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Poutine

Chez la famille du premier petit Poutine de Russie

L’année dernière, un couple de ressortissants tadjiks, habitant le village de Legkovo, près de Vladimir, a décidé de rebaptiser leur fils en l’honneur du président russe. Le magazine Ogoniok est allé à la rencontre de ce petit Poutine.

Poutine petit Vladimir
Le petit Poutine et sa maman. Crédits : Kommersant/Kristina Kormilitsina

Hier, Poutine a attrapé un couteau de cuisine et s’est mis à courir dans toute la maison en rigolant. Son aîné, Rousslan, prenant peur, s’est précipité pour aller chercher sa mère : « Il va me poignarder ! » La mère a récupéré la lame et expliqué au hooligan de deux ans que ce n’était pas un jouet. Poutine s’est mis à pleurer, puis a tenté de mordre sa mère et son frère… « Il est très vif, commente la mère, il se bat tout le temps ! » Le grand-père des garçons, Rahmon Djouraïev, 55 ans, fervent admirateur du président russe et membre du parti au pouvoir Russie Unie, trouve l’histoire plutôt amusante. Il apprécie beaucoup le caractère de son petit-fils : « Jusqu’au collège, Vladimir Poutine, lui aussi, était désobéissant ! »

C’est Rahmon qui a proposé, il y a un an, de changer le prénom du petit Rassoul en Poutine. « Comment l’appelez-vous, en privé ? », je demande. Le grand-père, un peu décontenancé par la question, finit par répondre : « Poutine chou, Poutine chéri… Poutine chéri, viens manger ! » Rahmon a toujours une photo de Vladimir Poutine près de son cœur, dans la poche de son veston. Il a également sur lui une image du philosophe Avicenne : « Pour que Vladimir Poutine ne tombe jamais malade. »

L’amour et le respect que porte Rahmon au dirigeant russe ne datent pas d’hier et n’ont fait que se renforcer avec le temps. Voilà près de 13 ans que ce ressortissant tadjik collectionne les photos de Vladimir Poutine et les articles à son sujet, mais aussi les assiettes, tasses et autres produits dérivés à son effigie. Il a accumulé tellement de bibelots qu’il a fallu leur dédier toute une pièce de la maison. Dans ce petit musée domestique, on trouve aussi des photos d’autres personnalités appréciées du chef de famille : le maire de Moscou Sergueï Sobianine, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov et le président tadjik Emomalii Rahmon. Mais pas question de disputer la place d’honneur : « Poutine, c’est le numéro un du monde entier ! Les autres ne lui arrivent pas à la cheville ! Il veut relever la Russie. S’il venait ici un jour, je me mettrais à genoux pour nettoyer ses chaussures », s’exclame le grand-père.

« Des Vladimir, il y en a des milliers, mais il n’y a qu’un seul Poutine ! »

Rahmon est arrivé en Russie il y a près de 20 ans. « Quand la guerre au Tadjikistan a commencé, j’ai dit : Ce sera sans moi. Je suis venu ici et j’ai trouvé un travail de plombier à l’usine », se souvient-il. Aujourd’hui, grâce à ses connaissances en droit, Rahmon aide les migrants à se mettre en règle. « J’aime la Russie ! Je l’ai choisie comme patrie. J’aime aussi le Tadjikistan, mais c’est ici que je veux être enterré, en Russie – je l’écrirai dans mon testament. C’est chez moi ! », martèle-t-il. Rahmon a divorcé de sa femme il y a longtemps, mais leurs trois enfants vivent avec lui. Les aînés ont leur propre famille, et tout le monde habite sous le même toit, dans la rue centrale de Legkovo.

À la maison aussi règne la verticale du pouvoir. Après avoir décidé de changer le prénom de son petit-fils, le grand-père a ainsi convoqué une réunion de famille « purement symbolique ». « J’ai demandé aux enfants : Vous n’êtes pas contre ? Et ils ont répondu : Quelle bonne idée ! Vos désirs sont des ordres, raconte Rahmon. Je leur ai expliqué que Rousslan, l’aîné, était trop âgé pour qu’on le rebaptise, mais que son frère était assez jeune pour ne pas remarquer le changement. Tout le monde a été d’accord. Ils m’ont simplement demandé pourquoi Poutine, et pas Vladimir. C’est facile, j’ai dit, poursuit-il : Des Vladimir, il y en a des milliers, mais il n’y a qu’un seul Poutine ! »

Malokhat, la mère du jeune Poutine, prend les choses avec sérénité : « Nous avons pour tradition d’écouter les anciens. Leurs décisions sont toujours les plus sages. » Djakhonguir, le père, est du même avis. Rahmon avait d’ailleurs failli l’appeler Reagan, en l’honneur du président américain qui avait renoué un dialogue avec l’URSS… « À l’époque, j’ai eu la bêtise d’écouter mon entourage, regrette Rahmon. S’ils ne m’avaient pas convaincu de laisser tomber l’idée, on aurait un Poutine Reaganovitch ! »

Chez les Djouraïev

« Pou ! »

Rahmon ne se rappelle plus exactement la date de naissance de son petit-fils : « Vladimir Poutine est né le 7 octobre, ça, je le sais. Mais notre Poutine… en novembre, je pense. Poutine chou, tu as quel âge ? » L’enfant garde le silence. À son âge, il connaît quelques mots de tadjik, parlé dans la famille, mais en russe, il ne comprend qu’une seule question, que les curieux lui posent sans arrêt : « Comment tu t’appelles ? » « Pou ! », lance-t-il en guise de réponse.

Pour officialiser le changement de prénom, le grand-père a dû obtenir l’autorisation de l’administration locale. « Je n’avais pas de raison de rejeter cette demande. C’est un droit des parents, commente Igor Perchine, responsable du district Alexandrovski. Nous ne sommes pas contre ce genre d’initiatives, même plutôt pour. D’autant qu’à ce que je sais, c’est une première en Russie ! »

Pas dans le monde en tout cas : en juin 2016, l’Égyptien Moamen Moukhtar a donné à son fils nouveau-né le nom du président russe. L’homme tient un blog où il fait régulièrement l’éloge des forces de l’ordre et de la diplomatie russes. Selon Rahmon, c’est justement un article dans la presse russe sur ce Poutine égyptien qui a fini de convaincre les autorités locales. « Au début, ils hésitaient, mais quand je leur ai montré cet article, ils étaient ravis : Magnifique ! Si d’autres gens ont déjà accepté ce prénom, alors nous pouvons le faire aussi ! », se souvient le grand-père.

« Poutine ne dira jamais de mal de Poutine »

Au village, tout le monde semble s’être habitué au nouveau prénom de l’enfant : « Voilà notre petit Poutine, se réjouit-on à l’épicerie. Tu veux des bonbons ? » Nina Kisselieva, une voisine, estime que le choix d’un prénom ne regarde que les parents : « En plus, Vladimir Poutine, on l’apprécie, sa politique nous parle. Qu’y a-t-il de mal à appeler un enfant en son honneur ? »

Valentina Orlova, autre villageoise, approuve également : « Ce nom vient du mot russe pout (« la voie, le chemin ») : c’est donc positif ! »

Quant à Rano Ousmanova, une Ouzbek qui vend des chaussures sur la route, en face de la maison des Djouraïev, elle est carrément ravie : « Quel honneur pour un garçon ! » Rano, qui a reçu récemment un permis de séjour temporaire, rêve de devenir russe : « Nous sommes reconnaissants envers ce pays, vous comprenez ? Et donc aussi envers son président. »

Cet enthousiasme n’est toutefois pas universellement partagé : « Je n’aurais jamais appelé mon enfant comme ça. C’est irresponsable : ses camarades de classe vont se moquer de lui », commente ainsi un habitant d’un village voisin, venu acheter de la bière et des cigarettes à l’épicerie de Legkovo. Rahmon pâlit. Après avoir longuement observé l’homme, il chuchote : « Depuis le début, sa tronche ne me revient pas. Il est entré dans le magasin avec ses lunettes de soleil sur le nez, sans dire bonjour, zéro conversation avec les vendeurs. Quelle arrogance ! Et puis, il a pris cinq bières à crédit. Ce n’est pas comme si c’était du pain : il pourrait se passer d’alcool – le matin, en plus ! Pas étonnant qu’un vaurien pareil n’apprécie pas Poutine… »

Rahmon n’a d’ailleurs que mépris pour tous ceux qui se permettent la moindre critique à l’égard du « grand chef », comme il dit. « Je n’adresse plus la parole à Zina Nikolaïevna, la voisine, depuis qu’elle a médit de Vladimir Poutine, du temps où il était encore Premier ministre. Si un jour, un de mes enfants a le malheur de dire du mal de lui, je n’aurai pas d’autre choix que de le mettre à la porte ! », s’emporte-t-il. Et le grand-père en est persuadé : le petit Poutine, une fois adulte, partagera ses convictions. « Poutine ne dira jamais du mal de Poutine ! D’ailleurs, ce prénom ne pourra lui être que bénéfique : même si tous ses collègues sont licenciés, lui ne sera pas concerné et, même, son salaire sera augmenté », affirme-t-il.

Rahmon Djouraïev rêve de voir son petit-fils devenir vice-ministre, rien de moins : « Vous avez bien vu son caractère. Il se bat avec son grand frère tous les jours. Un vrai guerrier ! » Récemment, Rahmon est allé à la maternité chercher son dernier petit-fils en date. Immédiatement après l’accouchement, Mekhrona, sa benjamine, a appris que le petit porterait, comme prénom… le nom du ministre russe de la défense. « Mon père m’a appelée et m’a dit : Félicitations pour la naissance de Choïgou ! Désormais, dans notre famille, Poutine et Choïgou sont cousins. C’est formidable ! » Et le grand-père de conclure en riant : « Je n’en avais parlé à personne, pour Choïgou. Et inutile de m’interroger sur les prénoms des suivants : vous les découvrirez à la naissance ! »

Traduit par Stéphane Dumortier

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