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Des chercheurs russes en passe de trouver un remède contre le vieillissement

La revue Aging a publié, le 15 février, un article d’un groupe de chercheurs russes et suédois confirmant les effets anti-âge de l’antioxydant SKQ. Les souris de laboratoire auxquelles l’antioxydant a été injecté ont vécu plus longtemps que les autres et la durée de leur jeunesse a été multipliée par deux. Le magazine Rousski Reporter a interviewé l’un des coauteurs de cette étude historique, Maxim Skoulatchev, directeur de l’Institut d’ingénierie mitochondriale de l’Université d’État de Moscou.

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Personnes âgées se promenant à Moscou. Crédits : Andreï Makhonine / TASS

Rousski Reporter : Pourquoi vieillissons-nous ?

Maxim Skoulatchev : Notre groupe de recherche soutient l’idée selon laquelle le vieillissement est un programme génétique, nécessaire au changement des générations et à l’accélération de l’évolution. Nous avons confirmé l’hypothèse selon laquelle ce programme altérait le fonctionnement de l’organisme en l’empoisonnant lentement, par le biais des radicaux libres. Ce poison est fabriqué principalement par les mitochondries, que l’on surnomme les « centrales énergétiques » des cellules. L’étude dont nous présentons les résultats dans ce récent article est un argument supplémentaire reliant le vieillissement à ce mécanisme biologique.

R.R. : Qu’ont démontré vos expériences ?

M.S. : L’étude a été menée sur une lignée de souris sujettes à des troubles du fonctionnement des mitochondries, suite à une série de mutations de leur ADN. De ce fait, ces souris vieillissaient beaucoup plus rapidement que les autres, ce qui constitue une preuve indéniable du rôle des mitochondries et des radicaux libres dans le vieillissement. L’injection de l’antioxydant SKQ a prolongé leur vie de 10 % à 15 % et freiné le développement des changements liés à l’âge, en doublant la durée de leur « vie saine ». En d’autres termes, nous avons entre les mains un outil capable de réduire les dégâts causés par les radicaux libres ! Notre expérience a également confirmé la biodisponibilité du SKQ lors de la prise par voie orale : l’antioxydant passe assez bien dans le sang de la personne depuis son système digestif. Tous ces éléments, pris ensemble, augmentent fortement les chances de créer un médicament permettant de ralentir le vieillissement.

R.R. : Vous dites que, chez les souris ayant reçu ce traitement, la durée de « vie saine » a été multipliée par deux. Qu’est-ce que les scientifiques entendent par cette formule ?

M.S. : La « vie saine », ou jeunesse, est définie par l’absence de signes manifestes de vieillissement. Au cours de l’expérience, nous avons surveillé toute une série de ces signes : baisse de la masse et de la température du corps, chute des poils, distorsion de la colonne vertébrale. Et le traitement par antioxydant a significativement freiné l’apparition de ces changements liés à l’âge. À propos, saviez-vous que les organisations internationales ont récemment « rallongé » notre jeunesse – fixant cette période de vie jusqu’à 45 ans chez l’être humain ? Et si ce médicament agit sur nous comme sur les souris, nous serons jeunes jusqu’à 90 ans.

« Le vieillissement peut et doit être abordé de toutes parts »

R.R. : Cette nouvelle préparation à base de SKQ est actuellement soumise à des tests cliniques. Pouvez-vous nous dire comment se déroule l’étude et ce qui est prévu pour la suite ?

M.S. : La première phase de tests, qui consistait à découvrir les effets secondaires du SKQ sur des volontaires, est achevée. Désormais, pour lancer le médicament, il faudra démontrer qu’il peut guérir des pathologies concrètes, et non « la vieillesse » en général. L’étape suivante devra donc en tester l’efficacité dans le traitement de trois groupes de maladies : diverses maladies neurodégénératives, ostéoporose et maladies inflammatoires, type polyarthrite rhumatoïde et sclérose diffuse. J’espère que nous remplirons tous ces objectifs. Nous déciderons cette année, en 2017, quels tests effectuer en premier lieu.

R.R. : Quel est l’avantage de cette approche antioxydante en comparaison, par exemple, avec la thérapie génique, dont on entend tant parler ?

M.S. : L’avantage du SKQ sur la thérapie génique est évident : l’approche pharmaceutique est moins radicale, mais plus sûre. Si quelque chose ne va pas, on peut toujours cesser de prendre un médicament, alors que si vous avez modifié les gènes – c’est irréversible. Mais j’insiste aussi sur le fait que nous ne prétendons en rien à l’exclusivité : le vieillissement peut et doit être abordé de toutes parts. Par exemple, notre approche ne peut servir à traiter le cancer, qui est une des trois plus grandes causes de mortalité des adultes dans le monde.

R.R. : Il n’y a pas si longtemps que le vieillissement est considéré en soi comme un problème et si largement étudié. Qu’est-ce qui a changé dans notre relation à ce phénomène ?

M.S. : Il y a 15 ou 20 ans, on ne savait pas vraiment quoi prouver, ni comment. Et toute branche de la science a besoin, pour se développer, d’une hypothèse de travail de départ (c’est le « quoi ?»), que l’on va ensuite vérifier, longuement et douloureusement, au travers d’expériences (c’est le « comment ? »). L’intérêt accru pour la gérontologie, à mon sens, est lié au développement d’une théorie du vieillissement et d’une base expérimentale.

R.R. : Le zoo de Berlin a offert à votre laboratoire de recherche un groupe de rats-taupes nus, ces animaux célèbres pour leur exceptionnelle longévité. Il paraît que la reine de la colonie attendait des petits… Comment s’est déroulée la grossesse, et qu’adviendra-t-il des nouveau-nés?

M.S. : Oui, la reine est arrivée de Berlin déjà enceinte et l’accouchement s’est très bien passé : il s’agit des premiers rats-taupes nus nés sur le territoire russe. Nous avons tenté d’organiser avec ces individus une nouvelle colonie, en déménageant la femelle et les mâles reproducteurs, et il semble que cette nouvelle reine soit de nouveau enceinte – si ce n’est pas une fausse alerte, nous verrons donc bientôt apparaître la première « lignée russe » pure de rats-taupes ! Ces animaux étonnants à la longévité impressionnante, visiblement, possèdent déjà leur médicament… Si nous parvenons à l’identifier, nous pourrons compléter notre futur remède contre le vieillissement.

Traduit par Julia Breen

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