Ilya, élève malvoyant de l'école-internat n°1. Crédits : Manon Masset.

L’école à l’aveugle

Depuis 135 ans, l’école-internat n°1 est la seule institution, à Moscou, dédiée aux enfants aveugles et mal-voyants. Le Courrier de Russie a passé une journée avec l’un d’entre eux, le jeune Ilya, 17 ans, malvoyant de naissance, la voix puissante et la tête pleine de projets.

Les yeux fermés

Il est 8 h dans les couloirs de l’école-internat et, déjà, la cloche sonne le début du premier cours.

Alors que tous les élèves sont déjà installés en classe, Ilya presse le pas. En tâtonnant les reliefs des murs et les rampes d’escaliers, il se hâte d’aller récupérer son ordinateur, oublié dans sa chambre. « Au début de l’année, il me faut toujours un petit moment pour retrouver mes repères », lance-t-il, au pas de course.

Après deux mois de vacances, le jeune homme intègre la 11ème – équivalent de la terminale française. C’est son avant-dernière rentrée avant le diplôme, en juin 2018. « Nous étudions en douze ans au lieu de onze, comme les autres élèves, parce qu’il faut une année pour apprendre le braille », explique Ilya.

Arrivé dans sa chambre, qu’il partage avec trois amis, le lycéen sait exactement où se trouve chacune de ses affaires : il se saisit rapidement de son ordinateur, puis file en cours.

Finalement installé en classe de chimie, il sort sa machine à écrire en braille. « Pour les cours nécessitant des caractères spéciaux, nous utilisons des machines à écrire ou des carnets à poinçonner, et pour tout le reste, un ordinateur portable, précise Ilya. Je croyais qu’on commençait par un cours de littérature – c’est pour cela que je suis reparti chercher mon portable », avoue-t-il. D’ailleurs, Ilya aime tout autant la chimie, et participe beaucoup durant le cours.

« Qui peut me rappeler la formule du méthane ? », interroge le professeur, Lioudmila. Dans le fond, Ilya s’empresse de lever la main, et répond avec assurance : « CH4 ». […]

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Manon Masset