Patriotes russes / citoyens français : deux philosophies de la conscription

Le 23 février, la Russie célèbre le Jour des défenseurs de la patrie. L’origine de cette fête annuelle remonte à l’époque soviétique. Le 23 février 1918, alors que le pays est plongé dans la guerre civile, les premières unités de l’Armée rouge, composées d’ouvriers et de paysans, sont formées. En 1946, elle est renommée Armée soviétique par Staline. En cent ans d’existence, soviétique puis russe, celle-ci a toujours été une armée de conscription. Aujourd’hui, ce thème trouve un écho inattendu en France, où les autorités prévoient de rétablir le service militaire obligatoire.

La Russie a instauré le service militaire universel en 1874. Formellement, il est encore en place aujourd’hui. En principe, tout jeune Russe âgé de plus de 18 ans doit effectuer une période d’un an sous les drapeaux. Mais le système de conscription a fortement évolué depuis la fin de l’URSS.

À l’époque soviétique, l’ensemble de la population masculine âgée de 18 à 55 ans pouvait être enrôlée à tout moment. Dans les années 1970-1980, les cinq millions de soldats et de sergents de l’armée soviétique ne se composaient que de conscrits. Beaucoup de jeunes étaient toutefois dispensés du service militaire : pour des raisons médicales ou parce qu’ils avaient suivi une formation militaire pendant leurs études supérieures, ce qui leur donnait le statut d’officier de réserve. Ils ne pouvaient être recrutés qu’en temps de guerre.

Une gigantesque école militaire

Dans les années 1960-1980, l’URSS se prépare à la guerre, à la fois contre la Chine et l’OTAN. Le gouvernement propose alors de créer une armée forte de 11 millions de soldats. 8 millions d’entre eux n’ont en fait effectué que leur service militaire, ils sont pourtant considérés comme des réservistes opérationnels, mobilisables à tout moment. Bien entendu, un tel projet n’est réalisable que si tous les hommes du pays reçoivent un véritable entraînement au combat. Au fond, la conscription à la soviétique est une gigantesque école militaire où sont formés les futurs réservistes.

Après l’effondrement de l’URSS, ce système ne fait que se dégrader. Des cas de bizutages cruels (au cours desquels des soldats briment les nouvelles recrues) sont rapportés – conséquence inévitable de la conscription. […]

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Alexandre Golts, analyste militaire

Dernières nouvelles de la Russie

International

Vostok-2018 : Tensions à l’Ouest, Manœuvres à l’Est

Le 11 septembre, la Russie entre, avec la Mongolie et la Chine, dans la phase active des manœuvres militaires Vostok-2018 ( « Orient-2018 ») qui se déroulent en Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, annonce la participation de près de 300 000 hommes et d’une quantité impressionnante – 36 000 ! – de véhicules blindés. L’état-major de l’OTAN, à Bruxelles, s’est dit inquiet de ces manœuvres, que le quotidien allemand Handelsblatt compare aux plus grosses opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale. Du moins la Russie n’avait-elle plus déployé autant de puissance dans la zone eurasiatique depuis les exercices soviétiques Zapad, en 1981, rappelle le quotidien. Mais est-ce réellement le cas ? Le grand penseur et stratège de la Chine antique Sun Tzu affirmait qu’ « un général de valeur gagne la bataille avant de la mener ». Si l’objectif stratégique des exercices Vostok-2018 était de démontrer la puissance militaire de la Fédération de Russie à son ennemi potentiel, alors l’état-major l’a déjà atteint : les hommes et l’arsenal déployés au cours de cet exercice, si l’on en juge par l’article d’Handelsblatt, ont profondément impressionné l’Occident. Toutefois, à y regarder de plus près, le tableau est légèrement différent. L’esprit de la « guerre froide » À l’époque des grandes manœuvres Zapad-1981, évoquées par Handelsblatt, l’URSS, qui possédait une armée de cinq millions d’hommes, en avait déployé 100 000 ou 120 000. Un chiffre qui semblait déjà colossal, mais qui était parfaitement justifiable. L’Union soviétique se préparait en effet à une guerre mondiale et totale, contre un ennemi possédant l’arme nucléaire. Les scénarios de conflit élaborés pour les États membres du Traité de Varsovie, déclassifiés en 2005 par le gouvernement polonais, donnent une idée des plans de l’état-major soviétique. Ils envisageaient une frappe nucléaire américaine surprise contre les troupes soviétiques de RDA et de Pologne, et, en réponse, des bombardements de l’Armée rouge sur l’Allemagne, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Sin'khua10 septembre 2018
Société

Le retour des commissaires politiques

Le 30 juillet, le président russe Vladimir Poutine a nommé le général-colonel Andreï Kartapolov à la tête de la nouvelle « Direction militaro-politique centrale des Forces armées » (GVPU). La décision présidentielle est passée largement inaperçue dans la société et les médias. Ce n’est pourtant pas une réorganisation de routine : le nom de cette nouvelle structure en rappelle une autre, la Direction politique centrale des Forces armées de l’URSS (GlavPur), l’institution soviétique responsable de l’encadrement politique et idéologique des troupes. En d’autres termes, les commissaires politiques. C’est cette institution qui s’apprête à faire son retour dans l’armée russe. L’ordre présidentiel a été signé l’année du centenaire de l’apparition des départements politiques dans l’Armée Rouge. En 1918, les bolcheviks, considérant le tour défavorable que prend pour eux la guerre civile, incorporent dans leurs troupes des « spécialistes militaires », anciens officiers de l’armée impériale dont ils recherchent l’expérience, mais auxquels ils ne font pas confiance. Ils décident alors de leur adjoindre des commissaires chargés de les surveiller et de déjouer la moindre tentative d’activisme contre-révolutionnaire de leur part. Leur autorité politique est parfois doublée d’une autorité militaire. Entre pragmatisme et paranoïa En 1942, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’URSS vacille, le corps des commissaires politiques, jugés inefficaces et même dangereux pour l’unité de la chaîne de commandement, est dissous. Réactivé après la victoire sur l’Allemagne nazie, et jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique, le GlavPur est l’une des institutions les plus conservatrices du pays. Sous Staline, pourtant, les officiers soviétiques sont entièrement dévoués au pouvoir. Ils se montrent d’une loyauté sans faille à son égard. Qu’importe : pour justifier leur existence, les héritiers des commissaires se rabattent sur la « lutte pour la pureté des troupes ». […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Kommersant7 août 2018
International

La diplomatie du S-400

« Il faut jouer avec les cartes que nous offre l’époque », écrivait Stendhal. Les experts s’accordent pour dire que, mis à part dans les situations de conflit militaire, Moscou est en situation de relative faiblesse en politique étrangère, vis-à-vis des autres grandes puissances. Dans ces conditions, la vente d’armes perfectionnées devient pour elle un instrument diplomatique de poids. Et son système de défense antiaérienne et antimissile S-400 est le joyau de cette diplomatie. Le succès commercial du S-400 ne doit rien au hasard. Les performances du système (doté de 48 missiles, il est capable de poursuivre jusqu’à 80 cibles et interdit toute approche inférieure à 400 km de sa position) surpassent nettement celles de son concurrent, le « Patriot » américain. Il est conçu pour détruire à peu près tout ce qui vient du ciel : chasseurs-bombardiers, avions furtifs, avion de surveillance AWACS, missiles de croisière, missiles balistiques, drones… Le S-400 est l’arme idéale pour les stratégies dites de « déni d’accès », interdisant des régions entières aux forces aériennes d’un ennemi potentiel. En Syrie, après le déploiement d’un tel système lui permettant de placer sa base de Lattaquié sous une bulle de protection, l’armée russe a considérablement réduit la marge de manœuvre des forces aériennes occidentales engagées dans le conflit. Les progrès importants accomplis par la Russie dans les systèmes de défense antiaérienne s’expliquent par l’effort entrepris par les États-Unis et leurs alliés depuis plusieurs décennies pour s’assurer une maîtrise complète du ciel et développer des avions de combat de plus en plus performants. Impressionnés par les démonstrations de supériorité aérienne occidentale pendant les guerres en Irak et en ex-Yougoslavie, les Russes se sont concentrés sur la mise au point de tels systèmes leur permettant d’entraver les capacités aériennes des États-Unis et de l’OTAN.« La Biélorussie a été la première à recevoir des systèmes S-400, fournis à titre gracieux par Moscou à son allié dans l’espoir d’obtenir en échange une base aérienne sur le territoire biélorusse. » La fabrication du S-400 a cependant été un parcours semé d’obstacles. Le système a été proposé aux forces armées de la fédération de Russie dès 2007, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

26 juillet 2018