Un retraité russe fait le tour du monde à pied en moins de deux ans

Peut-être même un Guinness des records


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Le 4 février, Sergueï Loukianov, 60 ans, est revenu chez lui, à Saint-Pétersbourg, après un tour du monde à pied de près de deux ans. Le Courrier de Russie s’est entretenu avec le voyageur, qui conte son récit avec la plus grande modestie, comme s’il venait de faire un tour de pâté de maisons.

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Sergueï Loukianov au parc naturel Sokhondo, en Transbaïkalie, en Russie. Crédits : VK

1er avril 2015, place du Palais, à Saint-Pétersbourg. Sergueï Loukianov, entouré de sa famille, d’amis et d’un petit groupe de supporters, se prépare à entreprendre seul, à pied, un voyage extraordinaire autour de la planète. Un exploit sportif, puisque personne avant lui n’est parvenu à parcourir une telle distance à pied en moins de dix ans.

« C’était un rêve d’enfant », confie cet ancien entraîneur de grande randonnée, soulignant que ce voyage n’est pas si éloigné de son mode de vie quotidien. « Je me suis entraîné toute ma vie. J’ai toujours pratiqué la course longue distance, participé à des marathons et à différentes compétitions d’athlétisme », explique-t-il.

Depuis 1965, année où il a commencé à pratiquer l’athlétisme, Sergueï Loukianov a participé à plus de 1 350 compétitions. Parmi ses performances les plus remarquables : une marche de Moscou à Saint-Pétersbourg de 700 km, en 1988, accomplie en six jours et six heures ; le tour de la mer d’Azov, en 2010 (1 400 km en 10 jours) ; le tour de la Sicile, en 2011 (1000 km en 14 jours) ; ou encore des randonnées en Europe, en 2013 et 2014, au cours desquelles il a parcouru, respectivement, 2 500 km en 50 jours et 3 000 km en 57 jours.

23 300 km en 676 jours !

Loukianov tour du monde russe
Sergueï à Hechi, en Chine, en décembre 2015. Crédits : VK

En avril 2015, parti de Saint-Pétersbourg, il se dirige vers l’Est, prévoyant de traverser la Russie puis de rejoindre la Chine avant l’arrivée des grands froids. Il franchit la frontière russo-chinoise à l’automne 2015, puis rejoint le Vietnam, où il célèbre le Nouvel an 2016. Le voyageur poursuit ensuite son chemin en Asie à travers le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et la Malaisie. À Singapour, Sergueï prend l’avion pour traverser l’océan Indien jusqu’en Australie. Après en avoir longé toute la côte Est, il s’envole pour le Chili. Depuis Santiago, il se rend en Argentine, puis au Brésil, jusqu’à Rio de Janeiro, où il reprend un vol pour l’Afrique. « Je n’ai pris l’avion que pour traverser les océans – je ne pouvais pas faire autrement », précise le retraité, qui souligne qu’une fois sur la terre ferme, il n’a jamais été question, pour lui, de se déplacer autrement que sur ses deux jambes.

Il atterrit au Sénégal et marche jusqu’en Mauritanie, puis se rend au Maroc. Mais alors qu’il ne lui reste qu’à traverser le détroit de Gibraltar pour rejoindre le continent européen, Sergueï Loukianov doit retourner à Saint-Pétersbourg afin d’obtenir un visa Schengen. Le précieux document en poche, il peut retourner au Maroc pour reprendre son périple et traverse plusieurs pays européens, dont la France.

« En réalité, la plus grande difficulté à laquelle j’ai dû faire face tout au long de ce voyage a été la question des visas !, commente l’aventurier, qui s’est efforcé d’établir son itinéraire notamment en fonction des pays pour lesquels, en tant que citoyen russe, il n’en avait pas besoin. Mais outre ces formalités, je n’ai pas été confronté à des obstacles majeurs, à des situations réellement dangereuses, poursuit-il. Sachant que j’ai tout de même évité les zones de conflits ouverts, comme le Moyen-Orient. »

Il arrive finalement à Saint-Pétersbourg le 4 février 2017, au terme d’un voyage de 23 300 km au total, parcourus en 676 jours.

Un quotidien rudimentaire

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Sergueï à Kuala Lumpur, en Malaisie, en mars 2016. Crédits VK

Un kilomètre à pied, ça use les souliers, dit-on. Et à partir de 3 000 km, il faut carrément en changer, précise le sportif. Par ailleurs, en passant les trois quarts de son temps sur la route, en pleine nature et équipé du strict minimum – une sac à dos, une tente, une carte routière, quelques guides touristiques et son téléphone portable –, il était difficile, pour Sergueï Loukianov, de suivre au quotidien un régime alimentaire sain et équilibré.

L’athlète raconte ainsi s’être nourri principalement de fromage, de viande séchée, de barres chocolatées et de boissons gazeuses. « Je vis sur ma retraite. Ma femme, ma famille et mes amis m’ont aidé en m’envoyant de temps en temps de l’argent par Internet, mais malgré tout, je ne pouvais pas me permettre de dépenser trop », explique-t-il, en précisant avoir dépensé, en moyenne, 500 roubles par jour (8 euros). C’est notamment pourquoi le voyageur a choisi d’éviter les pays scandinaves : « Les produits alimentaires y coûtent trop cher », note-t-il.

Sergueï a également économisé sur son hébergement : « Je dormais dans une tente », raconte-t-il, ajoutant avoir planifié son itinéraire afin de se retrouver dans des pays chauds en hiver. En deux ans, le retraité a ainsi dépensé environ 1 million de roubles (16 000 euros) en tout.

Un langage universel

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Sergueï en Thaïlande en 2016. Crédits : VK

Autre difficulté liée au voyage : la communication. Sergueï, qui ne connaît que sa langue natale, le russe, a fait avec : « Je devais constamment essayer de me faire comprendre par gestes ! », confie-t-il.

Pourtant, assure le sportif, la barrière de la langue n’a jamais constitué un réel problème. Au contraire, les rencontres faites au cours de son périple sont le meilleur souvenir qu’il gardera de l’aventure. « J’ai rencontré des gens ouverts, souriants et chaleureux. Ils m’ont aidé et supporté naturellement, alors que nous ne parlions pas la même langue. Une telle gentillesse m’a vraiment surpris », raconte-t-il.

Sergueï admet toutefois avoir été plusieurs fois étonné et dépaysé au cours de son périple, comme lors de sa traversée de la frontière russo-chinoise : « En arrivant en Chine, j’ai été littéralement stupéfait par les coutumes, l’architecture et la mentalité des gens », confie-t-il. Mais sa rencontre la plus incroyable s’est passée en Uruguay, un matin… avec des ours. « J’avais planté ma tente sous un pont le soir et, le lendemain au réveil, je me suis retrouvé nez-à-nez avec une famille d’ours… J’ai d’abord cru que c’était un rêve, mais non – ils étaient bien réels ! C’était une femelle avec ses petits. Ils n’étaient pas agressifs. Je me suis servi de ma lampe torche pour leur faire peur, et ils sont partis calmement », poursuit le retraité, impassible.

Et maintenant ?

Le 27 avril prochain, Sergueï Loukianov fêtera ses 61 ans. Si dans l’immédiat, il souhaite surtout passer un moment avec sa famille, pas question, pour notre athlète, de poser son sac à dos « La vie continue, affirme-t-il, et je compte bien découvrir encore d’autres coins du globe. J’ai envie de continuer à voyager, même si je ne sais pas encore où. Ce dont je suis sûr, c’est qu’en septembre, j’irai en France : pour participer aux 24 heures de Roubaix ! », lance-t-il, amusé.

D’ici là, Sergueï Loukianov songe à écrire un livre sur son incroyable tour du monde et fait les démarches nécessaires, aidé de son fils, afin que son exploit soit inscrit au célèbre Guinness des records.

Arrivée de Sergueï à Saint-Pétersbourg le 4 février 2017

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