fbpx

Dans la cabine des routières russes

Certains les surnomment « les reines de la route », d’autres les considèrent comme des « poules » qui ne sont pas à leur place. La revue Ogoniok a demandé aux premières intéressées ce que la profession de routière représente pour elles et quels sont les joies et malheurs quotidiens qui l’accompagnent.

« Où est le chauffeur ? »

« Je suis devenue routière pour les émotions que procure ce métier, raconte Ioulia Lazareva, 26 ans, originaire d’Eupatoria, en Crimée. J’aime être la plus grande sur la route, que tout le monde soit à mes pieds. »

Ioulia a payé près de 7 000 dollars à un copain routier pour qu’il lui apprenne à conduire des poids lourds. « Nous avons passé un marché : je réparais sa voiture en échange de quoi il m’apprenait toutes les ficelles du métier et me laissait l’accompagner pendant ses livraisons. Je savais que je me ruinais mais j’avais très envie d’apprendre. »

Pourtant, malgré ses nombreuses heures de conduite, personne ne voulait engager Ioulia. Où qu’elle aille, elle n’avait droit qu’à des railleries et des insultes. « Confier un camion à une femmelette ? Jamais ! », lui répondaient les patrons.

Ses amis non plus ne l’ont pas soutenue : « Tu peux dire ce que tu veux, Ioulia, ce n’est pas un métier pour les femmes. » Sa mère lui répétait tous les jours : « Tu n’y arriveras pas : un camion, c’est un wagon sur roues ». Non sans peine, elle a finalement réussi à se faire embaucher dans le transport de chargements postaux – et encore, uniquement parce que l’un des directeurs avait eu l’occasion de voir des femmes conduire des camions en Europe. « Ils ont fait preuve d’une grande bonté à mon égard : ils m’ont autorisée à travailler sans être payée, précise Ioulia en riant. Après quoi mes proches m’ont dit que j’étais complètement folle de travailler gratuitement ! »

Aujourd’hui, Ioulia gagne entre 30 et 40 000 roubles par mois (420-556 euros), soit deux fois moins qu’un routier à Moscou, et fait les trajets entre la Crimée et la capitale russe. Avant cela, elle conduisait son propre cinq tonnes – elle en avait besoin pour travailler à l’écurie. « Les chevaux, c’est ma passion et mon métier, explique-t-elle. Mais ils nécessitent un tel travail ! Décharger le foin à la main, ça c’est du boulot. Tandis qu’être routière, c’est un loisir, un moment de détente. »

C’est peut-être pour cette raison que la jeune femme déteste quand on lui demande si elle sait changer une roue. « Cette question a le don de m’agacer ! C’est comme s’ils s’étaient tous donné le mot, ils n’ont que cette question à la bouche. Surtout mes collègues masculins, à qui je réponds par un : J’ai déjà connu pire à l’écurie. Si tu n’as jamais rien porté de plus lourd qu’un volant dans ta vie, c’est ton problème. Ensuite, ils se vexent et prennent la mouche », raconte la jeune femme.

Malgré son sens de la répartie, les remarques machistes finissent par épuiser Ioulia. Les incessants « Regarde-moi ça : une meuf ! » et « Mademoiselle, vous n’avez pas besoin d’un coéquipier ? » la fatiguent davantage que la route. L’été dernier, lorsque des camions ont été bloqués au détroit de Kertch, Ioulia a vécu un moment particulièrement pénible. Toutes les heures, les routiers faisaient l’appel pour savoir qui allait dans quel ferry. Tout le monde jurait et criait. Quand ils ont aperçu une fille au milieu de la foule, les hommes se sont emportés : « Qui l’a autorisée à venir ici ? », « Hé, salope, appelle ton mec ! À moins qu’il n’ait pas le courage de venir lui-même ?.. » « Je suis forte, peu de choses m’atteignent, mais ce jour-là, j’ai fondu en larmes », reconnaît la jeune femme.

« Mademoiselle, ne nous faites pas perdre notre temps, éloignez-vous du guichet et faites venir le chauffeur. »

Sur son pare-brise, Ioulia a fixé un énorme écriteau avec son prénom. Toutefois, cela n’empêche pas ses collègues, bien qu’ils comprennent qu’il s’agit du prénom de la conductrice, […]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Biriouliovo,
cinq ans après les émeutes

Situé au sud de Moscou, le quartier de Biriouliovo est l’un des plus défavorisés de la capitale. En octobre 2013, le quartier a été secoué par des émeutes xénophobes, retransmises sur toutes les chaînes de télévision. Cinq ans après, Nikita Aronov est revenu sur les lieux pour la revue en ligne Moskvich Mag. Extraits.Le métro ne va pas à Biriouliovo. À partir de la station Oulitsa Akademika Ianguelia, située presque au terminus de la ligne grise, il faut encore marcher un kilomètre et demi jusqu’à la gare de Krasny Stroïtel, passer le pont et le guichet abandonné couverts de petites annonces – majoritairement des publicités pour des chaînes Telegram de revendeurs de drogue – et vous voici enfin arrivé.D’abord la zone industrielle. À droite, d’anciens entrepôts de légumes couverts de bâches en plastique jaune et bleu ; à gauche, les fumées de la centrale électrique s’élèvent vers le ciel. L’endroit sert de dépôt (ou de rebut) pour les camionnettes des services communaux. Une annonce peinte à même la palissade propose une petite maison à vendre près de Krasnodar (dans le sud de la Russie) : les habitants du quartier ayant pratiquement délaissé la zone, celle-ci emploie majoritairement des « provinciaux ».«  Seuls les immigrés acceptent les logements délabrés. Ils se mettent à plusieurs pour le loyer et emménagent ensemble. »Les habitations commencent à partir de l’allée Vostriakovski, constituée d’une série de cours identiques, séparées les unes des autres par des immeubles de huit étages. C’est ici qu’Egor Chtcherbakov, un habitant du quartier âgé de vingt-cinq ans, a été tué par un ressortissant azerbaïdjanais en octobre 2013. Ce meurtre avait été le point de départ d’émeutes parfois violentes [plusieurs milliers de manifestants plus ou moins pacifiques étaient descendus dans les rues, scandant des slogans tels que « la Russie aux Russes » et demandant des comptes aux autorités locales pour la montée de l’insécurité dans le quartier, ndlr].« Les événements de 2013 ? Quels événements de 2013 ? » feignent de s’interroger des jeunes du coin assis sous un porche, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 février 2019
Société

Vivre aux Kouriles et devenir Japonais

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe est attendu mardi 22 janvier à Moscou, pour une série d’entretiens cruciaux avec le président Vladimir Poutine sur les relations entre leurs deux pays. Au début du mois, le Japon et la Russie – qui n’ont pas signé de traité de paix à l’issue de la Seconde Guerre mondiale – ont entamé des négociations à ce sujet. Le sort des îles Kouriles du Sud, annexées par l’URSS en août 1945 et dont la souveraineté est revendiquée par Tokyo, en est la clef. Anticipant un hypothétique transfert, des Russes chercheraient à s’y installer afin, espèrent-ils, de devenir sujets de l’Empereur du Japon…« Cherche maison ou datcha en vente »… « Achète enregistrement de lieu de domiciliation. Budget : 50 000 roubles [660 euros] »… « Accepte parcelle ou logement gratuits (sic) à Chikotan [une des quatre Kouriles du Sud, ndlr] »… Sur la page consacrée à l’île sur VKontakte (le Facebook russe), les petites annonces de ce genre se comptent par dizaines. Les premières remontent à la déclaration du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre japonais Shinzo Abe, datant de novembre 2018, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 janvier 2019
Société

Les supporters, un défi pour les commerces et les restaurants de Moscou

Avec l’arrivée des fans de foot étrangers, les établissements du centre de Moscou sont l’objet de tournées d’inspection du Rospotrebnadzor, l’agence fédérale des services sanitaires. L’afflux extraordinaire de touristes entraîne un manque d’effectifs et des difficultés dans l’approvisionnement des restaurants, tandis que les supporters ont le plus grand mal à se faire comprendre du personnel russe. Malgré tout, restaurants, boutiques de souvenirs et magasins d’alimentation gagnent des sommes rondelettes. Nikita Kamitdinov, journaliste pour la revue d’affaires Inc., a interrogé les commerçants du centre-ville sur les difficultés occasionnées par ce déferlement de touristes. Le centre de Moscou, en particulier la rue Nikolskaïa, est saisie par la fièvre footballistique. On y entend à chaque instant des cris dans différentes langues (surtout en espagnol), de la musique et des conversations en mauvais anglais. Malgré la barrière linguistique, les supporters venus des quatre coins du monde n’hésitent pas à fraterniser et à se prendre en photo. Leurs clichés inondent les réseaux sociaux depuis plus deux semaines maintenant. Un Mexicain portant une petite queue de cheval et une épaisse barbe soigneusement entretenue tient dans sa main une bière « Tri Medvedia » [Les Trois Ours]. Il en boit une gorgée, regarde attentivement la bouteille et la photographie avec son téléphone. La bière étant le principal attribut des supporters, les patrons de tous les établissements de restauration se creusent les méninges pour en tirer le plus d’argent possible. « Dans leur enthousiasme, les supporters sont capables de causer des dégâts partout, et pas seulement dans les cafés et les restaurants. » La chaîne de restauration rapide KFC sert, par exemple, de la bière pression directement sur sa terrasse. Aujourd’hui, la queue, qui compte déjà une vingtaine de personnes, ne fait que s’allonger. Une pinte coûte 142 roubles (1,94 euro). « C’est gratuit, non ? Alors, qui en veut ? J’en achète trois ! » propose un homme portant un immense drapeau de la Russie. Des jeunes filles refusent en souriant l’offre généreuse. Les tables de la petite terrasse du restaurant Teremok sont jonchées de gobelets de bière en plastique. Pas de nourriture. Bien que les supporters aient déjà réussi à casser deux tables et à voler un pot de fleurs, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2018

Vous êtes actuellement hors ligne