Être SDF à Saint-Pétersbourg

On recense à ce jour quelque 60 000 sans-abri à Saint-Pétersbourg. Afin de comprendre comment ils vivent, le journaliste Ivan Tchesnokov, pour la revue en ligne Takie Dela, a passé plusieurs jours dans les rues de la capitale du Nord. Le Courrier de Russie traduit le journal qu’il a tenu lors de cette expérience intense.

Premier jour.
Entre frères, on s’aide toujours !

17h. Je me suis toujours efforcé d’éviter les sans-abri. Parfois, j’ai retenu ma respiration.

Et aujourd’hui, alors que je me tiens sur la place Vosstaniïa, je me demande comment je vais survivre à ces prochains jours. J’ai des vêtements chauds sur moi, une brosse à dents et du dentifrice dans mon sac, et rien dans mon porte-monnaie.

18h. Pour me préparer un tant soit peu à cette « expérience », j’ai noté les adresses des lieux où l’on distribue gratuitement de la nourriture. Je sais notamment qu’il y en a un dans la rue Atamanskaïa. En revanche, je n’ai aucune idée d’où elle se trouve. J’interroge plusieurs passants, mais tous me répondent par un signe de tête négatif. Finalement, je tombe sur un SDF âgé de 20 à 25 ans. Son haleine avinée me submerge.

– Tu prends à droite, puis tu vas tout droit jusqu’au cul-de-sac. Et ensuite, tu demandes aux mecs près de l’église, m’explique le jeune homme, en indiquant une direction vague.

– Vous parlez bien de la rue Atamanskaïa ?

– Oui, je te promets !

– Et par hasard, vous ne sauriez pas où on peut passer la nuit au chaud ?

– T’inquiète pas, entre frères, on s’aide toujours !, me lance-t-il, avant de partir.

19h. Naturellement, je me perds. Et, comme par hasard, il n’y a personne autour de moi. J’arrive près de l’église mais elle est fermée. Plus j’erre dans les rues, plus je suis envahi par la panique et l’angoisse. Où dormir, où manger ? Je ne sais pas à qui demander de l’aide. J’ai peur et je me sens seul.

19h10. Deux gars mal bâtis apparaissent, vêtus de manteaux d’hiver trop grands et de ridicules chapkas de fourrure.

– Excusez-moi, savez-vous où se trouve la rue Atamanskaïa ?, je leur demande, sans nourrir d’espoir particulier.

– Pourquoi tu la cherches ?, me lance le plus petit.

– Je cherche l’endroit où on donne à manger gratuitement.

– Оh ! Ils ont déménagé, ils sont rue Krementchougskaïa maintenant. Viens avec nous !, s’exclame le plus grand, en me donnant une tape sur l’épaule.

– Tiens, d’après toi, on est des SDF ou non ?, me demande le premier en souriant.

– Euh, non ?

– Eh si !, rigole le second.

Kirill le Pétersbourgeois et Alex le Biélorusse ont, respectivement, 50 et 40 ans. Le premier a les traits d’un fieffé voleur tandis que le regard du second révèle une simplicité rustique.

Les deux hommes ne sentent pas l’alcool et n’ont pas l’air de drogués. Seuls leurs ongles crasseux trahissent la vie qu’ils mènent.

19h20. Nous nous dirigeons vers le point de distribution de nourriture. Les deux hommes me racontent comment ils se sont retrouvés à la rue, il y a deux mois. La famille de Kirill l’a mis à la porte, avant de faire changer toutes les serrures. Alex, quant à lui, s’est fait voler son argent et ses papiers sur un chantier près de Saint-Pétersbourg. Il ne peut pas rentrer en Biélorussie pour demander un nouveau passeport.

« Et toi, tu viens d’où ? », m’interrogent-ils. Et voilà, c’est fini, me dis-je : ils vont m’envoyer promener. Je leur avoue que je fais un reportage. « Oh, mais dans ce cas on va tout te montrer ! Flippe pas, journaliste ! », s’exclame Kirill.

19h30. La première règle de survie dans la rue, selon Kirill, est de « trouver un coéquipier ». Un coéquipier t’aide à te défendre contre les jeunes qui s’amusent à frapper les SDF, il te protège et, tout simplement, t’empêche de souffrir de la solitude.

20h. « Mets-toi dans la file et ne dis rien. Prends simplement à manger. Le principal, c’est que tu sois avec nous. Ça veut dire que tu es un des nôtres », me conseillent mes nouveaux compagnons. Leur deuxième conseil est de ne pas trop manger de la soupe de poisson que l’on nous sert dans le bus de la fondation caritative Diakonia. Mais j’ai tellement faim que je termine mon assiette et mange, en plus, un petit pain sucré avec du thé. « Et n’oublie pas de terminer avec de l’ail, pour désinfecter ! », ajoute Alex. Pas moyen de savoir s’il est sérieux ou non.

Une dizaine de personnes piétinent dans la queue. […]

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Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Les supporters, un défi pour les commerces et les restaurants de Moscou

Avec l’arrivée des fans de foot étrangers, les établissements du centre de Moscou sont l’objet de tournées d’inspection du Rospotrebnadzor, l’agence fédérale des services sanitaires. L’afflux extraordinaire de touristes entraîne un manque d’effectifs et des difficultés dans l’approvisionnement des restaurants, tandis que les supporters ont le plus grand mal à se faire comprendre du personnel russe. Malgré tout, restaurants, boutiques de souvenirs et magasins d’alimentation gagnent des sommes rondelettes. Nikita Kamitdinov, journaliste pour la revue d’affaires Inc., a interrogé les commerçants du centre-ville sur les difficultés occasionnées par ce déferlement de touristes. Le centre de Moscou, en particulier la rue Nikolskaïa, est saisie par la fièvre footballistique. On y entend à chaque instant des cris dans différentes langues (surtout en espagnol), de la musique et des conversations en mauvais anglais. Malgré la barrière linguistique, les supporters venus des quatre coins du monde n’hésitent pas à fraterniser et à se prendre en photo. Leurs clichés inondent les réseaux sociaux depuis plus deux semaines maintenant. Un Mexicain portant une petite queue de cheval et une épaisse barbe soigneusement entretenue tient dans sa main une bière « Tri Medvedia » [Les Trois Ours]. Il en boit une gorgée, regarde attentivement la bouteille et la photographie avec son téléphone. La bière étant le principal attribut des supporters, les patrons de tous les établissements de restauration se creusent les méninges pour en tirer le plus d’argent possible. « Dans leur enthousiasme, les supporters sont capables de causer des dégâts partout, et pas seulement dans les cafés et les restaurants. » La chaîne de restauration rapide KFC sert, par exemple, de la bière pression directement sur sa terrasse. Aujourd’hui, la queue, qui compte déjà une vingtaine de personnes, ne fait que s’allonger. Une pinte coûte 142 roubles (1,94 euro). « C’est gratuit, non ? Alors, qui en veut ? J’en achète trois ! » propose un homme portant un immense drapeau de la Russie. Des jeunes filles refusent en souriant l’offre généreuse. Les tables de la petite terrasse du restaurant Teremok sont jonchées de gobelets de bière en plastique. Pas de nourriture. Bien que les supporters aient déjà réussi à casser deux tables et à voler un pot de fleurs, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2018
International

Alexandre Grouchko : « L’élargissement de l’OTAN est un conflit par procuration avec la Russie »

La Russie est prête à dialoguer avec l’Organisation de l’Alliance atlantique (OTAN) mais pas au détriment de ses intérêts nationaux, affirme Alexandre Grouchko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, dans une interview aux Izvestia. Jusqu’au 22 janvier 2018, M. Grouchko était le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, une fonction restée vacante depuis. Manifestement, Moscou n’est pas pressée de le remplacer… La Russie est souvent accusée de violer l’espace aérien des pays baltes et des autres États membres de l’OTAN. Moscou a proposé à plusieurs reprises de réduire ce risque. Peut-on observer des avancées dans ce domaine ? Alexandre Grouchko : Oui et non. D’une part, à l’initiative de la Russie, un groupe de travail pour la sécurité aérienne au-dessus de la Baltique a été créé. Cela prouve qu’un dialogue dépolitisé, calme et professionnel, peut aider à la résolution de questions liées à la sécurité. Ce groupe a élaboré des recommandations relatives aux vols militaires et civils en fonction des normes en vigueur dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Un nouvel itinéraire a ainsi été établi, utilisé par l’aviation militaire russe. Pour ces vols, nous utilisons des transpondeurs [balises, ndlr] et fournissons des plans de vol. Autrement dit, nous respectons les normes de l’aviation civile puisque cet itinéraire est reconnu par l’OACI et enregistré dans tous les ordinateurs de contrôle. « Les canaux de communication militaire sont complètement coupés » Rien n’a changé, en revanche, dans le domaine de la coopération et de la prévention des incidents entre appareils militaires, qu’il s’agisse d’avions ou de navires. Nous avons formulé différentes propositions, nous sommes notamment prêts à engager des consultations avec tous les pays qui mènent des opérations dans la Baltique, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 juin 2018
Culture

Professeur de ballet russe au Rwanda

Larissa Tretiakova vit depuis quatorze ans au Rwanda, où elle enseigne le ballet à des enfants dans la seule école de danse classique du pays. Au Rwanda, l’art classique est parfaitement inconnu et inhabituel. Mais l’amour des pointes et de la musique de Tchaïkovski efface toutes les frontières. Reportage de Takie Dela. En 2003, le mari de Larissa, ingénieur, part travailler au Rwanda pour une grande multinationale. Larissa reste en Russie avec leur fils de trois ans, le temps de voir si une vie au Rwanda est envisageable pour la petite famille. Larissa se souvient de n’avoir eu aucune appréhension. Enfant, déjà, elle était fascinée par l’Afrique. Bientôt, elle part rejoindre son mari avec leur fils. Sur place, l’image qu’elle s’était faite du pays est comme chassée par le vent. Sa première idée est de prendre son enfant et de retourner en Russie. Le Rwanda, frappé en 1994 par une guerre civile et un génocide de cent jours durant lesquels près d’un million de civils furent massacrés, ne s’est pas encore relevé de ses ruines. Les Tretiakov décident finalement de rester au moins six mois, le temps de trouver leurs marques. Un rythme de vie aux antipodes de l’agitation moscovite La première année, ils vivent pratiquement sans électricité. Il leur est donc impossible de conserver de la nourriture chez eux. Chaque matin, Larissa va faire les courses. Quand l’électricité apparaît enfin, les problèmes d’eau commencent. Les Tretiakov collectent l’eau de pluie dans des bassines pour laver le sol et évacuer les eaux souillées. Le couple songe alors sérieusement à partir. Mais un an passe. Puis deux. Ensuite, Larissa donne naissance à une fille, et leur fils entre à l’école. Le couple vit aujourd’hui en Afrique depuis quatorze ans. Mais l’idée de rentrer en Russie « quand les enfants auront terminé leurs études » ne les a toujours pas quittés. Pendant toutes ces années, la vie au Rwanda, en particulier à Kigali, la capitale, a fortement changé. Le pays se bâtit sous leurs yeux. Des routes de qualité apparaissent, ainsi qu’une multitude de nouveaux bâtiments, des magasins, des hôpitaux… Un cinéma a récemment ouvert ses portes. Bien qu’il reste encore énormément d’habitants pauvres et de quartiers défavorisés, le Rwanda est aujourd’hui le pays le plus propre et le plus tranquille d’Afrique, affirme Larissa. Surtout si on le compare au Congo voisin, où tous les bas-côtés sont ensevelis sous les ordures. « Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. » Le Rwanda est un pays montagneux, à la une végétation luxuriante et au climat agréable : les températures oscillent entre +15 et +32°C. On y trouve des bosquets d’eucalyptus, des massifs montagneux recouverts de forêts et le célèbre lac Kivu. Quarante variétés de bananes poussent dans le pays et servent à fabriquer toutes sortes de choses, de l’alcool aux bijoux. La lenteur du rythme de vie se ressent particulièrement après l’agitation de Moscou et de Saint-Pétersbourg, où tout le monde court en permanence. Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. « Quand je vais en Russie, je fais toujours des gaffes les premiers jours, commente Larissa en riant. Pendant que je laisse passer tout le monde devant moi, le bus s’en va. Au Rwanda, on perd vite l’habitude de se bousculer et de se presser. » Les habitants sont bienveillants. Dans la rue, il arrive qu’en entendant les Tretiakov parler russe, des Rwandais ayant étudié en Union soviétique s’approchent d’eux et se présentent. De l’aneth chez le fleuriste Au début, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 mai 2018
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