Installation d'Aliona Kogan "Schéma de naissance du nouveau monde" à Saint-Pétersbourg. Crédits : Kommersant - Alexandre Tcjijonok

La Révolution de 1917 : ses ombres et ses lumières

Quel regard les historiens russes portent-ils aujourd’hui sur la révolution de 1917 ? L’hebdomadaire Koultoura a posé la question à Iouri Petrov, directeur de l’Institut de l’histoire russe auprès de l’Académie des sciences. Propos recueillis par Andreï SamokhineKoultoura : Que pensent aujourd’hui les historiens russes de la révolution de 1917 ?Iouri Petrov : Chaque génération pose ses propres questions au passé et reçoit de nouvelles réponses : ainsi croissent les connaissances. Mais cela ne supprime pas pour autant l’étape précédente. En physique, par exemple, la théorie de la relativité ou la mécanique quantique n’ont pas réduit à néant les lois de la mécanique newtonienne. Cette idée de succession existe également dans les sciences humaines. Toutefois, certains changements ont eu lieu : jadis, les historiens divisaient la révolution de 1917 en deux parties : celle bourgeoise de février et la grande révolution socialiste d’octobre. Désormais, ils s’accordent à dire que nous sommes devant un phénomène unique, appelé dans les travaux scientifiques « Révolution russe de 1917 ».Koultoura : En référence à la Révolution française, avec la prise de la Bastille, le gouvernement girondin, la dictature jacobine, etc. ?I.P. : Oui, car des similitudes existent avec le modèle français. La Russie aussi, après les « jacobins », a connu son Directoire et son Thermidor. Aujourd’hui, nous portons un regard neuf sur les causes de l’instauration du pouvoir soviétique. Dans les années 1990, la science historique nationale a subi sa propre « révolution des archives » avec la découverte de nouveaux faits. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec certitude que l’historien moderne dispose de toute la documentation sur les événements de ces années-là. Des détails continuent d’être révélés mais plus aucune découverte sensationnelle n’aura lieu.Nous avons par exemple sérieusement réexaminé le mythe du « cortège triomphal des soviets ». La prise du pouvoir dans les années 1917-1918 doit plutôt être qualifiée de « triomphe de l’ochlocratie armée ». Le nouveau pouvoir a en effet surtout été établi par des déserteurs ayant abandonné le front, arme à la main, à travers le pays. Ce qui, en provoquant une insurrection, a été le point de départ de la guerre civile.Koultoura : Selon beaucoup de chercheurs, on peut trouver à la révolution une origine à la fois messianique et athée.I.P. : Dans une certaine mesure, oui. Aussi bien en France que chez nous. De nombreux chefs bolchéviques, tels Anatoli Lounatcharski et Alexandre Bogdanov, ont immédiatement parlé de nouveau « royaume des cieux sur Terre », de religion communiste. On comprend pourquoi les représentants des religions traditionnelles, en particulier d’une aussi influente que le christianisme, les gênaient fortement. Les révolutions sont jalouses !

“ Certains pays doivent leur naissance à l’Union soviétique ”

Koultoura : Que représente pour vous le centenaire de la révolution d’Octobre : une fête,

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

KoultouraTraduit par Maïlis Destrée