Crédits: Pablo Gianinazzi, Ti-Press

#ImpactJournalism : Suisse – un réseau d’accueil modèle pour les demandeurs d’asile

Un des plus grands centres d’accueil suisses pour demandeurs d’asile a ouvert à Losone, une petite ville touristique du sud des Alpes. Après quelques résistances initiales, un réseau de soutien s’est finalement mis en place, qui nourrit un climat de cohabitation sereine.

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Moment de rencontre entre la population locale de Losone et des demandeurs d’asile. Crédits : Pablo Gianinazzi, Ti-Press

Ces migrants fuient les conditions de vie terribles de leurs pays d’origine, en Afrique. Ils se sont embarqués dans un voyage périlleux en laissant derrière eux tous leurs biens et les personnes qui leur sont chères. Et ils arrivent en Suisse après être passés par l’Italie. Dans la commune frontalière de Chiasso, ils sont enregistrés et subissent un contrôle médical, le tout organisé par le gouvernement fédéral helvétique. Puis, ils sont transférés vers d’autres villes, où ils doivent être logés pendant une période allant jusqu’à trois mois, en attendant d’obtenir un permis de séjour. Un des plus grands centres d’hébergement de Suisse, avec 170 lits, a ouvert le 20 octobre 2014 dans une ancienne caserne militaire de Losone, commune résidentielle et touristique de 6 000 habitants.

La résistance initiale de la population locale, qui s’est exprimée par des plaintes, des pétitions et une série de requêtes adressées aux autorités, s’est évanouie face aux sourires chaleureux des premiers arrivants. En quelques semaines à peine, un réseau d’accueil s’est mis en place autour du centre San Giorgio, réseau constitué de représentants des institutions et de bénévoles. Et les résultats dépassent les attentes les plus optimistes. « C’est une sorte de modèle, un exemple à suivre, se félicite Antonio Simona, qui supervise le centre pour le compte du Secrétariat d’État aux migrations (SEM). D’abord, les personnes qui arrivent reçoivent un message positif. Ensuite, on encourage ainsi un climat de cohabitation sereine entre la population locale et les demandeurs d’asile. »

Crédits: Samuel Golay, Ti-Press
Dortoir du centre de refuge des demandeurs d’asile. Crédits : Samuel Golay, Ti-Press

Ce modèle, qui s’avère remarquablement efficace, repose sur trois éléments clés. Le premier concerne l’organisation et la gestion du centre. On y propose toute une palette d’activités, comme du sport et des ateliers créatifs. Les résidents peuvent se retrouver pour discuter ou jouer dans des salles communes. Les tâches ménagères sont réparties entre eux. Et ceux qui le demandent peuvent bénéficier d’un soutien religieux.

Le deuxième élément est le Groupe de soutien, composé de membres des autorités locales, de représentants du SEM et de responsables de l’entreprise privée qui gère le centre. Fausto Fornera et Alfredo Soldati, conseillers municipaux de Losone, expliquent son fonctionnement : « C’est une plateforme de dialogue dont le but est de trouver des solutions rapides et informelles à toute une série de problèmes. » Le conseil municipal a également conçu un programme de travaux d’utilité publique pour les résidents qui souhaitent travailler et gagner un peu d’argent. Pour l’année 2015, ce programme prévoit un total de 12 500 journées de travail. Chaque jour, 25 à 30 personnes sont employées pour effectuer des tâches simples en échange d’un salaire journalier de 30 francs suisses, soit un peu moins de 30 euros. « Ces jobs sont très appréciés par les demandeurs d’asile, insiste Antonio Simona. Le travail leur redonne une dignité. Et les habitants de Losone sont contents de voir qu’ils travaillent dur sur les chemins, dans les forêts et dans les espaces publics. »

Troisième élément-clé du modèle de Losone, le Groupe d’accueil, fondé à l’initiative de 25 bénévoles, reçoit une fois par semaine vingt à cinquante demandeurs d’asile dans une grande salle : l’idée est de passer du temps ensemble, discuter, jouer, effectuer des activités manuelles et créatives. Ces rencontres reposent sur le principe de l’échange : il s’agit de parler et de faire des choses ensemble tout en soutenant les personnes qui en ont besoin. Elles créent des relations positives entre des personnes aux cultures très éloignées mais qui vivent à présent dans le même voisinage. « Avec l’arrivée des beaux jours, nous allons aussi organiser des excursions et des voyages dans la région », explique le porte-parole des bénévoles, Antonio Lisi. La population locale exprime son soutien et sa solidarité en collectant vêtements, jouets, meubles, outils et ustensiles divers. Tous ces objets sont ensuite rassemblés dans l’ancienne caserne, puis distribués à ceux qui en ont besoin.

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Une habitante de Losone joue avec un demandeur d’asile. Crédits : Pablo Gianinazzi, Ti-Press

Les résidents du centre, la plupart étant originaires d’Afrique, notamment d’Érythrée, du Nigeria, de Somalie et du Sénégal, sont extrêmement reconnaissants envers ces habitants généreux, qui font de leur mieux pour qu’ils se sentent chez eux. Et ils expriment leur gratitude avec une égale générosité.

Ce beau tableau n’est toutefois pas exempt de zones sombres. Quelques incidents dans le centre ont nécessité l’intervention de la police. En revanche, il n’y a eu aucun problème à signaler en dehors du centre. Par ailleurs, des poches de résistance subsistent au sein de la population locale, certains tentant d’attiser les peurs et d’alimenter un climat d’animosité sur les réseaux sociaux.

Toujours est-il que ces réactions négatives diminuent au fil du temps. Et que beaucoup voient le centre de Losone comme un bel exemple dans la tradition d’accueil, en Suisse et au Tessin, de personnes fuyant des situations terribles dans leurs pays d’origine.

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LCDR

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  1. A quand la meme chose en France , ou un demandeur d asile n a pas le droit de travailler, mais doit attendre son titre de sejour pour pouvoir enfin avoir le droit de bosser , titre qui s obtient en quelques annees! tres tres bonne example a suivre !!!!!!!!!!!!!!!

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