L’avenir de la cathédrale Saint-Isaac divise les Pétersbourgeois

C’est une des plus vastes cathédrales à dôme du monde


Dimanche 12 février, Saint-Pétersbourg a été le théâtre de deux rassemblements massifs en faveur et contre la restitution de la cathédrale-musée Saint-Isaac à l’Église orthodoxe russe. Compte rendu.

procession cathédrale saint-Isaac Saint-Pétersbourg
Procession des partisans du retour de Saint-Isaac dans le giron de l’Eglise organisée par le diocèse de Saint-Pétersbourg, le 12 février. Crédits : Pavel Karavachkine/TASS

De la procession de soutien…

Les partisans du retour de Saint-Isaac, musée depuis 1931, dans le giron de l’Église orthodoxe russe étaient nombreux en ce dimanche pluvieux. Après une brève prière dans l’édifice, entre 1 500 personnes, selon la police, et 6 000, selon le diocèse de Saint-Pétersbourg, ont participé à une procession, organisé par ce dernier, autour de la cathédrale.

« On nous a dit de venir, alors nous sommes venus. Et oui, nous soutenons le transfert de la cathédrale », a expliqué une participante de la procession au journal pétersbourgeois Fontanka.

Le cortège était mené par l’archiprêtre Alexei Issaïev et le député ultra-conservateur Vitali Milonov, auteur, notamment, de la loi contre la propagande homosexuelle auprès des mineurs.

« Nous espérons que bientôt, tous les orthodoxes, tous les Chinois, les Japonais, tous les gens de toutes les origines et confessions pourront pénétrer dans cette église gratuitement, sans avoir à faire la queue devant une caisse. L’église sera une église ! », a déclaré le député aux journalistes, à l’issue de la procession.

… à la ronde de protestation

Alors que la manifestation des pro-transfert touchait à sa fin, mille personnes, arrivées sur place entre temps, ont formé une ronde « anti » autour de la cathédrale Saint-Isaac.

Les participants arboraient sur leur manteau, leur sac ou leur bonnet un petit ruban bleu, devenu le symbole de la protestation contre la remise de la cathédrale à l’Église.

Les opposants à cette décision craignent que les autorités religieuses ne négligent l’entretien de la cathédrale et des centaines d’œuvres d’art qu’elle abrite, citant l’exemple des nombreuses églises qui se détériorent ou tombent en ruine à travers le pays.

« Je suis catégoriquement contre le fait que la cathédrale tombe dans les mains de l’Église. Comment vont-ils faire pour conserver toutes ces œuvres ? Aujourd’hui, le musée dispose de nombreux employés qui ne s’occupent que de ça. L’Église va-t-elle continuer à les payer pour ce travail ? L’Église, dans notre pays, n’a de l’argent que pour elle-même ! », a dénoncé une femme d’un certain âge, interrogée par Fontanka.

800 millions de roubles

Le 10 janvier 2017, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Gueorgui Poltavtchenko, a annoncé officiellement le transfert de l’administration de la cathédrale Saint-Isaac à l’Église orthodoxe russe à compter de décembre 2017, pour une période de 49 ans.

L’annonce a immédiatement suscité une vague de protestation au sein de la population pétersbourgeoise, qui a organisé plusieurs rassemblements et lancé une pétition, ayant déjà recueilli plus de 200 000 signatures.

Nikolaï Bourov, le directeur actuel du musée, a indiqué que le site avait rapporté au budget municipal, en 2016, 800 millions de roubles.

La cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg est une cathédrale orthodoxe russe bâtie entre 1818 et 1858, sous les règnes des empereurs Alexandre Ier (1801-1825), Nicolas Ier (1825-1855) et Alexandre II (1855-1881). Elle a été réalisée par l’architecte français Auguste Ricard de Montferrand, qui y a dédié toute sa vie pendant les quarante années de la construction.

La cathédrale a été inaugurée et consacrée le 30 mai 1858. Après la révolution d’Octobre 1917, elle est pillée par les bolcheviks puis fermée sur ordre des autorités communistes en juin 1928 et transformée en 1931 en musée de l’athéisme jusqu’en 1937, où elle est devenue un musée d’histoire et de l’art. En juin 1990, peu avant la chute de l’URSS, les offices religieux ont repris dans la cathédrale.

C’est une des plus vastes cathédrales à dôme du monde avec 111 mètres de long, 97 mètres de large et 101,5 mètres de haut, soit 10 767 m2. C’est par ses dimensions, la troisième cathédrale d’Europe après la basilique Saint-Pierre et cathédrale Saint-Paul de Londres.