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Vassya Oblomov. Crédits : Nasiliu.net

Les hommes russes disent niet à la violence domestique

Le portail russe Nasiliu.net (Non à la violence) a publié le 27 novembre une vidéo dans laquelle des célébrités russes, exclusivement masculines, expriment leur opposition à la violence domestique. Intitulée #LesHommesContreLaViolence, cette campagne de sensibilisation est une première dans un pays où la violence est présente dans un foyer sur quatre.

« Si nous cessons de cacher cette violence, qui de toute façon existe, et que nous disons tous à voix haute que c’est scandaleux, ce sera un pas de plus vers la guérison », lance le critique de cinéma Anton Doline dans cette courte vidéo réunissant journalistes, artistes et sportifs russes.

À coups de phrases chocs (« Qui aime bien ne châtie pas »), ces hommes affirment qu’il ne faut pas avoir peur de se dire victime et invitent les internautes à ouvrir le débat. « On entend souvent dire que la victime a provoqué le comportement de son agresseur. Mais c’est une ruse. Les hommes frappent rarement leurs supérieurs, même si ces derniers les provoquent tous les jours. Simplement, la culture russe enseigne aux hommes qu’un problème doit être résolu physiquement », souligne ainsi le journaliste Anton Krassovski.

Lutter contre la norme

Publiée le 25 novembre, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, la vidéo accompagne une campagne plus complète, présente sur le site (men.nasiliu.net), dans laquelle ces douze hommes déconstruisent les mythes et clichés sur la violence domestique. Première action de ce genre en Russie, la campagne est organisée par Nasiliu.net, seule plateforme dans le pays qui centralise de la documentation pour les victimes de violence domestique.

Anton Krassovski, "il frappe donc il n'aime pas". Crédits : Nasiliu.net
Anton Krassovski, « il frappe donc il n’aime pas ». Crédits : Nasiliu.net

 

« Nous souhaitions que ces personnalités se parlent d’homme à homme, car dans notre société patriarcale actuelle, les mots ont plus de poids dans la bouche d’un homme que dans celle d’une femme, estime l’avocate, défenseuse des droits de l’homme et co-fondatrice de Nasiliu.net, Anna Rivina. Et dans la plupart des cas, ce sont des hommes qui ont recours à la force contre leurs proches. »

Dans un pays où, selon l’ONU, une famille sur quatre est confrontée à la violence, Nasiliu.net veut aborder le sujet avec la société dans son ensemble, « y compris avec les gens qui n’ont jamais souffert ». « Les maris qui tapent sur leurs femmes et leurs enfants, ça existe dans tous les pays, mais le problème, en Russie, c’est que l’usage de la force dans l’intimité du foyer est considérée comme la norme. La plupart des victimes ne sont même pas conscientes d’être des victimes, et c’est pareil pour les bourreaux », poursuit Anna Rivina.

« Le droit de battre »

En filigrane, l’avocate dénonce l’adoption par la Douma, en janvier dernier, de la très débattue loi sur la dépénalisation de la violence domestique, qui ne considère plus les « coups ne portant pas atteinte à la vie » comme un crime mais un délit administratif (passible d’une amende, de travaux d’intérêt général ou d’une détention de 10 ou 15 jours). « La loi russe autorise désormais à lever la main sur ses proches », résume Anna Rivina.

Mikhaïl Labkovski, "tu ressens une agression ? Inscris-toi chez le psychologue !"
Mikhaïl Labkovski, « tu ressens une agression ? Inscris-toi chez le psychologue ! »

Amère, la fondatrice de Nasiliu.net regrette surtout que, depuis vingt ans, les nombreux projets de loi protégeant les victimes de violence domestique proposés à la Douma aient tous été rejetés. « Dans le monde, 120 pays ont adopté des lois contre la violence domestique, y compris les anciennes républiques soviétiques. Mais la Russie, jamais », déplore-t-elle.

Pourtant, le temps presse : une femme meurt sous les coups de son conjoint toutes les 40 minutes en Russie, selon STOPVAW (Stop Violence Against Women website), qui rassemble les données sur les droits des femmes dans le monde.

Anton Dolin est journaliste, critique de cinéma, animateur radio et rédacteur en chef du journal L’art du cinéma.

Anton Krassovski est journaliste et présentateur télé. Il a été licencié en janvier 2013 de la chaine KontrTV, après avoir révélé publiquement son homosexualité. Directeur de la fondation Spid.tsentr (Centre VIH) depuis décembre 2017, il vient d’annoncer être porteur du VIH depuis 2011.

Vasia Oblomov, de son vrai nom Vasiliy Goncharov, est un musicien, poète et compositeur.

Alexeï Zimine est journaliste et critique culinaire. Il anime des émissions culinaires et est rédacteur en chef des revues GQ, Gourmet et Afisha eda. De 2010 à 2015, il a dirigé le restaurant et école gastronomique Ragout.

Grigory Pogosyan est journaliste, animateur radio et télé et entraîneur de sambo.

Artem Korolev est acteur, vidéo-jockey et présentateur télé sur les chaînes MTV et Piatnitsa.

Nikolai Svanidze est journaliste de télé, historien, professeur à la faculté de journalisme de l’Université d’État des sciences humaines de Russie à Moscou. Membre du Conseil pour le développement de la société civile et des droits de l’homme auprès du président russe.

Sergueï Voronov est guitariste, chanteur, auteur de chansons et membre du groupe CrossroadZ.

Vasili Tsereteli est sculpteur. Il dirige le Musée d’art contemporain de Moscou et est membre de l’Académie russe des Arts et de l’association des artistes de la Fédération de Russie.

Fedor Pavlov Andreevitch est artiste contemporain et directeur de la Galerie d’État sur Solyanka, à Moscou. Notamment célèbre pour sa performance « L’enfant abandonné », où il apparaît lors d’évènements officiels, sans l’accord des organisateurs, nu et enchaîné dans une boîte de verre. Ce qui lui a notamment valu, lors du Met Gala à New York, le 2 mai dernier, d’être arrêté par la police.

Mikhaïl Labkovski est psychologue, juriste, animateur télé et radio et auteur de nombreux essais, dont le dernier, Je veux et je ferai (« Kotchu i budu »), a été un best-seller en Russie en 2017.

Alexander Tsypkin est écrivain, journaliste et publicitaire. Notamment auteur d’un recueil de récits satyirques à succès : Les femmes d’âge incertain et autres histoires sans principe, traduit en français en 2015.

Manon Masset

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