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Rue Bolchaïa Nikitskaïa après les travaux de rénovation.

Sergueï Sobianine : « L’agglomération moscovite produit environ 25 % du PIB de la Russie »

Pourquoi la mairie de Moscou s’est-elle mis en tête, un beau jour, de raser toutes ses échoppes, et d’où tire-t-elle les fonds pour rénover en profondeur les rues de la ville, quand la Russie traverse une profonde crise économique ? Le maire de la capitale, Sergueï Sobianine, s’explique dans un entretien à la revue Afisha.

Rue Bolchaïa Nikitskaïa après les travaux de rénovation.
Moscou, rue Bolchaïa Nikitskaïa après les travaux de rénovation. Crédits : TASS.

Sur les échoppes rasées

« Nous avons détruit près de 3 000 constructions commerciales illégales. Aucun de leurs propriétaires ne payait d’impôt. Quand on nous dit que les entrepreneurs ont perdu des affaires valant des milliards et que nous devons leur rembourser ces pertes, nous répondons : Avec plaisir, nous sommes prêts. Présentez-nous simplement vos bilans et vos déclarations d’impôts. Et là, rien, ils n’ont rien à nous donner. Il s’agissait d’affaires semi-illégales à 90 %. Nous payons 55 000 roubles le mètre carré si le propriétaire détruit volontairement son échoppe et si celle-ci figurait au registre des droits de propriété immobilière. Dans le cas contraire, pas de compensation. Si quelqu’un débarque demain chez vous et y pose ses valises, vous allez simplement le mettre à la porte, non ? »

Sur la concurrence

« Jadis, les villes se battaient pour le territoire : plus elles possédaient de terres, mieux c’était – parce que la terre, ça se laboure et ça s’ensemence. Ensuite, elles se sont mises à se battre pour les usines : plus une ville avait de cheminées, d’artisans – mieux c’était. Aujourd’hui, c’est pour les gens que les villes se battent. Sur ce plan, nous sommes aujourd’hui en concurrence avec Londres, Paris et New York. Et pour l’emporter dans cette compétition, nous créons un milieu urbain de meilleure qualité.

Je ne peux pas me permettre de dire : La situation économique dans le pays n’est pas vraiment réjouissante, les choses ne sont pas stables, donc nous n’allons rien améliorer à Moscou. Mon devoir est de mettre la ville en ordre, de faire en sorte que les gens ne la fuient pas, mais disent, au contraire : Moscou est la meilleure ville du monde. Est-ce que c’est mal ? »

3 500 rues

« Les aménagements, les grands travaux dans les rues relèvent de la mission de base de toute ville. En 50 ans, les rues vieillissent, n’importe lesquelles – 100 ans, si vous voulez. Moscou a 3 500 rues. Divisez ce chiffre par 100 – combien ça fait de rues à refaire par an ? Nous avons lancé de grands travaux urbains parce qu’au cours des 30 dernières années, nous avions pris un très fort retard en la matière. Bien sûr, nous pourrions rénover les rues une par une – mais ça nous prendrait 3 500 ans. L’agglomération moscovite est la plus grande d’Europe et une des plus grandes du monde. C’est de ces dimensions qu’il faut partir pour juger de la valeur de nos dépenses, des chiffres avec lesquels nous opérons. »

Le maire de Moscou
Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine. Crédits : kremlin.ru.

Économie d’avenir

« Une agglomération aussi grande que la nôtre, avec 25 millions d’habitants – c’est un des plus gros avantages concurrentiels de la Russie. Aujourd’hui, les grosses agglomérations produisent 60 % du produit intérieur brut mondial. L’agglomération moscovite produit environ 25 % du PIB de la Russie. Sachant que Moscou ne tire pas de revenus du pétrole ni du gaz. Nous parlons ici, précisément, de l’économie de l’avenir, celle dont nous rêvons – une économie de services, de technologies, d’éducation, de science, d’innovations.

Plus une ville est importante, plus l’économie y est efficace, plus elle offre de possibilités – et c’est précisément comme ça que le monde se développe. Toutes les fables à propos du fait que, dans l’avenir, les gens vont vivre à la campagne, travailler sur ordinateur et faire croître l’économie : ce sont des contes de fées, point. La Chine prévoit de créer 20 agglomérations de plus de 20 millions d’habitants, qui, dans quelques années seulement, produiront deux tiers du PIB du pays. C’est une erreur de comparer la Russie à l’Europe – de dire que là-bas, les gens vivent dans de petites villes et ne sont pas attirés par les capitales. En fait, la densité de population y est telle que toute l’Europe équivaut à peu de choses près à une très grande ville. »

Traduit par Julia Breen

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