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Une journée sur les bancs d’Aeroflot

Comment fait-on pour devenir hôtesse de l’air ou pilote d’avion en Russie ? Le Courrier de Russie a pénétré les coulisses du centre de formation de la plus grande compagnie aérienne du pays, Aeroflot. Reportage.

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Exercices en piscine au centre de formation d’Aeroflot à Moscou. Crédits : Alexander Popov

À la lisière des bois, derrière l’aéroport moscovite de Cheremetievo, depuis lequel Aeroflot opère, le géant aérien russe a construit, en 2008, son propre centre de formation. Le bâtiment principal, aux couleurs de la compagnie, bleu électrique et orange – Voda-Soucha (« Eau-Terre ») –, est dédié à la formation des membres d’équipages dans les situations d’urgence.

À 10h, le hall d’entrée et les couloirs grouillent déjà de monde. De jeunes gens en combinaison blanche, et des moins jeunes en uniforme – rouge pour les hôtesses et bleu pour les stewards – s’affairent pour le premier cours de la journée.

À l’eau !

Au premier étage, un groupe d’hôtesses de l’air et de stewards, en maillot et gilet de sauvetage, est déjà prêt, au bord d’une piscine. Ils suivent un cours de remise à niveau pour se familiariser avec le nouveau matériel de sauvetage en cas d’amerrissage. Au coup de sifflet, la vingtaine d’étudiants plonge dans une eau à 10°C. Du haut de son perchoir, Svetlana Gamaïounova, monitrice, hurle des instructions : « Plus grand, le cercle ! La tête vers l’avant ! Et on crie : Help me! »

Les étudiants, éparpillés dans le bassin, se rassemblent pour former un cercle tout en battant des jambes et en hurlant à pleins poumons. « Il s’agit non seulement d’attirer l’attention des secours, mais aussi d’éloigner d’éventuels prédateurs », précise Svetlana. La formation à l’amerrissage se déroule en deux temps : une phase à sec et une dans l’eau. Les étudiants apprennent d’abord à évacuer l’avion pour monter dans les embarcations. « Il faut s’éloigner, depuis l’appareil, jusqu’à une zone sécurisée, à environ cent mètres de distance, puis rassembler les radeaux et activer la RLS [Radiobalise de localisation des sinistres, ndlr] », explique la monitrice.

Dans un deuxième temps, ils apprennent à grimper dans les canots de sauvetage depuis l’eau et à nager en remorquant un corps, jouant à tour de rôle le passager inconscient. « L’objectif est de ramener le camarade à bord du bateau en moins de trois minutes », poursuit l’enseignante. À la fin du cours – et de près de deux heures passées dans l’eau –, les hôtesses et stewards sont épuisés mais ravis de cette « piqûre de rappel ». « Nous suivons ce type de formation deux fois par an, pendant trois jours. C’est essentiel, car si nous encadrons des passagers tous les jours, nous ne sommes jamais – et heureusement – confrontés à ce genre de situations. Et pourtant, il faut toujours être prêt à réagir ! », indique Anton, 27 ans, steward depuis trois ans.

« Par ici, sautez, glissez, fuyez ! »

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12 000 pilotes, hôtesses de l’air et stewards passent tous les ans par le centre de formation d’Aeroflot. Crédits : Manon Masset/LCDR

Après le déjeuner, direction la salle d’entraînement principale, pour les exercices d’évacuation en vol. C’est une sorte de grand hangar, de 200 m2 , équipé de toboggans de secours et de parties de fuselage des différents avions de la compagnie. Du haut des toboggans, de jeunes gens en combinaison blanche crient successivement en anglais et en russe à des passagers fictifs : « Par ici, sautez, glissez, fuyez ! », avant de s’élancer à leur tour.

Puis, à plusieurs reprises, ils remontent sur la passerelle pour recommencer l’exercice. « Il faut que l’équipage développe des automatismes, afin de pouvoir, en cas d’urgence, évacuer les passagers le plus rapidement possible », explique la monitrice, Vera Krassovskaïa. La dernière à se lancer est Anna Krasnova, 22 ans.

La jeune fille, qui a commencé sa formation en novembre dernier, sera diplômée d’ici trois semaines. Elle a décidé de rejoindre l’équipe Aeroflot « pour servir les autres et être fière de sa profession », lance-telle dans un discours qui semble parfaitement rodé. Pas de place à l’improvisation – pour le reste, je devrai m’adresser à la responsable du département des services et technologies, Tatiana Titova.

« La formation des étudiants dure trois mois, au cours desquels ils étudient huit heures par jour, six jours sur sept », m’explique cette dernière. Les candidats sont sélectionnés selon des critères de bonne santé physique et psychique et en fonction de leur âge – ils doivent avoir moins de 27 ans. « Un moyen de conserver un visage jeune pour l’une des plus vieilles compagnies du monde ! », lance Tatiana en souriant.

Devenu une référence, le centre Aeroflot propose aussi des cursus en anglais à d’autres compagnies, tel le groupe national mongol MIAT Mongolian Airlines. « Bien sûr, Air France ou Lufthansa possèdent leurs propres établissements de formation. Mais sur le territoire de l’ex-URSS, nous sommes les seuls à disposer d’un centre de cette taille et doté d’un équipement aussi moderne », souligne la responsable du département des services et technologies.

Hong Kong – Moscou

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Le pilote-instructeur Andreï Korol à bord de l’Airbus A330. Crédits : Manon Masset/LCDR

Dans un bâtiment voisin, Tatiana Titova nous ouvre l’antre des pilotes. Le centre d’entraînement a des airs de parc d’attractions. L’un à côté de l’autre sont alignés les simulateurs de vol, reproduisant le cockpit des six différents appareils de la compagnie – du Boeing 777 au Sukhoi Superjet 100-95В. Dans le dernier, Andreï Korol, pilote instructeur chez Aeroflot depuis trente ans, s’entraîne sur un Airbus A330.

« Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du vol 001, à destination de Moscou. Aujourd’hui, le ciel à Hong Kong est dégagé et la température douce : +9°C », lance-t-il, amusé.

Sur un écran, le pilote sélectionne l’aéroport de départ, et les pistes de décollage de Hong Kong apparaissent en 3D. Il choisit ensuite les conditions climatiques : clémentes, ensoleillées avec quelques nuages. Après un décollage sans encombre, le commandant enclenche le mode orages/turbulences. L’écran se couvre et un éclair surgit devant nos yeux. La cabine tremble et le pilote passe en mode manuel, pour gérer l’équilibre de l’appareil.

« De mauvaises conditions climatiques ou des oiseaux qui se prennent dans le moteur sont des choses qui arrivent régulièrement, et qu’il faut être capable de gérer en reprenant le contrôle manuel », souligne-t-il.

L’école d’aviation d’Aeroflot a été créée en 2011, pour pallier un déficit de pilotes. Aujourd’hui, la compagnie emploie 3 200 pilotes, dont 21 femmes, et en forme 200 nouveaux chaque année. « Une fois diplômés d’une école de pilotage, nos futurs pilotes intègrent l’école d’aviation de la compagnie, où nous les formons pendant deux ans sur nos appareils et dans les conditions du réel », détaille l’instructeur.

Chaque pilote d’Aeroflot est spécialisé sur un modèle d’avion, et non sur une destination. « Au départ, je volais surtout sur l’A320, vers l’Europe de l’Est », précise Andreï Korol. Mais depuis cinq ans, le pilote vole principalement vers la Chine, à bord de l’A330. Aeroflot s’intéresse fortement à l’Asie : il s’agit, aujourd’hui, du « principal axe de développement » du groupe, intervient l’attachée de presse, Elena Ousatcheva.

Le géant aérien russe dessert 131 destinations dans 50 pays, dont 50 en Europe et 13 en Asie. « Le but est de faire de Moscou – et d’Aeroflot – une plaque tournante entre l’Asie et l’Europe », ajoute-t-elle, concluant notre visite.

Du fond au haut du panier

Créée en 1923, Aeroflot, l’une des plus anciennes compagnies aériennes du monde, a connu au cours de son histoire 1 032 accidents, ayant coûté la vie à 10 685 personnes. De ces statistiques, Aeroflot a hérité une réputation peu glorieuse, qui lui colle encore au fuselage. Aujourd’hui, il s’agit pourtant de l’une des compagnies les plus sûres du monde, selon le site Airlineratings, qui lui donne six étoiles sur sept dans la catégorie « Sécurité ».

La compagnie russe n’a connu aucun accident mortel depuis plus de dix ans. Aeroflot vient également d’être élue compagnie aérienne « la plus puissante du monde » par la société de conseil britannique Brand Finance. Un choix que la société justifie par le jeune âge de la flotte – 4,3 ans en moyenne –, la domination que le groupe exerce sur son marché intérieur, ses performances en termes de sécurité et ses campagnes de marketing en Asie et auprès de Manchester United (depuis 2013, Aeroflot est le transporteur aérien officiel de l’équipe de football anglaise).

Aeroflot a transporté 43,4 millions de passagers en 2016 et compte atteindre les 70 millions d’ici 2025.

Manon Masset

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