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Ma cité va craquer

Au cours du dernier demi-siècle, des millions de Russes ont migré de la campagne vers les villes pour, au bout de quelques années, quitter en masse leurs baraquements ouvriers et s’installer dans de grands immeubles de cités-dortoirs. Quel a été l’impact de cette urbanisation accélérée sur la société russe ? Pourquoi ces constructions massives identiques défigurent-elles les villes et leurs banlieues ? Quel est le danger d’une prolifération des grands ensembles résidentiels ? Lenta.ru s’est entretenu avec Vitali Stadnikov, docteur en architecture et enseignant à la Haute École d’urbanisme de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou.

Lenta.ru : On dit que la majorité des Russes vivent dans des immeubles…

Vitali Stadnikov : C’est vrai. Environ trois quarts des citadins du pays habitent dans des immeubles. Et sachant que près de 80 % de la population russe vit en ville, ce type de logement est effectivement majoritaire chez nous. Ce qui, d’ailleurs, nous distingue de la plupart des autres pays du monde.

Lenta.ru : Quelle est l’origine de cette situation ?

V.S. : Tout a commencé sous Nikita Khrouchtchev, qui est le premier à avoir lancé une construction massive et rapide de logements pour la population. Son programme a été un véritable succès : très rapidement – en 20 ans –, des foules de gens ont quitté leurs logements communautaires pour s’installer en appartement privé. Toutefois, ces nouveaux quartiers d’immeubles ont considérablement réduit la qualité du milieu urbain. Nos villes pullulent de ces immeubles khrouchtchéviens à quatre étages et de fourmilières de 16 à 23 étages. Ce n’est pas pour rien que les quartiers qu’ils forment sont qualifiés de « dortoirs » : ils servent uniquement à se loger, et rien d’autre. Quand un habitant d’un quartier-dortoir sort de chez lui, c’est à peine s’il ne prend pas ses jambes à son cou – soit en direction du centre-ville, pour aller travailler, soit vers le centre commercial le plus proche.

L’idée du logement en tant que refuge continue à prédominer chez nous, et quand les gens parlent de « qualité » d’un logement, […]

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Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

L’avenue Koutouzov :
Le ghetto des riches de Moscou

De l’URSS à la Russie moderne, l’avenue Koutouzov a abrité les élites politiques et économiques. Aujourd’hui, le « quartier-dortoir le plus cher de Moscou » peine toutefois à se développer. Reportage de David Kramer pour le site Moskvich Mag.En 1918, les autorités soviétiques transfèrent la capitale russe de Saint-Pétersbourg à Moscou et décident de doter la ville d’une entrée-ouest digne de ce nom. Une route est alors construite, au milieu d’un quartier délabré qui va progressivement se transformer en « porte occidentale de Moscou ». Avant la Seconde Guerre mondiale, d’immenses immeubles staliniens y sont construits et, en 1957, l’avenue de 8,3 kilomètres est baptisée en l’honneur du général vainqueur de Napoléon.Politburo, sugar daddies et prostituéesC’est au n° 26 de l’avenue qu’ont vécu Leonid Brejnev, Iouri Andropov, Mikhaïl Souslov et d’autres membres du bureau politique du Parti communiste. Le musicien et réalisateur Alexandre Lipnitski, autre illustre locataire de l’immeuble, se souvient : « À la fin des années 1960, ma mère s’est remariée avec Victor Soukhodrev, interprète au ministère de l’Intérieur et au Politburo. En 1979, elle a emménagé au fameux n° 26. L’immeuble était baptisé le sandwich parce qu’un des étages du milieu était occupé par Brejnev, et les étages inférieurs et supérieurs par ses principaux alliés. Je n’ai jamais rencontré personne dans la cour. »Rolls-Royce Motor Cars sur l’avenue Koutouzov. Crédit : Rolls-RoycecarsÀ ce propos, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 mars 2019
Société

Du danger d’appeler M. Poutine à l’aide

En décembre dernier, Tassia Pertchikova, adolescente de douze ans vivant dans un petit village à six cents kilomètres de Moscou, a écrit à Vladimir Poutine pour se plaindre de la pauvreté dans laquelle elle vit avec sa mère. Publiée sur internet, sa lettre a provoqué un élan de solidarité de la part des Russes… suivi d’une vague de colère et de jalousie dans le village.Dans la lettre, envoyée sur le site officiel du Kremlin, Tassia regrette que la fermeture de l’unique école de son village, Tomsino, situé dans la région de Pskov, à l’ouest de Moscou, l’oblige à parcourir chaque jour les trente kilomètres qui la séparent du village voisin. Elle ajoute que sa mère, aide-soignante, touche à peine 12 000 roubles (165 euros) par mois.« J’aime beaucoup ma maman et je vois à quel point c’est difficile pour elle. Lorsqu’elle est de garde et que je suis à l’école, il n’y a personne à la maison pour nourrir les animaux. Nous avons des chèvres, des poules et une vache, Caramel », écrit Tassia, qui demande au chef de l’État un micro-tracteur, pour que sa mère « doive moins bêcher la terre après avoir travaillé jusqu’à l’épuisement à l’hôpital ».Au total, la famille a reçu 90 000 roubles (1 235 euros) de dons, dont elle s’est servie pour acheter du matériel agricole, des manuels scolaires, des vêtements et des médicaments.Vladimir Poutine n’a pas répondu à l’adolescente. Le 10 janvier, Tassia et sa maman ont reçu une lettre du comité régional pour la protection sociale les informant que toute aide était « impossible ». […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 mars 2019
Société

Désert médical cherche mamies-médecins

En Mordovie, région rurale située à six cents kilomètres à l’est de Moscou, les habitants se soignent les uns les autres. Dans le cadre du projet « L’heure d’or » – ainsi nommé en référence aux soixante minutes suivant un accident grave, cruciales pour la survie de la victime –, plus de deux cents retraités ont suivi des formations médicales accélérées afin de pallier le manque de médecins et d’établissements de soins. Reportage de Nikita Aronov pour Ogoniok. Extraits.« Quand je suis arrivée, il y avait du sang partout, se souvient Nadejda Meziaïeva, soixante-sept ans. Mais bon, vous savez, je tue des poulets, alors le sang d’un voisin… »Sans les mamies du village de Novaïa Mikhaïlovka, en Mordovie, Alexeï Nazarov ne serait sans doute plus de ce monde. Lorsqu’il s’est coupé la main avec une disqueuse, des proches ont tout tenté pour stopper l’hémorragie. En vain. Puis, les « pros » sont arrivées : les sœurs Lidia Ioudina, soixante-deux ans, et Lioudmila Tcheroucheva, soixante-huit ans, ainsi que leur voisine Nadejda Meziaïeva.Deux semaines avant l’incident, les trois retraitées avaient suivi une formation aux premiers secours et aux soins médicaux de base. Lidia et Nadejda ont posé un garrot, tandis que Lioudmila démarrait la voiture. Elles ont ensuite installé Alexeï dans le véhicule et l’ont conduit à Saransk, la capitale de la région, située à une quinzaine de kilomètres. À mi-parcours, elles ont croisé l’ambulance, appelée une heure plus tôt.« À l’hôpital, on nous a dit que nous avions bien agi », souligne Nadejda non sans fierté.Les trois femmes n’ont à aucun moment perdu leur sang-froid. C’était pourtant leur baptême du feu.Retraitées et médecins bénévolesMaria Ermolaïeva, soixante et onze ans, entre dans le cabinet de consultation de Nadejda. « Alors, tension : 17/9… Taux de sucre : 6,1. Cela fait longtemps que vous avez vu Rimma Rastiamovna ? », s’inquiète la soignante. Rimma Rastiamovna est médecin généraliste à la clinique de Liambir, une petite ville de huit mille habitants, située à une heure de marche de Novaïa Mikhaïlovka – aucun transport public ne dessert le village. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 février 2019

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