[VIDEO] Docteur Liza : mort d’une juste

Le docteur Elizabeth Glinka, après avoir été médecin aux États-Unis et en Ukraine, était revenue vivre à Moscou où elle avait fondé l’association Secours Juste qui vient en aide aux sans-abris et aux malades démunis.


La célèbre médecin Elizabeth Glinka, 55 ans, est décédée dans le crash du Tupolev 154, le 25 décembre dernier. Depuis, de nombreuses personnes viennent chaque jour déposer des fleurs et bougies devant le siège de sa fondation à Moscou. Hommage vidéo au Docteur Liza du sculpteur russe Vladimir Sourovtsev et écrit de Jean-Félix de La Ville Baugé. 

Elizabeth Glinka Liza docteur
Hommage à Elizabeth Glinka, alias Docteur Liza, devant le siège de sa fondation à Moscou. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

J’ai passé Noël en Haute-Marne.
Colombey-les-Deux-Églises.
Le vent.
La pluie.
Parfois la neige.
Je beurrais mes tartines.
Des biscottes.
Les boulangeries sont loin.
La radio :
« Avion russe
disparu
Mer Noire
Syrie
Chœurs de l’Armée rouge
décimés ».
J’étalais le beurre salé.
Le sel faisait craquer les biscottes.

Le soir, mes parents devant le journal télévisé :

« Un avion militaire russe avec à son bord une partie des chœurs de l’Armée rouge s’est abîmé en mer Noire juste après son décollage. Il transportait également le docteur Elizabeth Glinka – plus connue sous le nom de Docteur Liza –, qui apportait cinq tonnes de médicaments pour les enfants victimes du conflit en Syrie… »

Docteur Liza il y a cinq ans pour
notre interview.
Dans son sous-sol.
Rue Piatnitskaïa.
Entourée de ses clochards.
Nous disons « sans-abris ».
Ou « SDF ».
Nous avons peur des mots.
Glinka disait « clochards ».

Notre interview la dérangeait.
Elle détestait les journalistes.
Leur fausse lumière.
Leur regard mort.
Leur cordialité minutée.
Elle détestait le temps qu’ils lui faisaient perdre.

Elle répondait à nos questions.
Un mot.
Deux.
Parfois une phrase.

Nous l’empêchions d’être avec
ce clochard à l’autre bout de la table.
Qui comptait ses pièces.
Des piles de pièces d’un kopeck.
De cinq kopecks.
De dix kopecks.
De cinquante kopecks.
Plus nous lui posions de questions, plus elle regardait monter les piles.

Enfin nous avons fini nos
questions.
Elle s’est assise à côté de lui.
Sa joie de le retrouver.
Elle lui a dit combien ses piles étaient belles.

Vous auriez vu son sourire à cet instant.
Vous auriez vu le sourire du
clochard.
Vous auriez compris qui nous
venions de perdre.

Et vous auriez pleuré.
Comme moi.
Tout seul.
Devant ma cheminée.