André et Michel Schorochoff lors de leur voyage en Ouzbékistan. Crédits : archives personnelles des Schorochoff

Les Schorochoff : les fugitifs de l’Empire

En 1917, des millions de Russes en désaccord avec le nouveau pouvoir bolchévique ont quitté leur pays pour l’exil. Si la plupart se sont installés en France, certains sont arrivés en Belgique, comme le colonel Mikhaïl Schorochoff. Le Courrier de Russie a rencontré ses descendants, qui ont toujours tenté de maintenir le lien avec leur pays d’origine.

« Vous me demandez si j’ai le désir de retourner en Russie. Ma réponse est non, catégoriquement non. C’est impossible, ce serait stupide et malvenu. Le peuple russe m’a chassé, il m’a étiqueté contre-révolutionnaire, il a hurlé et écrit que je lui avais sucé son sang, il a cassé mon épée, il m’a enlevé mes galons – j’ai enterré moi-même mon revolver – il a voulu me fusiller. J’ai échappé par miracle à l’exécution, alors pourquoi y retourner ?.. » Mikhail Petrovitch Schorochoff est tranchant dans sa lettre de réponse à un éditeur à qui il avait fait parvenir ses mémoires pour publication en 1923. Contraint de fuir la Russie bolchévique en 1917, ce noble venait d’une des familles de militaires les plus célèbres de l’Empire jusqu’à la chute du dernier tsar. Avec d’autres Russes blancs, Mikhaïl Schorochoff a fini par échouer à Bruxelles.

« Les émigrés russes se sont retrouvés en Belgique dans le plus total dénuement, raconte André Schorochoff, 80 ans, petit-fils de Mikhail Petrovitch. Ils avaient été forcés de fuir le régime de la terreur qui mettait leurs vies en danger. Mais par la suite, ces gens ont su s’intégrer dans une Belgique qui les a accueillis généreusement et efficacement. » Souvent dotés d’une excellente éducation, ces Russes ont fini par exercer des professions à la hauteur de leurs compétences. […]

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Daria Gissot

Dernières nouvelles de la Russie

Europe

Pierre Ier de Russie, visiteur discret des Belges

« Saint-Pétersbourg », « Pierre Ier de Russie», « fenêtre sur l’Europe » : les formules mettent la puce à l’oreille, évoquant immédiatement les liens indissolubles qui unissent la Russie et l’Europe. Le 21 juin prochain, un événement unique marquera ce rapprochement historique : une statue à l’effigie de l’empereur de toutes les Russies sera érigée en Belgique, sur la place Saint-Pierre de Liège – en plein cœur de la ville. À l’origine du projet, un homme : Valeri Dvoïnikov. D’origine russe et Liégeois d’adoption depuis plus de 20 ans, ce jeune et ambitieux employé de la commune s’efforce depuis quelques années de réunir les cultures belge et russe, par le biais de ses nombreuses activités politiques et artistiques. « En 2016, j’ai créé la fondation Pierre le Grand, afin d’insuffler un nouvel élan aux échanges russo-européens, malgré les relations actuelles difficiles », partage-t-il, un sourire optimiste aux lèvres. Mais pourquoi à Liège ? « La ville et sa province sont au carrefour de l’Europe, de par leur situation à la frontière entre la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Grand-Duché de Luxembourg », rappelle Dvoïnikov. « Ce Russe aux mœurs étrangères » Le tsar Pierre Ier, connu pour s’être inspiré de l’Occident afin de moderniser la Russie et en faire une grande puissance, était un hôte régulier des villes européennes. Il s’est rendu chez le prince de Liège il y a tout juste 300 ans, avant de rejoindre la ville voisine de Spa, célèbre pour ses eaux thermales. « La nouvelle de l’arrivée du tsar ne réjouissait pas spécialement Joseph-Clément de Bavière, prince-évêque de la province de Liège, raconte Valeri Dvoïnikov. Au fur et à mesure que les sept bateaux de l’empereur s’approchaient de la ville par la Meuse, le prince belge prenait conscience des dépenses que le séjour de ce Russe aux mœurs étrangères et venu de si loin allait engendrer !  […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

1 juin 2017
Société

Dmitriï Rogozine : « J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi »

Dmitriï Rogozine, représentant de la Russie auprès de l’OTAN, a la réputation d’être – pour rester poli – un perturbateur. Parole franche et attitudes rustres, on imagine l’homme inaccessible, entouré de gardes du corps et cloîtré derrière une porte blindée du siège de l’Alliance. Eh bien, non. Rogozine confie ne pas supporter les gardes du corps, préférer sa moto aux limousines de fonction et écouter de la balalaïka à ses heures perdues. Il réside à Bruxelles, quartier chic et élégante villa à l’ombre des acacias où nous venons l’interviewer sur la complexité des relations Russie-OTAN.Le Courrier de Russie : Il y a deux ans, la Russie envoyait ses troupes sur le territoire géorgien et reconnaissait l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Qu’auriez-vous fait si vous aviez été, lors du déclenchement du conflit, aux commandes du pays ? Dmitriï Rogozine : J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi et fait déférer Saakachvili devant un tribunal. Heureusement, nos dirigeants se sont révélés plus intelligents que les diplomates dans mon genre ! Ils ont préféré la mesure à la vengeance. Qui est un plat qui se mange froid, dit-on. Un peu comme le gaspacho. Personnellement, je préfère le borchtch… Saakachvili ne s’est pas contenté d’attaquer l’Ossétie du Sud : il a également fait tirer sur des soldats russes chargés du maintien de la paix. Nous étions contraints de réagir, sans délai et de façon implacable. L’Occident porte aussi sa part de responsabilité dans le déclenchement de ce conflit. Il a encouragé Saakachvili dans ses manigances à l’intérieur, lui faisant miroiter une rapide intégration de la Géorgie à l’OTAN. Fort du soutien occidental, Saakachvili avait les coudées franches pour frapper la Russie. LCDR : Vous êtes représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN. Quelle stratégie adoptez-vous dans les négociations avec l’Alliance ? D.R. : Imaginez la situation. Vous êtes une dame et vous vous retrouvez face à un homme qui semble vouloir abuser de vous… Comment l’en empêcher ? Une des possibilités est de l’inviter à danser, et de faire durer la danse aussi longtemps que possible. C’est ce que la Russie est contrainte de faire avec l’OTAN, et c’est la stratégie que j’adopte dans mon activité professionnelle. Il faut convenir que l’OTAN fait preuve, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 septembre 2010
Gens

Nadja Maire. Quand la Russie est un jeu

Nadja Maire s’engage, comme chaque jour, dans l’avenue Koutouzovskiï. Ce n’est pas aux vitrines luxueuses qu’elle prête attention mais à son propre reflet, jeune Parisienne ambitieuse et pressée. Une fois atteints les quais de la Moskova, elle contourne discrètement le bâtiment en verre dont l’entrée principale est envahie par une file de spectateurs impatients. Nadja s’immisce par la petite porte de l’entrée des artistes.Ce soir, au théâtre de Piotr Fomenko, c’est la première. Et c’est elle qui a le rôle principal. Il est 18h45. Nadja est aux aguets. Ce n’est que la première sonnerie, qui invite les spectateurs à s’installer dans la salle, mais elle piétine déjà dans les coulisses. Ses cheveux en bataille, elle rappelle avec son chapeau noir plutôt un Robin des bois qu’une héroine shakespearienne. Comme il vous plaira, pièce-pastorale de Shakespeare, dévoile, dans la version de Fomenko, un univers de forêt ardennaise fantasmagorique mis en scène dans la tradition la plus classique. Montée sur les planches, Nadja se transforme en Rosalinde, séductrice et charmeuse, à laquelle même l’oeil sévère de Fomenko n’a pas su résister. « Imprévisible », c’est ainsi que Nadja décrit le Maître. La première fois que j’ai vu Fomenko, il m’a tout de suite impressionnée. Fomenko lit le théâtre comme un musicien une partition. C’est quelqu’un pour qui les mots sont la chose la plus importante au théâtre ». Daisy, la jeune secrétaire du Rhinocéros de Ionesco. À 23 ans, la jeune Française recevait, pour ce rôle, le prix « Zolotoi Vitiaz », récompense prestigieuse dans le monde du théâtre russe. Elle jouait avec une authenticité presque effrayante, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 juin 2010