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Mao Musée Moscou

La Chine restaure son passé communiste à Moscou

Situé en banlieue de Moscou, le musée du VIe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) a remporté, en décembre 2016, le vote populaire du « site le mieux restauré de la capitale ». Ravagé par un incendie en 2011, l’édifice – l’ancien palais de la famille Moussine-Pouchkine – a été confié au PCC, qui désirait depuis longtemps en faire un musée consacré à son unique congrès à l’étranger, organisé il y a près d’un siècle, en 2013. Reportage.

musée Mao Moscou
Musée du VIe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) à Moscou. Crédits : Junzhi Zheng

Il suffit de s’arrêter au 30, rue Rabotchaïa, dans la petite ville de Pervomaïskoïe, et de pousser le portail entrouvert du majestueux palais pour basculer dans un autre monde : des lanternes rouge et or se balancent au rythme du vent, le hall du palais est orné de chapelets de pétards aux slogans bienveillants – Bonheur, fortune… -, les murs sont agrémentés de nœuds chinois, le personnel devise en mandarin.

Ici, à quelque 40 km au sud-ouest du centre de Moscou, un musée relate l’histoire du VIe Congrès national du Parti communiste chinois (PCC), organisé, pour la première et la seule fois, hors du pays.

Le choix du lieu ne devait rien au hasard. Propriété de la famille Moussine-Pouchkine, issue de la grande noblesse russe, de 1785 à la fin du XIXe siècle, le palais avait été réquisitionné par les bolchéviques après la révolution d’Octobre 1917. Devenu dans les années 1920 un fief du NKVD, la police politique soviétique, l’endroit est apparu comme idéal pour abriter ce VIe Congrès du PCC, qui devait se tenir dans le plus grand secret.

Le parti communiste chinois, afin de transformer le lieu en un musée consacré à cet événement exceptionnel de son histoire, a dû attendre jusqu’en 2013 – année de la rencontre entre le président chinois Xi Jinping et son homologue russe Vladimir Poutine à l’occasion du sommet du G20 de Saint-Pétersbourg. Le vœu s’est alors exaucé : le bâtiment a été confié au Centre culturel chinois de Moscou pour un bail locatif de 49 ans. L’édifice, détruit par un incendie en 2011, se trouvait à l’époque dans un état de délabrement avancé. De vastes travaux de restauration, financés par les autorités chinoises et dirigés par des architectes russes, ont débuté en novembre 2015. Peu à peu, le palais a retrouvé son allure d’antan : la façade et les murs jaune pastel et blanc, les frontons et le belvédère délicats, les escaliers en marbre blanc, les lustres éclatants…

Musée Moscou Mao
L’entrée du musée est décorée de chapelets de pétards aux slogans protecteurs, tels que Bonheur, fortune. Crédits : Junzhi Zheng

Depuis son ouverture au public le 4 juillet 2016, le musée du VIe Congrès du PCC a accueilli plus de 3 000 visiteurs, dont 70% de Chinois et 30% de Russes, d’après les données recueillies par les responsables du lieu. Néanmoins, rares sont les curieux à s’y aventurer en hiver. Les salles d’exposition sont le plus clair du temps éteintes, et le chauffage – alors que le thermomètre flirte avec les -15°C à l’extérieur – est réglé au minimum.

Liu Yuhui, touriste chinoise originaire de la province du Shandong, dans le Nord, est la seule visiteuse à arpenter les salles du musée par ce matin glacial de janvier. « Le VIe Congrès du PCC, cela ne m’évoquait absolument rien. Voyez-vous, n’étant pas communiste, j’étais loin de tout ça… Ce n’est qu’après mon arrivée à Moscou que j’ai entendu parler de ce musée. Et pour tout dire, c’est fort réjouissant de savoir qu’il existe, dans la capitale russe, un lieu qui rend hommage à l’histoire chinoise », explique-t-elle, amusée.

Dans la spacieuse salle d’exposition du rez-de-chaussée, de vieilles photographies racontent les tribulations et mésaventures du PCC, qui n’en était, à la veille de cette assemblée historique, qu’à ses balbutiements. Prêtés par les Archives d’État chinoises, les comptes-rendus originaux du congrès, y compris la nouvelle charte du PCC et les lettres de suggestion du Komintern (ou Internationale communiste : organisation fondée en 1919 à Moscou, qui prônait la révolution communiste dans le monde entier), sont encadrés sous verre. Mme Liu, emmitouflée dans sa doudoune, les mains fourrées dans ses poches, se penche pour lire les explications, rédigées dans les deux langues.

Mao Moscou
La salle principale du congrès à l’étage du musée. Crédits : Junzhi Zheng

À la fin des années 1920, la majeure partie de la Chine était aux mains des nationalistes, et le Kuomintang (KMT, Parti nationaliste chinois), mené par Tchang Kaï-chek, avait lancé une purge contre les communistes. Le PCC aurait pris trop de risques en organisant un congrès national sur le territoire chinois. Avec le soutien du Parti communiste d’Union soviétique et du Komintern, une centaine de ses délégués sont parvenus à quitter le pays par petits groupes, secrètement, puis ont pris le Transsibérien pour rejoindre Moscou.

Du 18 juin au 11 juillet 1928, ils étaient ainsi 142 à se réunir à Pervomaïskoïe pour discuter de l’avenir du parti. Parmi eux, deux ténors du Parti : Zhou Enlai et Qu Qiubai. Le premier, futur premier Premier ministre de la République populaire de Chine, y a été élu membre du Comité central du PCC. Le second, alors secrétaire général du Parti, s’est vu écarter de la direction à l’occasion de l’assemblée, à cause de son « gauchisme ».

Soudain, un cri d’enthousiasme brise le silence. Mme Liu, le regard fixé sur l’immense portrait du jeune Mao qui trône dans la salle, caresse de la main l’épaule du Grand Timonier et se confie, d’une voix émue : « Qu’il est beau ! C’est un grand homme d’État ! Certes, il a commis des fautes graves pendant la Révolution culturelle, mais il ne faut pas oublier ses mérites, qui l’emportent largement. Quels devaient être ses talents et sa persévérance, pour surmonter autant d’obstacles et mener, finalement, le peuple à la victoire. Sans lui, le Parti communiste n’aurait jamais pu fonder notre république populaire… » La visiteuse, la gorge nouée, retient ses larmes.

Musée Mao Moscou
Mme Liu devant le portrait du jeune Mao Zedong. Crédits : Junzhi Zheng

Grand absent de ce congrès de 1928, Mao Zedong se trouvait à l’époque dans les montagnes du Jinggang, dans le sud de la Chine, afin de développer l’enseignement des bases révolutionnaires auprès des paysans. Il ne s’est imposé à la tête du PCC qu’en 1935.

En haut de l’escalier de marbre, à l’étage, une deuxième salle recrée l’univers du congrès : les bancs en bois s’alignent sous une immense banderole rouge, qui proclame, en sinogrammes traditionnels : « VIe Congrès national du Parti communiste chinois ». La pièce a effectivement accueilli la majeure partie des délibérations des délégués communistes chinois, le rez-de-chaussée étant, à l’époque, réservé au NKVD.

En face, la troisième salle de l’exposition est entièrement consacrée à la « Nouvelle ère des relations sino-russes » : on y découvre de nombreuses photographies d’entrevues entre les dirigeants des deux pays et d’événements marquants des échanges bilatéraux récents dans les secteurs de la culture, du sport, du tourisme, etc. « Ce lieu est en lui-même un symbole de l’amitié sino-russe. Beaucoup d’écoliers, venus ici avec leurs enseignants pour admirer l’architecture, tombent immédiatement sous le charme de l’Empire du Milieu », affirme Sergueï, responsable de l’accueil.

Les relations sino-russes en cinq dates clés :

1 octobre 1949 : l’URSS est parmi les premières puissances mondiales à reconnaître l’existence de la nouvelle République populaire de Chine.

Avril 1956 : Le Parti communiste chinois s’oppose à la déstalinisation lancée en URSS par Nikita Khrouchtchev.

Juillet 1960 : Khrouchtchev ordonne le retrait des ingénieurs soviétiques de Chine. Les tensions entre les deux pays sont à leur paroxysme.

3 septembre 1994 : Le président russe Boris Eltsine et son homologue chinois Jiang Zemin déclarent le non-recours aux armes nucléaires l’un contre l’autre.

21 mai 2014 : Gazprom et la China National Petroleum Corporation signent un contrat de livraison de gaz naturel russe à la Chine, sur 30 ans, pour un montant de 400 milliards de dollars.

Junzhi Zheng

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