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La mascotte de la Coupe du monde 2018. Crédits : FIFA

Ekaterinbourg attend l’Équipe de France et espère des retombées économiques du Mondial 2018

La ville de Ekaterinbourg accueillera quatre matchs de la Coupe du Monde, dont celui opposant la France au Pérou le 21 juin prochain. Quelles seront les suites du tournoi pour la capitale de l’Oural ? Pronostics d’experts.

« L’impact économique de la Coupe ne sera pas le même dans toutes les villes hôtes », explique Elena Chakina, directrice du Laboratoire international d’économie à l’École des hautes études en sciences économiques de Saint-Pétersbourg. « S’il devrait être insignifiant à Moscou et Saint-Pétersbourg, il sera bien plus élevé à Kazan, Ekaterinbourg et Samara par exemple, où le tourisme peine à se développer », estime l’experte.

« Lorsqu’en 2010 la Russie a été choisie comme pays organisateur du tournoi, nous avons analysé le bilan des Coupes du Monde de ces vingt dernières années, en particulier celles qui ont eu lieu en Afrique du Sud et au Brésil, rappelle Leonid Rapoport, ministre de l’Éducation physique et des Sports de la région de Ekaterinbourg. Une analyse qui s’est révélée précieuse pour la conception et la construction du stade Ekaterinbourg Arena. Ce dernier pourra accueillir 35 000 spectateurs, conformément aux exigences de la FIFA, et est équipé de deux tribunes de 6 000 places chacune ; elles seront démontées après le tournoi et transférées à plusieurs municipalités de la région pour y construire des stades.

La solution pour remplir les stades: deux championnats en Russie

Parmi les onze villes russes qui accueilleront le tournoi, seules cinq possèdent une équipe de football jouant en Première Ligue russe. Les six autres pourraient connaître des difficultés pour remplir leurs stades après la compétition. Si Ekaterinbourg, grâce à son club de football Oural, devrait bien s’en sortir, elle devra toutefois rentabiliser son stade, qui comptera 23 000 places après le démontage des tribunes temporaires.

« Depuis quatre ou cinq ans, 7 500 supporters assistent en moyenne aux matchs de football à Ekaterinbourg. Durant toute cette période, un seul a été joué à guichets fermés », note Alex Krumer, professeur à l’université suisse de Saint-Gall. Et de proposer cette solution : « Les équipes russes ne jouent que dans les compétitions organisées dans la partie européenne du pays. Pourquoi ne pas organiser deux championnats en Russie, un dans l’ouest et un dans l’est du pays ? Cela attirerait des touristes en provenance d’Asie. Les clubs russes orientaux pourraient participer à des tournois asiatiques : il leur suffirait d’obtenir l’accord des autorités. »

Le football reste la meilleure façon de remplir un stade comme celui de Ekaterinbourg. La solution consistant à y organiser des concerts semble peu prometteuse. À l’occasion de la Coupe de 2010, l’Afrique du Sud a par exemple construit deux stades au Cap et à Durban, comptant respectivement 55 000 et 54 000 places. Sept ans après, le premier n’a accueilli que deux concerts et le second un seul. Une moyenne de six mille supporters assiste aux matchs qui y ont lieu. Le stade du Cap enregistre chaque année 440 000 euros de pertes. Certains des stades brésiliens construits à l’occasion de la Coupe de 2014 sont, eux, actuellement occupés par… des troupeaux de vaches.

100 000 touristes attendus

« Nous comptons sur l’arrivée de nombreux visiteurs grâce au tournoi », commente Tamara Klichina, directrice de la société de gestion Usta Hotels. « Nous envisageons l’année à venir avec optimisme. Par le passé, la ville construisait de nouveaux hôtels avant la tenue de grands événements. Cela n’a pas été nécessaire pour la Coupe du Monde car Ekaterinbourg a désormais suffisamment de lieux d’hébergement. Nous éviterons ainsi de connaître une récession comparable à celle qui a suivi le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai en 2009, où les nouveaux hébergements se sont retrouvés vides », explique Mme Klichina.

Cent mille touristes viendront dans la capitale de l’Oural durant le Mondial, estime Anna Baïtchibaïeva, présidente du comité d’organisation des grands événements russes et internationaux de Ekaterinbourg: « Il s’agira aussi bien de touristes étrangers que d’habitants des villes voisines telles que Tcheliabinsk et Tioumen, qui n’ont pas de billets pour les matchs mais souhaitent visiter les fan zones. »

Pour amortir les 12,2 milliards de roubles (180 millions d’euros) qu’a coûté le stade Ekaterinbourg Arena, chaque visiteur devrait, selon Alex Krumer, dépenser au moins 122 000 roubles (1 800 euros) (hôtel, restaurants, souvenirs) lors du championnat ‒ un objectif bien entendu irréaliste.

Le stade Ekaterinbourg Arena en rénovation, en juillet 2017. Crédits : Wikimedia
Le stade Ekaterinbourg Arena en rénovation, en juillet 2017. Crédits : Wikimedia

Le goût du ballon rond

Outre les infrastructures sportives, l’héritage majeur du Mondial sera l’engouement de milliers de jeunes Ekaterinbourgeois pour le football, estime Evgueni Kouïvachev, gouverneur de la région. « Le football est l’un des meilleurs moyens de donner le goût du sport à la jeune génération, de l’arracher à ses gadgets et de lui inculquer les valeurs du leadership. Le football étant un sport accessible, je m’attends à voir, après le tournoi, des milliers de jeunes garçons et filles, ballon au pied dans les cours d’immeubles. Si la Coupe du Monde incite notre jeunesse à faire du sport, voire à simplement mener un mode de vie actif et sain, son impact sera inestimable, et les investissements dans sa préparation deviendront des investissements dans notre avenir », affirme le gouverneur.

Expert est un hebdomadaire économique national, tiré à 92000 exemplaires. Fondé en 1995 par une équipe de journalistes issus de la rédaction du quotidien Kommersant, Expert analyse le développement des grandes et petites entreprises en Russie et offre des analyses détaillées de la politique intérieure et internationale.

ExpertTraduit par Maïlis Destrée

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