|  
41K Abonnés
  |   |  
touva

Sibérie : une fillette de 4 ans parcourt seule huit kilomètres dans la taïga pour aider sa grand-mère

Saglana Saltchak, âgée de 4 ans, a parcouru huit kilomètres dans la taïga enneigée afin de trouver du secours et d’aider ses grands-parents. Retour sur une histoire qui fait beaucoup parler en Russie.

fillette sibérie
Saglana après son périple. Crédits : site du parlement de Touva

« La fillette vivait avec sa grand-mère et son grand-père à Saldam-Beldir, un lieu très difficile d’accès. Le 8 février, la grand-mère s’est sentie mal, et l’enfant est partie chercher du secours au lieu habité le plus proche », rapporte le Comité d’enquête de la république de Touva.

Le grand-père de Saglana, souffrant de cécité, ne pouvait pas l’accompagner, et Saldam-Beldir n’est pas relié aux réseaux de téléphonie mobile. La fillette est partie chercher de l’aide seule, au campement le plus proche, n’emportant qu’une boîte d’allumettes », précise de son côté l’hebdomadaire Argumenty i Fakty.

8 km par -34°C

taïga touva
Route dans la taïga de la jeune Saglana . Crédits : site du parlement de Touva

« Il faisait encore nuit quand Saglana s’est mise en route, a déclaré à Argumenty i Fakty Sayana Tchypsyne, directrice du bureau local d’aide sociale à la famille et à l’enfance. Mais elle connaît très bien les alentours pour y avoir grandi, et elle connaissait le chemin. Elle a marché près de trois heures dans les congères, sans, heureusement, croiser de bêtes sauvages, qui attaquent souvent le bétail. En revanche, la fillette était gelée : il faisait tout de même -34°C dehors. Arrivée tant bien que mal au village d’Anaï-Oola, elle a demandé aux gens, sur place, qu’ils appellent les premiers secours pour sa grand-mère. »

« En arrivant à Saldam-Beldir, les médecins ont constaté la mort par infarctus de la grand-mère, âgée de 60 ans », indique pour sa part Dolaana Saltchak, responsable des relations avec le public pour le gouvernement de la république de Touva.

Les représentants de l’administration locale précisent avoir proposé à plusieurs reprises aux grands-parents de la fillette de s’installer plus près d’une localité peuplée, mais les retraités ont à chaque fois refusé d’abandonner le mode de vie nomade auquel ils étaient habitués. La fillette, qu’ils ont élevée, les aidait à faire paître le troupeau et s’orientait parfaitement dans les alentours.

Saglana, en état d’hypothermie, a été admise à l’hôpital et a subi des examens. « La santé de l’enfant n’était pas en danger », indique le Comité d’enquête.

La fillette se trouve actuellement dans un centre social à Touva. Au journaliste de Komsomolskaïa Pravda qui lui demandait si elle n’avait pas eu peur dans la taïga, elle a répondu : « Non ! J’ai simplement marché, marché, et je suis arrivée ! »

La mère et le beau-père de Saglana sont des nomades. Ils se trouvent en ce moment, avec leur troupeau de chevaux, dans un village éloigné de Touva, et ne peuvent pas revenir voir la fillette.

Le Comité d’enquête régional a ouvert une enquête contre la mère, Eleonora, 31 ans, pour « abandon et mise en danger d’enfant mineur ». « La mère a laissé l’enfant chez ses parents, sachant qu’il s’agissait de personnes âgées qui n’étaient plus en mesure de faire ce qu’il fallait pour assurer la sécurité de la fillette », dénonce le rapport du Comité d’enquête.

« Cette fillette est une professionnelle »

touva
Saglana à son arrivée. Crédits : site du parlement de Touva

Pourtant, plusieurs organisations civiles estiment que la mère ne doit pas être sanctionnée. Des milliers d’indigènes des territoires du Nord russe ont un mode de vie semi-nomade. Occupant des campements dispersés dans la toundra et la taïga, ils vivent traditionnellement, depuis de nombreux siècles, d’élevage, de chasse et de pêche.

« C’est une situation complexe. La fillette a effectivement couru un danger, mais il faut comprendre que c’est une enfant ayant grandi dans la forêt, et non en ville. Ces enfants sont très bien adaptés à la vie qu’ils mènent, ils savent faire des choses dont même certains adultes sont incapables. Si elle a pu franchir une telle distance, c’est manifestement qu’elle sait allumer un poêle, cuisiner des plats simples, faire un feu… se débrouiller pour survivre d’une façon ou d’une autre. Il faudra que le Comité d’enquête fasse la part des choses, qu’il comprenne dans quelle mesure l’expédition de la fillette était justifiée », estime notamment Oxana Vassilichina, directrice de l’association Recherche d’enfants disparus-Krasnoïarsk.

« Les enfants de bergers nomades sont mieux préparés à de telles situations extrêmes, d’urgence », confirme Semion Roubtsov, président du département des secours d’urgence de Touva. Ils apprennent à monter à cheval dès qu’ils savent marcher. Et ils parcourent de grandes distances. Ces gamins vivent dans la taïga avec leurs parents et leurs grands-parents, ils sont nomades, et ils savent quels dangers peuvent surgir. Cette fillette est une professionnelle : elle a pris des allumettes, elle savait qu’elle aurait peut-être à faire un feu. »

Aujourd’hui, indiquent les médias, Saglana tente difficilement de se remettre de la mort de sa grand-mère et attend l’été avec impatience : sa maman doit venir la voir.

LCDR

Dernières nouvelles de la Russie

Politique

Poutine : une conférence de presse sous le signe de la présidentielle

Jeudi 14 décembre, le président Vladimir Poutine a tenu sa traditionnelle conférence de presse annuelle. Moments forts.

14 décembre 2017
Société

A Moscou, des activistes interrompent la projection d’un film sur la guerre en Ukraine

Le 10 décembre, des activistes nationalistes ont violemment interrompu la diffusion d'un documentaire sur la guerre en Ukraine.

11 décembre 2017
Conférence LCDR

Mardi du Courrier de Russie #37 avec Igor Delanoë

Igor Delanoё donne une conférence : "Villefranche et la marine impériale russe: une histoire géopolitique de la Russie en Méditerranée".

11 décembre 2017