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#ImpactJournalism : Nul homme n’est une île – Nomade des Mers

Un jeune Français prépare un tour du monde à bord d’un bateau fait de fibres de jute et de lin – un voyage à la recherche de l’autosuffisance et d’innovations low-tech.

Ary Pauget, Corentin de Chatelperron, Pierre-Alain Lévêque et Jean-Baptiste Astau, Narsingdi, Bangladesh en 2014. Crédits : Gold of Bengal
Ary Pauget, Corentin de Chatelperron, Pierre-Alain Lévêque et Jean-Baptiste Astau, Narsingdi, au Bangladesh en 2014. Crédits : Gold of Bengal

C’était en juin 2013, sur une île tropicale de l’océan Indien. Corentin de Chatelperron, 30 ans, poursuivait deux poules maigrichonnes en tous sens. En vain. Son rêve d’autosuffisance s’estompa plus encore.

Il sillonnait à l’époque la baie du Bengale à bord du bien-nommé Gold of Bengal. Un bateau qu’il avait construit de ses mains à base de fibre de jute, une plante cultivée au Bangladesh, son pays de résidence. Son intention était de vivre uniquement de ce qu’il avait emporté avec lui. Mais ses plants de pommes de terre et ses citronniers dépérirent rapidement, son mât de bambou se brisa, dévoré par les termites, et ses poules, paniquées par le périple en mer, s’échappèrent à la première occasion.

Ingénieur, Corentin de Chatelperron se dit aussi « bricoleur ». Sa tignasse blonde et ses traits doux le rajeunissent. Il confie avoir appris une leçon importante au cours de ses six mois passés en solo sur les flots : « Si je me retrouve seul, isolé et privé d’Internet, je ne suis plus bon à grand-chose ; seul, je suis incapable d’être auto-suffisant. »

Fort de cet enseignement, Chatelperron reprit le chemin de sa France natale pour se lancer dans un nouveau projet, encore plus ambitieux, baptisé Nomade des Mers. Son but est de promouvoir des solutions low-tech à travers le monde : il s’agit d’initiatives simples, peu coûteuses et éco-responsables, qui répondent aux besoins de base.

Pour Kris de Decker, créateur du blog Low-tech magazine, le double contexte des économies européennes en grande difficulté et d’une conscience écologique en plein essor explique l’intérêt grandissant pour les solutions low-tech en Europe. Avec le lancement de Nomade des Mers, Chatelperron se positionne en première ligne de ce mouvement, en bonne position pour l’exporter au-delà des frontières européennes.

The Gold of Bengal team from the Brittany, Paris and Bangladesh offices assembled together in France in January 2015 (Valentin Morel, Pierre-Alain Lévêque, Florian Fontaine, Guillaume Prévost, Julie de Mony-Pajol, Jean-Baptiste Astau, Elaine Le Floch, Isabelle Robic and Corentin de Chatelperron). Credits: Gold of Bengal
L’équipe de Gold of Bengal des bureaux de Bretagne, Paris et du Bangladesh rassemblée en France, en janvier 2015. (Valentin Morel, Pierre­Alain Lévêque, Florian Fontaine, Guillaume Prévost, Julie de Mony­Pajol, Jean­Baptiste Astau, Elaine Le Floch, Isabelle Robic et Corentin de Chatelperron). Crédits : Gold of Bengal

Avec deux collègues, il a créé un site web destiné à partager les solutions low-tech et à en concevoir de nouvelles. Les trois hommes construisent ce printemps un catamaran de 18 mètres avec des fibres de jute et de lin, une plante qui pousse en France. Le navire devrait lever l’ancre début 2016 pour naviguer autour du globe, de la France à la pointe de l’Afrique, puis le long des côtes de l’Asie pour atteindre les Amériques. Sur trois ans, l’équipage devrait rejoindre 50 destinations et encourager les initiatives low-tech à chaque escale.

Le site Nomade des Mers compte près de 800 membres et génère déjà le type de partage d’innovations et d’idées que Chatelperron et ses collègues espéraient. L’un des membres a récemment posté une vidéo expliquant comment fabriquer un poêle basse consommation avec quelques outils métalliques et des tubes en acier inox. Un autre jeune Français montre comment façonner de la corde à partir de vieux sacs en plastique – tout en s’excusant pour la mauvaise qualité de sa vidéo, qu’il semble avoir tournée dans sa chambre.

Je l’écoute, et une pensée s’impose naturellement à mon esprit : cet homme n’est pas à sa place, ici – il devrait être en mer.

Assis dans un café parisien, Chatelperron m’a récemment exposé sa vision du projet. Il en est convaincu : le monde est peuplé d’innovateurs en tous genres – des ingénieurs, des ONG, des bricoleurs et bricoleuses, ou encore les habitants des pays pauvres, par exemple. Le problème est qu’ils travaillent tous chacun de leur côté – et le défi consiste à les rassembler.

Soudain, il ouvre spontanément un sac de voyage étanche, accessoire un peu inhabituel dans un tel lieu, pour me montrer des images du bateau sur plan. Tandis qu’il me détaille les dimensions du catamaran, il déchire l’enveloppe d’un paquet de sucre en morceaux de plus en plus petits. Je l’écoute, et une pensée s’impose naturellement à mon esprit : cet homme n’est pas à sa place, ici – il devrait être en mer.

Corentin de Chatelperron pendant son voyage. Credits: Gold of Bengal
Corentin de Chatelperron pendant son voyage. Credits : Gold of Bengal

Il parle des personnes avec qui ils espèrent travailler au fil de leur voyage. Par exemple, avec des Indiens, qui fabriquent des systèmes semblables à des cocottes minute pour produire du carburant à base de déchets plastique rejetés par les vagues de l’océan. Lui et son équipage ont l’intention de les inviter à bord, pour les filmer tandis qu’ils démontrent leur procédé. Puis, la vidéo sera postée sur le site. Ils présenteront ces créateurs à la communauté en ligne et leur donneront ainsi accès à de nouvelles idées, que ces derniers pourront à leur tour adapter. Enfin, les nomades de la mer exploiteront eux-mêmes l’invention pour faire tourner leur moteur en cas de calme plat.

L’équipage compte découvrir de nouvelles idées low-tech à chaque étape. Le bateau deviendra de plus en plus auto-suffisant, la communauté en ligne se développera et les habitants de pays riches et pauvres travailleront de concert afin de mettre au point des systèmes simples, peu coûteux et éco-responsables.

Ce rêve ne se réalisera pourtant pas sans difficulté

Il ne sera en effet pas aisé d’attirer les gens en dehors de l’Europe, estime Mathilde Richelet, qui travaille pour Roots Up, une ONG d’Éthiopie qui souhaite collaborer avec Nomade des Mers. « La plupart des innovations low-tech naissent dans des pays pauvres, souligne-t-elle. Et il est compliqué de dénicher les inventeurs, car ils habitent la plupart du temps dans des endroits reculés. »

Les solutions low-tech sont généralement développées par nécessité – et non par choix.

En outre, dans le monde, peu de gens parlent le français, seule langue que Chatelperron et ses deux membres d’équipage maîtrisent réellement. Notons que pour l’heure, les membres du site sont dans leur vaste majorité des Français plutôt jeunes. L’accès à Internet très limité et les taux d’illettrisme élevés dans les zones les plus pauvres du globe posent également problème, car le mouvement compte sur la Toile pour diffuser son message.

C’est sur le chantier naval moderne TaraTari qu'est ne le projet « Gold of Bengal » : la construction d'un voilier prototype fait a 100% en composite a base de fibre de jute, une premiere mondiale. Sous le regard de Roland Jourdain, parrain du projet, Marc Van Peteghem (VPLP) et Yves Marre (Presidents de l’association Watever), ce bateau est l'aboutissement de 3 ans de recherches pour une equipe de 8 jeunes ingenieurs. Credits: Gold of Bengal
Le workshop Tara Tari sort le bateau Gold of Bengal de son hangar à Chittagong, au Bangladesh, en janvier 2013. Crédits : Gold of Bengal.

Enfin, l’adhésion représente également un point difficile. Comment la structure va-t-elle convaincre les plus défavorisés de la planète qu’il est dans leur intérêt de participer ? Car les solutions low-tech sont généralement développées par nécessité – et non par choix.

Malgré tout, Chatelperron refuse de se laisser détourner de son projet. « Bien sûr que ce sera difficile et que nous rencontrerons des échecs au début, mais nous aurons trouvé des solutions avant la fin du voyage ! », assure-t-il.

Pour en savoir plus : http://nomadedesmers.org/

LCDR

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