Léon Trotski en 1918. Crédits : dic.academic.ru

Cinq mythes sur Léon Trotski

Dans les premières années de la révolution, la propagande soviétique a présenté Trotski comme un héros mythique – avant d’en faire un méchant tout aussi mythique. Aujourd’hui encore, alors que l’on a accès à toute l’information disponible sur la vie et l’œuvre du « deuxième leader » de la révolution d’Octobre, le personnage demeure entouré de mythes toujours aussi puissants. La revue historique Rodina a tenté de les dissiper.

Vadim Erlikhman, docteur en histoire

Mythe premier : le russophobe

Les opposants à la révolution en Russie et à l’étranger ont fait leurs choux gras des origines juives de Trotski, l’accusant de haïr tout ce qui était russe, de persécuter l’Église, d’assujettir le pays au « sionisme mondial ». Les caricatures le montrent, sous les traits d’un babouin affublé d’une barbe et d’un pince-nez, trônant au centre du Kremlin sur une pyramide de crânes humains. Kouprine et Avertchenko raillaient de façon corrosive le « maître autoproclamé de la Russie ». Quant aux habitants des petites localités juives du pays, ils n’avaient pas le cœur à rire alors qu’ils se faisaient massacrer par les soldats blancs « pour Trotski ». Une délégation de ces malheureux est un jour allée à Moscou demander la protection de Lev Davidovitch, mais celui-ci leur a répondu : « Transmettez à ceux qui vous ont envoyés que je ne suis pas juif. »

Il était effectivement très loin de la vie juive traditionnelle. Trotski est né dans les grands espaces de la steppe de Kherson, en Ukraine, où son père, David Bronstein, avait acheté des terres. À la maison, on ne parlait pas yiddish mais sourjyk, un mélange local de russe et d’ukrainien ; le père n’observait pas les rituels juifs et a donné à ses enfants des prénoms russes : Alexander, Lev, Olga.

Dans le recueil de ses mémoires, Ma vie, Trotski écrit : « Au moment de ma naissance, mes parents connaissaient déjà l’aisance. Mais c’était l’aisance âpre de ceux qui sont partis de rien… Tous les muscles étaient tendus, toutes les pensées dirigées vers le labeur et l’épargne. » Les enfants n’avaient ni jouets, ni livres ; c’est l’oncle de Lev, l’éditeur Moïsseï Spentzer, qui lui a appris à lire et écrire. Remarquant le premier les facultés intellectuelles du garçon, il a insisté pour que ses parents l’envoient au gymnase à Odessa. Lev y a reçu une formation remarquable et a appris quatre langues étrangères – il y a aussi subi la contagion des idées révolutionnaires, qui l’ont poussé à quitter l’université dès la première année afin de s’embaucher sur les chantiers navals de Nikolaev pour s’y consacrer à l’agitation-propagande parmi les ouvriers. Il y rencontre la sage-femme Alexandra Sokolovskaïa, qui deviendra sa femme et lui donnera deux filles, Zinaïda et Nina.

En 1898, le jeune militant, arrêté pour la première fois, passe deux ans dans une prison d’Odessa. Il y subit l’influence profonde du surveillant Nikolaï Trotski, […]

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RodinaTraduit par Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Mathilde Kschessinska : la danseuse mythique qui trouble de nouveau l’imaginaire des Russes

Le futur tsar Nicolas II a-t-il réellement eu une liaison, avant son mariage, avec la danseuse d’origine polonaise Mathilde Kschessinska ? C’est ce qu’affirme le film controversé Matilda, du réalisateur russe Alexeï Outchitel, sorti le 26 octobre. Alors que les ultraorthodoxes continuent de protester, parfois violemment, contre cette « désacralisation » du dernier empereur de Russie, la revue historique Rodina s’est intéressée au destin de la Mathilde réelle – cette ballerine remarquable, ayant brillé sur les grandes scènes d’Europe et formé de nombreux danseurs étoiles. Première de la classe Les mémoires de Mathilde Kschessinska, écrites à la fin de sa vie, partent d’une légende. Un jour, un jeune rejeton de la famille noble des Krassinski fuit la Pologne et des parents qui en veulent à son immense fortune pour se réfugier pour Paris. Afin d’échapper aux tueurs à gage lancés à sa poursuite, il change son nom de famille en Kschessinski. Son fils Ian, surnommé « le rossignol à la voix d’or », chante à l’opéra de Varsovie et se fait également connaître comme acteur dramatique. Mort à 106 ans, ce dernier transmet à ses descendants, outre le gêne de la longévité, le goût de l’art. Son fils Félix, devenu danseur, brille sur la scène du Mariinsky. Marié sur le tard avec la ballerine Ioulia Dominskaïa, déjà mère de cinq enfants, il en a encore quatre avec elle – qui tous, excepté le premier, mort en bas âge, font carrière dans le ballet. Y compris la benjamine, Mathilde – qu’à la maison, on surnomme Malietchka. Ce tout petit bout de femme (elle mesurait 1 m53), distinguée, aux yeux immenses, a toujours séduit les uns et les autres par son tempérament ouvert et joyeux. Depuis son plus jeune âgé, elle adore danser, assistant volontiers aux répétitions de son père. Celui-ci lui fabrique d’ailleurs un théâtre de bois miniature, où la petite Mathilde et sa sœur Ioulia reproduisent des spectacles entiers. Les jeux se transforment bientôt en un travail ardu : les filles sont inscrites à l’académie de théâtre, où elles s’entraînent huit heures par jour. Mathilde acquiert aisément la science du ballet, arrivant rapidement parmi les premières de la classe. Au bout d’un an seulement, elle obtient un rôle dans le Don Quichotte de Léon Minkus. Puis, les rôles se multiplient, et les admirateurs avec eux… Mathilde s’octroie des périodes de repos bien méritées dans la propriété familiale de Krasnitsy, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

27 octobre 2017
Culture

Les Chemins de fer de Russie célèbrent leur 180e anniversaire

À l’occasion du 180e anniversaire des Chemins de fer de Russie, le musée d’histoire russe contemporaine de Moscou consacre une exposition à leur histoire mouvementée : À travers le temps et les distances. Le 30 octobre 1837 – il y a 180 ans –, la locomotive Provorny («Agile») tirait ses huit premiers wagons de Pétersbourg à Tsarskoïe Selo, résidence impériale située dans le village de Pouchkine, à 25 km de la capitale – ouvrant la première liaison régulière de l’histoire des chemins de fer de Russie. Quelques années plus tard, des trains circulaient de Saint-Pétersbourg à Moscou, puis de Moscou à Serguiev Possad. Et dès les années 1870, la construction des chemins de fer connaissait un véritable boum sur tout le territoire de l’empire. L’année 1888 marque la première catastrophe de l’histoire des chemins de fer russes : un train qui emmenait la famille impériale de Crimée à Saint-Pétersbourg déraille à cause de l’érosion des traverses, près de la gare de Bokri, sur la ligne Koursk-Kharkov-Azov, dans l’actuelle région de Kharkov, en Ukraine. Si les membres de la famille impériale ont été épargnés – plusieurs sources racontent que le tsar Alexandre III a soulevé lui-même le toit du wagon accidenté pour permettre à sa famille d’en sortir –, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 octobre 2017
Société

Jean Victor Moreau : le général français qui repose à Saint-Pétersbourg

C’est au cœur de l’église catholique Sainte-Catherine, dans le centre de Saint-Pétersbourg, que Jean Victor Moreau a trouvé le repos en 1813, après avoir combattu contre Napoléon. Les voûtes de la basilique gardent toujours la tombe du général. La revue Rodina s’est intéressée à la vie de celui qui s’allia au tsar russe au nom de la république française. « Au nombre de ces dix églises qui décorent la Perspective-Newski, écrit le poète français J-F. Ancelot, qui visita Pétersbourg en 1826, est l’église consacrée au culte catholique ; elle n’est remarquable ni par sa dimension, ni par ses ornements ; mais elle renferme une tombe qu’un Français ne peut regarder sans douleur, c’est la tombe de Moreau. » Il n’en fallait qu’un À l’époque des guerres révolutionnaires, le nom du général Moreau était aussi célèbre que celui du général Bonaparte, et sa victoire dans la bataille de Hohenlinden a presque éclipsé celle du futur empereur des Français à Marengo. Moreau n’était pas ambitieux, mais il se distinguait par son indépendance et possédait un sens élevé de sa dignité personnelle. L’élection de Bonaparte au consulat à vie a provoqué chez le général, demeuré un républicain convaincu, une indignation non dissimulée. À la veille du sacre de Napoléon, Moreau, accusé d’avoir participé au complot de Cadoudal, fut condamné à deux ans d’emprisonnement, simplement pour n’avoir pas dénoncé les conspirateurs. Bonaparte, qui espérait des juges une condamnation à mort, a été déçu ; et il a ordonné de commuer la peine en bannissement. « Nous étions deux, se souvint plus tard l’empereur des Français dans son exil de Sainte-Hélène, et il n’en fallait qu’un. » Moreau s’en va en Amérique et il y reste jusqu’en 1813, menant une vie d’homme privé mais s’intéressant de près aux événements dramatiques qui secouaient l’Europe. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

24 octobre 2017