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Oleg Melnikov, libérateur des esclaves des temps modernes

En mai dernier, les activistes du mouvement Alternative sont intervenus dans une épicerie du quartier de Golianovo, à Moscou, dont les propriétaires retenaient en esclavage, depuis cinq mois, le jeune Noursoultan Mirzakhmetov, 26 ans, originaire du Kazakhstan. Une histoire d’une autre époque, qui se répète pourtant régulièrement en Russie, où plus d’un million de personnes sont dépouillées de leurs papiers, retenues contre leur gré et exploitées. Le mouvement Alternative est la seule organisation, dans le pays, spécialisée dans le combat contre cet esclavage des temps modernes. Le Courrier de Russie a rencontré son fondateur, Oleg Melnikov.Le Courrier de Russie : Qu’est-il arrivé à Noursoultan Mirzakhmetov ?Oleg Melnikov : C’est la mère de Noursoultan, Janara, qui nous a contactés fin avril pour nous signaler que son fils était retenu en esclavage dans une épicerie de Golianovo. Accompagnés de journalistes et d’agents de police du quartier, nous sommes allés au magasin et avons demandé aux propriétaires qu’ils le libèrent. Mais ils n’ont rien voulu entendre.Le propriétaire, Rachid, a été jusqu’à affirmer à la police ne pas connaître Noursoultan, alors que Janara avait aperçu son fils dans le magasin la veille. Nous espérions que la présence de la police le convaincrait de relâcher le jeune homme, mais ça n’a servi à rien. Rachid s’est contenté de nous crier : « Seul Allah est en droit de me juger ! ». Les agents étaient venus nous soutenir mais ils ne possédaient en réalité aucun moyen de pression.Nous avons donc procédé autrement et fini par libérer Noursoultan, mais je ne peux pas en dire plus actuellement. Car si le jeune Kazakh est aujourd’hui libre et de retour chez lui, nous savons que d’autres personnes sont également retenues contre leur gré dans ce même magasin. Nous tentons de les libérer aussi, de la même façon que Noursoultan – mais nous ne pouvons pas nous permettre, pour l’instant, de dévoiler comment.

« Nous avons libéré plus de 350 personnes en Russie »

LCDR : Vous organisez souvent ce genre d’opérations de sauvetage ?O.M. : Tout dépend des périodes, mais il nous arrive de libérer plus de dix personnes par mois à travers la Russie, majoritairement à Moscou et dans le Caucase , particulièrement au Daghestan. Souvent, nous nous déplaçons pour une personne concrète, suite à une alerte, et finissons par découvrir plusieurs esclaves au même endroit.Depuis la création de l’organisation il y a quatre ans, nous avons libéré plus de 350 personnes en Russie, principalement dans le sud du pays, et 50 hors de Russie : Chypre, Turquie, Ouzbékistan, Tadjikistan, etc. Toutefois, le cas de Golianovo est exceptionnel.LCDR : Dans quel sens ?O.M. : Ce n’est pas la première fois que nous libérons des esclaves dans ce quartier – et toutes les épiceries concernées appartiennent à la même famille : les Istanbekov. En 2012, déjà, nous avions délivré un groupe de 11 hommes et femmes originaires du Kazakhstan, d’Ouzbékistan et du Tadjikistan dans une de leurs épiceries. Les expertises médicales avaient révélé des coups et blessures et des traces de viol.Le premier cas remonte à 2002, lorsque la sœur aînée de la famille, Cholpan Istanbekova, a été condamnée par la justice russe à cinq ans de prison pour avoir torturé ses employés.

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Manon Masset

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