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Plantu : « Critiquer Poutine, je continuerai, mais il faut sortir de la caricature »

Plantu était de passage à Moscou. Rencontre avec le dessinateur du Monde mais aussi avec le fondateur de l’association Cartooning for Peace.

Le Courrier de Russie : Vous avez déclaré que la « ligne rouge » n’était pas la même en Europe et en Russie. Pourriez-vous développer ?

Plantu : Par exemple, j’ai été très choqué quand j’ai dessiné, en 2005, un timbre à l’occasion du 60e anniversaire de la libération des camps. Il a été tiré à neuf millions d’exemplaires par La Poste et rendait hommage aux Américains et aux Russes. Très curieusement, ce timbre est passé totalement inaperçu  parce que si tout le monde trouvait normal de rendre hommage aux Américains, par contre, rendre hommage aux Russes, ça n’est pas dans le logiciel du politiquement correct. Personne ne m’a dit : « Pas question de dire un truc sympa sur les Russes », mais le fait que le timbre fasse un bide est une indication.

Je vais vous donner un autre exemple : j’ai réalisé un dessin qui montre que Poutine fait la même chose que les Américains mais que quand ce sont les Russes, on trouve ça très mal ! Je fais des dessins qui critiquent Poutine, bien sûr, mais, dans le cadre de Cartooning for Peace, je rencontre des dessinateurs qui peuvent être pro-russes et nous en avons besoin car nous avons mille choses à apprendre de la culture et des opinions des autres. Comme au Proche-Orient, où nous avons l’habitude de rassembler des Palestiniens, des Israéliens anti et pro Netanyahou et des anti et pro colonisation. Ça me donne l’opportunité de comprendre les interdits et les tabous de mes confrères dessinateurs. Et à Moscou, avec mes amis russes, j’apprends beaucoup et ils m’aident à comparer leurs tabous avec les nôtres. Et cela nous rassemble. […]

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Propos recueillis par Jean-Félix De la ville Baugé