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Cérémonie d'ouverture du Festival international de la jeunesse et des étudiants. Crédits : WFYS2017

Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi : pour la gauche ou pour tous ?

La 19e édition du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a été inaugurée le 15 octobre à Sotchi. Près de 30 000 jeunes originaires de 150 pays y participent. Avant même de commencer, l’événement prête le flanc à la critique : son programme élaboré par l’administration de Vladimir Poutine ne correspond pas réellement à l’esprit de gauche du festival, créé il y a 70 ans.

La cérémonie d'ouverture du 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants s'est tenue le 15 octobre. Crédits : WFYS2017
La cérémonie d’ouverture du 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants s’est tenue le 15 octobre. Crédits : WFYS2017

Présent lors de la cérémonie d’ouverture ce dimanche, Vladimir Poutine a déclaré que les pays du monde doivent cesser de dépenser des ressources dans une rivalité « inutile ». « Nous nous voyons les uns les autres comme des adversaires, et au lieu de coopérer et de résoudre des problèmes qui nous concernent tous, nous consacrons une grande partie de nos ressources à des choses secondaires », a souligné le président. « Nous devons nous efforcer de nous considérer mutuellement comme des partenaires », a insisté Vladimir Poutine.

Le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants se déroule pour la 3e fois en Russie. Moscou a déjà accueilli les éditions 1957 et 1985 de cet événement. L’idée d’organiser une nouvelle fois ce festival en Russie a été proposée par les délégués dès 2013, lors de l’édition précédente, organisée en Équateur, explique au quotidien RBC Daria Mitina, membre du Comité national d’organisation et présidente de l’Union de la jeunesse communiste russe (RKSM).

« Les délégués d’Asie et d’Afrique étaient particulièrement enthousiastes, se souvient Daria Mitina qui a participé à ces dicussions. Le festival a lieu une fois tous les quatre ans et la date de celui-ci coïncidait avec le centenaire de la révolution d’Octobre. Naturellement, un grand nombre de délégués ont souhaité célébrer cet événement précisément en Russie. » Le festival est organisé depuis 1947 par la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD), qui rassemble des organisations situées à gauche du spectre politique : des sociaux-démocrates aux radicaux – trotskistes et anarchistes.

Daria Mitina se rappelle que certaines voix se sont toutefois élevées contre ce projet. La gauche européenne se méfie de la Russie actuelle : si elle partage certaines positions du Kremlin comme son antifascisme et son opposition à l’hégémonie américaine, elle ne peut accepter certaines choses, tels son oppression des minorités sexuelles et ses liens d’amitié avec des organisations européennes d’extrême droite, explique Mme Mitina. Les militants de gauche classent parmi ces dernières le Front national de Marine Le Pen, reçue par Vladimir Poutine au Kremlin en mars dernier.

Comme le précise Daria Mitina, il y a deux ans, l’administration de Vladimir Poutine s’est montrée intéressée par l’organisation du forum en Russie. En novembre 2015, Sergueï Pospelov, directeur de l’Agence fédérale pour la jeunesse, a présenté la proposition de la Russie lors de l’Assemblée générale de la FMJD, à Cuba. En février 2016, une séance du Conseil général de la FMJD s’est tenue à Moscou, lors de laquelle ses participants ont voté à l’unanimité pour le projet russe. Sotchi a été choisie pour accueillir l’événement étant donné que les infrastructures conservées après les JO convenaient à l’organisation d’un forum d’une telle ampleur.

Immédiatement après la clôture du Conseil général, le 18 février, le président Vladimir Poutine a reçu les membres du comité d’organisation du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants et les a assurés que tout serait parfait. « Nous sommes capables d’organiser l’événement au niveau le plus élevé », a insisté le président.

En décrivant les objectifs du festival à Vladimir Poutine, les organisateurs ont mis l’accent sur le fait qu’accueillir un événement aussi important aiderait la Russie à sortir de son isolement international, à s’affirmer en tant que pays leader du monde libre et à présenter le président lui-même en tant que chef de file du mouvement anti-impérialiste. « Vladimir Poutine a tout écouté sans manifester d’enthousiasme particulier et ne s’est animé que lorsqu’il a été question d’utiliser des technologies modernes pour organiser le Festival », se souvient un participant à la rencontre.

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré quelques participants du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Crédits : WFYS2017
Le président russe Vladimir Poutine a rencontré plusieurs participants du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Crédits : WFYS2017

« Le concept même du festival a été menacé »

« Dès le départ, le concept même du festival était menacé, raconte Daria Mitina. La FMJD souhaitait qu’il inclue la participation de militants de gauche et de personnes ayant un lien avec la FMJD tandis que la Russie voyait les choses différemment, avec une participation élargie. »

L’incompatibilité des deux approches a donné lieu à une série de conflits. La FMJD a par exemple accepté de n’accréditer qu’une seule délégation en provenance d’Israël – celle des communistes – tandis que la partie russe a élargi l’accès au festival à des représentants des forces de droite, tel le parti Likoud.

Trois jours avant le lancement du festival, des individus ont grimpé sur le mât situé près de l’entrée du Palais des glaces à Sotchi où sont accrochés les drapeaux de tous les pays participants, et ont arraché celui d’Israël. En outre, un grand nombre de délégations arabes ont décidé de boycotter la cérémonie d’ouverture.

Incapables de concilier les deux visions du festival, la FMJD et l’administration présidentielle ont préparé deux programmes distincts. Celui de la fédération inclut une série de débats politiques tandis que celui mis au point par l’administration du président russe contient des formations en développement et réussite personnels. En définitive, il suffira de faire quelques pas pour passer de discussions sur Che Guevara et le rôle de la révolution d’Octobre, aux interventions du président du conseil d’administration de Sberbank German Gref et du motivateur australien Nick Vujicic sur comment réussir sa vie.

« Nos haut fonctionnaires pensent que les jeunes n’ont pas besoin de discussions pointues ou de séminaires sur des sujets politiques, regrette Daria Mitina. Ils pensent que les jeunes ont besoin de courses de quads, de formations professionnelles et coachings en développement personnel. Or, le festival a toujours été un événement socio-politique et il le restera. Autrement, l’organiser n’aurait plus aucun sens ».

À en croire le sociologue de gauche Boris Kagarlitski, la Russie s’est montrée incapable, en tant qu’organisatrice du festival, d’en retirer les avantages escomptés.

« Il s’est avéré que les fonctionnaires russes sont incapables de réfléchir hors du champ politique et bureaucratique, souligne l’expert. La FMJD rassemble des jeunes progressistes de gauche et d’extrême gauche qui ont leurs propres positions et programmes, et même leurs propres pratiques quotidiennes, normes de comportement et relations. Il s’agit d’un programme de gauche, anti-impérialiste. Mais nos organisateurs n’ont pas voulu en tenir compte. Comment German Gref peut-il être le bienvenu à un festival où la majorité des participants soutiennent la nationalisation du système bancaire ? », s’interroge Boris Kagarlitski.

Alors que les représentants russes des force de gauche ne cachent pas leur déception, la FMJD, pour sa part, préfère ne pas attiser les tensions. « Nous comprenons que la Russie n’est pas l’URSS, que ses réalités politiques et sa société sont différentes, a déclaré à RBC Nicholas Papadimitriou, président de la FMJD. Même si nos collègues du comité d’organisation russe et nous ne sommes pas d’accord sur certains points, nous espérons que le contexte historique et l’objectif du festival seront préservés à Sotchi ».

L'ouverture du Festival a eu lieu dans le parc olympique de Sotchi. Crédits : WFYS2017
L’ouverture du festival a eu lieu dans le parc olympique de Sotchi. Crédits : WFYS2017

4,5 milliards de roubles

L’organisation du festival a coûté au total 4,5 milliards de roubles au budget russe. Le pays finance la tenue de tous les événements à Sotchi ainsi que l’hébergement et les repas des participants dans des hôtels situés à Adler, non loin du Parc olympique. Le trajet aller-retour jusqu’à Sotchi est à la charge des délégués, y compris étrangers. Le nombre total de participants s’élève à environ 30 000, dont 20 000 délégués (10 000 Russes et 10 000 étrangers), 7 000 bénévoles, ainsi qu’un grand nombre d’intervenants et d’invités. Les délégations étrangères les plus nombreuses (plus de 200 membres) viennent de Cuba, de Corée du Nord, de Chine, du Vietnam, de Namibie, d’Angola, du Mozambique, d’Afrique du Sud, d’Inde et du Sri Lanka. Des délégations issues des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk avaient également l’intention de participer au festival, selon une source au sein du comité d’organisation – une requête que la FMJD a toutefois refusée. Selon la direction de la fédération, leur participation aurait représenté une menace pour les délégués ukrainiens à leur retour à Kiev.

Si le ministère ukrainien de la jeunesse et du sport a appelé à boycotter le festival, les membres du LKSU, organisation des jeunes du Parti communiste ukrainien de Petr Simonenko, ont l’intention d’assister à l’événement. Des délégations officielles d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud seront présentes, menées par les ministres de la jeunesse de ces deux républiques reconnues par la Russie.

Certains jeunes ont brandi des drapeaux de Transnistrie (Moldavie) et de la République populaire de Donetsk (Ukraine). Crédits : WFYS2017
Certains jeunes ont brandi des drapeaux de Transnistrie et de la République populaire de Donetsk. Crédits : WFYS2017

 

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  1. quel homme ce POUTINE , nous sommes jaloux en FRANCE que vous ayez un président comme celui la . ce président aime son peuple , cela se voit , par contre BRUXELLES ( l UE ) est un pot de pue imposé par toute une ribanbelle de gens que l on ne connaît pas et qui prennent des décisions dont les européens (peuple) ne veulent pas
    michel

  2. Certe, le bilan des 2 premiers jours du festival est mitigé. Mais à partir du 3ème jour, on voit que le festival retrouve ces couleurs rouges (celui de la gauche).

  3. La FMJD est une organisation créée ou encouragée par les états socialistes. Je lis dans l’article que l’état russe n’est pas seulement la partie invitante qui accepte que cette manifestation sportive et politique se tienne dans leur pays, il est également co-organisateur de l’événement. on ne peut pas à la fois accepter ce choix et critiquer le contenu ! La chute de l’URSS vient en grande partie de déviations graves du socialisme par un pouvoir bureaucratique stalinien qui a mis le pays dans une situation de faillite, et au lieu de revenir à un socialisme plus humain, il a fait le choix d’un retour au capitalisme. On ne peut donc pas lui reprocher son manque de « gauche », ni d’avoir des idées non socialistes ! c’est juste la réalité et si elle n’est pas acceptée il ne fallait pas décider que ce festival se tienne en Russie.

    1. Michel, votre argumentaire marche aussi dans l’autre sens : quand FMJD a proposé d’organiser ce festival de gauche en Russie, les dirigeants ont accepté de l’accueillir en sachant que c’est un festival de gauche et que c’est FMJD qui décide des thèmes du festival (Il savait d’ailleur que le thème sera le centenaire de la révolution d’Octobre) : Si les dirigeants russe n’était pas d’accord, alors il fallait tout simplement refuser d’accueillir ce festival.
      P.S: Mais sinon, en lisant les commentaires des différents participants, on se rend compte que les critiques ne sont valables que pour le 1er jour du festival. Puisqu’à partir du 2ème jour, on voit que le festival a retrouvé ces couleurs rouges (celui de la gauche).

  4. Poutine , en tant qu’ancien communiste comme son père , a toujours une certaine affection pour l’ancienne URSS d’où son attitude actuelle . La Russie retrouve des couleurs depuis le désastre Gorbatchev-Eltsine et la jeunesse russe et autres nationalités doit se saisir des nouvelles technologies dans tous les domaines économiques pour améliorer le niveau de vie des populations et résoudre la fin de la pauvreté et de la misère partout . Le capitalisme est en train de mourir , il ne faut pas le laisser perdurer avec ses milliardaires sans foi ni loi . Les anciennes générations ont fait des erreurs historiques parfois malgré leur consentement et ils l’ont payé très cher par des guerres inhumaines et inutiles . La jeunesse actuelle doit démontrer sa valeur humaniste et social … L’histoire le confirmera ou pas …

  5. il faut évoluer dans la vie. La « gauche » n’existe plus que dans 2 dictatures, la Corée Du Nord et Cuba. La dictature étant indispensable à la survie d’un régime communiste, on comprend pourquoi cette idéologie a pratiquement disparue.
    C’est donc la Russie qui a eu raison de faire évoluer ce rassemblement, au fil du temps il deviendra un rassemblement de la jeunesse tout court ce qui aura un vrai sens.
    Quand on voit ce qu’a été la « gauche » en France, on comprend aisément qu’il est difficile de faire plus vicieux, piégé des gens par des phrases « mon ennemi c’est la finance » et se coucher devant les kipas et les babouches de la City et de Wall Street pour faire gonfler la dette, prendre un ministre collabo de Rothschild etc etc. Arrêtez de nous faire que la « gauche » existe encore.

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