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Catherine Deneuve. Crédits : ecranlarge.com

Aliona Popova : « Le droit d’importuner, cela n’a pas de sens »

La tribune d’un collectif de cent femmes françaises, dont l’actrice Catherine Deneuve, publiée le 9 janvier dans Le Monde, défendant la « liberté d’importuner » a suscité de vives réactions dans le monde, y compris en Russie. Aliona Popova, militante pour les droits des femmes et fondatrice du réseau d’entraide féminine Projet W, ne comprend pas cette prise de position.

Le Courrier de Russie : Que pensez-vous de cette tribune ?

Aliona Popova : Je ne vois pas quelle est la logique dans la combinaison : « La liberté d’importuner » et « le viol est un crime ». Tout expert vous dira que le harcèlement est le premier pas vers l’agression sexuelle. Du côté de la victime, une femme qui tolère le harcèlement se taira probablement le jour où elle sera agressée et du côté de l’agresseur, celui à qui on a dit toute sa vie que voler un baiser est la norme ne comprendra jamais pourquoi ce n’est pas normal d’imposer un contact physique à une femme, sans son consentement.

Pour Catherine Deneuve et les actrices françaises, la liberté d’importuner est indispensable à la liberté sexuelle. Tout le reste, selon les auteurs de cette tribune, est du puritanisme. Je voudrais souligner que la liberté, notamment sexuelle, implique responsabilité et respect. Personne ne peut imposer un contact physique à autrui sans son consentement.

Dès lors qu’un homme peut tranquillement poser sa main sur le genou d’une femme, comme s’il possédait son corps, cette liberté n’existe plus. Notamment si celui-ci dispose d’un statut plus élevé, la femme se retrouve alors piégée. La liberté sexuelle, c’est quand on demande et que la personne en face a le droit de choisir.

Popova : « Qui aime bien, châtie bien ». Aliona Popova le 27 janvier devant la Douma contre le projet de dépénalisation de la violence domestique. Crédits : LCDR
Popova : « Qui aime bien, châtie bien ». Aliona Popova le 27 janvier devant la Douma contre le projet de dépénalisation de la violence domestique. Crédits : LCDR

LCDR : Que pensez-vous des actrices qui estiment que les actions comme #Metoo mettent la pression sur les hommes ?

A.P. : Moi, j’y vois simplement le signe encourageant que des femmes ont été capables de s’unir contre des pratiques inadmissibles : la dépossession de leur propre corps et l’atteinte à leur liberté de choisir. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal là-dedans.

LCDR : Avez-vous été surprise par cette sortie des actrices françaises ?

A.P. : J’ai été choquée par la signature de Catherine Deneuve parce que j’aime particulièrement ses films. J’ai aussi été surprise que les auteurs de la lettre dénoncent le fait que « faire la cour » est aujourd’hui considéré comme du harcèlement. Catherine Deneuve dit que les hommes peuvent faire preuve de galanterie et que c’est leur droit. Mais faire preuve de galanterie ne signifie pas pour autant qu’il faut manquer de respect aux femmes. Même si les auteurs de la tribune ne semblent pas voir la différence, tenir la porte et « mettre une main aux fesses » , ce n’est pas la même chose.

LCDR : Pourrait-on imaginer qu’un groupe de femmes rédige ce genre de lettres en Russie ?

A.P. : A priori, j’ y serais opposée, même si ce genre d’initiative aurait plus sa place dans une société patriarcale comme la nôtre.

Lors de l’affaire Weinstein, de nombreuses voix s’étaient d’ailleurs élevées en Russie pour défendre ce droit « d’importuner ». Comme l’a dit, avec ses mots, le réalisateur russe Andreï Kontchalovski : « Les hommes doivent imposer leur désir aux femmes, et les femmes doivent résister ». En Russie, on pense qu’une « vraie femme » doit supporter le harcèlement.

Les femmes françaises ont la chance d’être protégées par la loi, comme celle contre le harcèlement qui prévoit une peine d’un an de prison et 15 000 euros d’amendes. Mais c’est loin d’être le cas de toutes les femmes à travers le monde. La Russie ne possède aucune loi qui protège les femmes – que ce soit contre le harcèlement, contre la violence domestique, ou en tant que victime. Nous nous battons d’ailleurs tous les jours pour que ces lois intègrent la législation russe.

Je ne comprends donc pas pourquoi des femmes d’un pays comme la France – où elles sont protégées -, n’exigent pas que toutes les femmes à travers le monde jouissent des mêmes droits.

Propos recueillis par Manon Masset

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  1. Je pense que le harcèlement est vraiement terrible. Mais on me peut pas dire le même de la galanterie. Le siècle XVIII a été plein d’amour galant… et aussi de gents qui trompait les autres. Et parfois les femmes et même quelques hommes en profitent pour obtenir un meilleure position dans un milieu.

  2. Bonjour.en France pour les gens bien éduqués on se doit de respecter les femmes.Maintenant on peut aussi montrer à une femme qu’elle est belle et qu’elle nous plaît.Sinon l’homme ne serait pas homme c’est inscrit dans nos gènes.Il semblerait que certaines veuillent castrer psychologiquement les hommes.Les souris ont une penchant affirmé pour les tapettes.Ce sont des femelles dominatrices.Ne vous étonnez pas de la baisse de la natalité des populations européennes.

  3. Madame Popova devrait lire l’interview d’une autre signatrice de cette tribune des 100 Elisabeth Lévy directrice du magazine Causeur publiée dans le Figaro de ce weekend des 13 et 14 janvier 2018 qui fait parfaitement la distinction entre les agressions physiques et les mots.
    Elle verrait que les initiatrices de Balance ton porc sont dans une logique plus générale de restriction de la liberté d’expression constatée depuis des années en France.

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