nom de gestapo et dont à l’époque faisait trembler tout un chacun .
    Non, si les jeunes russes désirent apporter une contribution à leur pays qu’ils aillent chercher les informations dans les citadelles qui le menacent.
    Soldats de l’ombre et non pas tortionnaires .
    Qu’ils ne salissent pas leur drapeau .

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