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German Sterligov à cheval. Crédits : Wikimedia

Sous pression, le boulanger homophobe Sterligov revend sa chaîne moscovite

L’entrepreneur super-orthodoxe et ouvertement homophobe German Sterligov a annoncé la fermeture et la revente de ses boulangeries Khleb i sol à Moscou. Pour rappel : leur entrée était « interdite » aux homosexuels. Chronique d’un scandale.

"Entrée interdite aux pédés" derrière la vitrine d'une des boulangeries Khleb i sol. Crédits : VKontakte
« Entrée interdite aux pédés » derrière la vitrine d’une des boulangeries Khleb i sol. Crédits : VKontakte

C’était son principal argument de vente : un écriteau en bois, disposé derrière les vitrines, proclamant « Entrée interdite aux pédés ». Et c’est aujourd’hui la principale raison de la revente de ses six boulangeries moscovites, à en croire un message plein de haine posté par Sterligov sur son compte Vkontakte le 1er novembre.

« Le procureur fait fortement pression sur moi. Il voulait d’abord que j’enlève le mot pédé de ma pancarte car ce serait soi-disant un terme obscène, alors qu’il est totalement décent. Enfin, bref. Nous l’avons remplacé par sodomites, qui sont comme des pédérastes, sauf que c’est un mot biblique. Or, il s’avère que le vrai problème n’est pas le mot employé mais qu’ils veulent qu’on serve tout le monde, c’est-à-dire MÊME LES PÉDÉS, sinon, après des inspections, ils nous feront fermer. (…) En somme, on m’a proposé de choisir entre mon affaire et ma conscience. J’ai choisi ma conscience », écrit-il.

Mise à jour : Sterligov a annoncé sur son compte Vkontakte, vendredi 10 novembre, revenir sur sa décision de revendre ses magasins moscovites.

Pas chez moi

Le scandale autour des boulangeries Khleb i sol a débuté en avril 2017, lors de l’apparition de la première pancarte dans une enseigne de Saint-Pétersbourg, et s’est exacerbé avec l’ouverture de nouvelles boutiques à Moscou.

La résistance s’est organisée au départ autour d’une personne, la Pétersbourgeoise Vera Vroubel, qui, suite à l’ouverture d’une de ces boutiques au rez-de-chaussée de son immeuble, sur le prospect Ligovski, a commencé de harceler les autorités – police, Parquet et Rospotrebnadzor, l’agence fédérale russe des services sanitaires – de plaintes pour « discrimination », réclamant le retrait de la pancarte.

« Moi, Pétersbourgeoise de souche, mère et citoyenne de Russie, je déclare que je ferai tout mon possible afin qu’à côté de ma maison ne se trouve pas un établissement avec des panneaux fascistes », avait-elle notamment écrit sur Facebook à l’époque.

Une boulangerie Khleb i sol de Guerman Sterligov à Saint-Pétersbourg. Crédits : Instagram - @sterligov.spb
Une boulangerie Khleb i sol de Guerman Sterligov à Saint-Pétersbourg. Sterligov en possède onze en Russie : à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kirov et Perm. Crédits : Instagram – @sterligov.spb

Et, quelques dizaines de lettres plus tard, en juin 2017, ce fameux Khleb i sol pétersbourgeois fermait finalement ses portes – officiellement : pour « infractions aux règles du commerce ». Mais malgré ce motif formel, cette première fermeture a eu un effet boule de neige dans le pays. « J’ai été rejointe par des centaines d’autres personnes, dont de nombreux activistes LGBT, à travers la Russie – à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kirov, Krasnodar – et nous avons continué à envoyer des plaintes à toutes les instances pour réclamer le retrait de ces pancartes », a alors déclaré Vera Vroubel à Radio Svoboda.

Aujourd’hui, l’intervention du procureur du quartier central Tverskoï de Moscou citée par Sterligov est la « première vraie victoire » contre ces boulangeries, selon la jeune femme, qui ne compte pas relâcher la pression. « Il devra de toute façon les fermer un jour ou l’autre car les prix y sont incroyables. Nous, nous voulons simplement accélérer ce processus », précise-t-elle.

Hétéro et cher

Le modèle économique de Khleb i Sol ne table en effet pas sur le discount. Outre leur homophobie affichée, ces boulangeries se caractérisent par un assortiment de produits « faits maison » vendus à des prix exorbitants, tels du pain entre 750 et 1650 roubles le kilo (11-24 euros) ou des yaourts à 3 600 roubles/kilo (53 euros) – soit, grosso modo, dix fois plus que les prix moyens de ces denrées en Russie. Hormis des curieux, les vendeuses, vêtues de costumes traditionnels russes, ne voient d’ailleurs pas foule durant la journée.

Ce pain proposé par les boulangeries Khleb i sol est vendu à 1650 roubles le kilogramme. Crédits : sterligoff.ru
Ce pain proposé par les boulangeries Khleb i sol est vendu à 1650 roubles le kilogramme. Crédits : sterligoff.ru

Si Sterligov affirme que les recettes de sa dizaine de boulangeries atteignent le 1,5 million par mois (22 000 euros), il demeure très flou sur le sujet. « Tout cela n’est pas une question d’argent. Nous le faisons pour la santé de nos enfants, pour notre âme. Comment peut-on parler d’investissements, de royalties, de recettes, quand on parle de notre âme ? », a-t-il notamment répondu au portail économique IncRussia.

L’homme, qui met à la vente ses six enseignes moscovites pour un montant de 600 000 dollars, promet tout de même un retour sur investissement en un an – alors que lui avait ouvert sa première boutique en décembre 2016. « Gloire à Jésus Christ ! », conclut-il dans son message sur Vkontakte.

Mais qui est Guerman Sterligov ?

German Sterligov à cheval. Crédits : Wikimedia
Guerman Sterligov à cheval. Crédits : Wikimedia

En réalité, avant Jésus, la vie de Guerman Sterligov a longtemps tourné autour de l’argent. En 1990, âgé de 23 ans à peine, il crée avec un associé la première bourse de marchandises de Russie. Baptisée Alissa, elle fait rapidement la fortune des deux hommes – qui deviennent millionnaires – avant de s’effondrer tout aussi rapidement en 1996.

Suite à ce revers, Sterligov se lance en politique. Patriote-monarchiste convaincu, il est candidat au poste de gouverneur de la région de Krasnoïarsk en 2002, brigue la mairie de Moscou en 2003 et vise même l’élection présidentielle de 2004 (mais échoue à réunir toutes les signatures nécessaires).

Après ce dernier épisode, Sterligov décide de quitter la capitale avec sa famille pour retourner à la terre. Il obtient 37 hectares dans la région de Moscou et y fonde une communauté, Sloboda, où il offre la possibilité à des paysans orthodoxes de s’installer afin de s’occuper du bétail et produire du lait, du fromage et du beurre naturels.

Guerman Sterligov et sa famille. Crédits : Flickr
Guerman Sterligov et sa famille. Crédits : Flickr

Côté religion, l’homme se qualifie de « paysan chrétien orthodoxe » mais ne reconnaît aucune Église. Il est contre l’IVG, considère le théâtre et le cinéma comme une « école du diable », appelle à se laisser pousser la barbe et au meurtre des scientifiques, qui ont « provoqué une crise écologique et une dégradation des gens ».

Il a enfin été mêlé en 2015, en tant que commanditaire, à une affaire de groupe néonazi préparant des attaques contre les homosexuels.

Depuis fin août 2017, Sterligov est également propriétaire de la première bourse à crypto-monnaies de Russie.

Thomas Gras

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