De Moscou à Amsterdam : le métro accessible à Tous

Dans l’avenir, l’équipe voudrait mettre au point un système de navigation souterrain, accessible sans connexion internet.


L’application de conception russe « Métro pour tous » permet aux usagers à mobilité réduite des métros de Moscou, Saint-Pétersbourg, mais aussi Varsovie, Amsterdam et bientôt Kiev, de prévoir leur trajet en fonction de l’aménagement des stations.

Maxim Doubinine à Kiev. L'application de conception russe « Métro pour tous ». Crédits : Manon Masset/LCDR
Maxim Doubinine à Kiev. Crédits : Manon Masset/LCDR

Armés d’un mètre ruban, d’une application qui mesure les dénivelés et des schémas des stations sur tablette, Maxim Doubinine, le fondateur de l’application « Métro pour tous », et sa collaboratrice Anna Smirnova sillonnent depuis une semaine les 52 stations du métro de Kiev – de celle de Dnipro, sur la ligne rouge, à celle de Lukianivska, sur la ligne verte, en passant par la station Maïdan, sur la ligne bleue.

Les stations sont-elles équipées d’ascenseurs ? Combien de marches comptent les escaliers ? Y a-t-il des escalators ? Quel est le dénivelé des passages souterrains ? Les escaliers disposent-ils de rampes ?… Maxim et Anna récoltent toute une série de données concernant l’accessibilité des stations pour les personnes à mobilité réduite afin de les transférer aux trois développeurs de leur entreprise, qui transforment ensuite ces informations en itinéraires visuels pour les usagers.

Les stations sont-elles équipées d’ascenseurs ? Combien de marches comptent les escaliers ? Y a-t-il des escalators ? L'application de conception russe « Métro pour tous ». Crédits : Manon Masset/LCDR
Les stations sont-elles équipées d’ascenseurs ? Combien de marches comptent les escaliers ? Y a-t-il des escalators ?, se pose comme questions Métro pour tous. Crédits : Manon Masset/LCDR

À l’aide de l’application « Métro pour tous », à télécharger gratuitement sur metro4all.org, les personnes à mobilité réduite – qu’il s’agisse d’invalides en chaise roulante, de mères avec des poussettes ou simplement de voyageurs avec des bagages – peuvent ainsi étudier en détail les infrastructures de chaque station et calculer l’itinéraire qui leur convient le mieux.

Aucun GPS, à l’heure actuelle, n’est capable de fonctionner sous terre et sans internet – il s’agira d’une véritable première mondiale !

Sur la base des données récoltées, l’équipe établit également un classement des métros en fonction de leur accessibilité. Ils constatent ainsi que les réseaux d’Europe de l’Est – Moscou, Kiev, Minsk, Varsovie – sont moins adaptés que ceux d’Europe de l’Ouest – Amsterdam, Lausanne, etc.

« Dans beaucoup de grandes villes, il est parfois tout simplement impossible, pour une personne à mobilité réduite, de se rendre d’un point A à un point B », déplore Maxim Doubinine. À Moscou, où l’équipe du projet est basée en permanence, seuls 8 % des stations de métro et 30 % des itinéraires sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Un constat que l’équipe de « Métro pour tous » souhaite faire entendre aux autorités afin qu’un plan d’action soit mis en place pour y remédier. « L’objectif final de notre projet étant bien évidemment que nos conclusions mènent à des actions concrètes », souligne Maxim.

L’équipe a ainsi rédigé un document d’une centaine de pages – libre de droits et accessible à tous sur leur site – comportant des recommandations visant à améliorer les infrastructures pour les personnes à mobilité réduite, qu’ils ont adressé à plusieurs organisations de défense des droits des invalides et aux autorités russes.

Certaines stations du métro de Kiev, par exemple, disposent d'ascenseurs, ce qui est une bonne chose, mais les portes pour y accéder sont horriblement lourdes et étroites. L'application de conception russe « Métro pour tous ». Crédits : Manon Masset/LCDR
Certaines stations du métro de Kiev, par exemple, disposent d’ascenseurs, ce qui est une bonne chose, mais les portes pour y accéder sont horriblement lourdes et étroites. L’application de conception russe « Métro pour tous ». Crédits : Manon Masset/LCDR

Mais l’initiative est demeurée vaine jusqu’à présent. « Nous comprenons mieux que quiconque que le fait d’aménager le métro pour les personnes à mobilité réduite est très compliqué et exige parfois des investissements considérables. Pourtant, beaucoup de petits aménagements peuvent être réalisés, notamment au niveau des portes, des tourniquets, des marches, etc. Car un des gros problèmes que nous avons mis en lumière, c’est que certaines infrastructures existent mais sont inachevées ou inadéquates, note la coordinatrice du projet, Anna Smirnova. Certaines stations du métro de Kiev, par exemple, disposent d’ascenseurs, ce qui est une bonne chose, mais les portes pour y accéder sont horriblement lourdes et étroites. Les usagers en chaise roulante – les premiers concernés – ne peuvent donc pas les emprunter », ajoute-t-elle.

Les concepteurs du projet peuvent laisser libre cours à leur imagination et tester de nouvelles innovations.

Les cinq spécialistes russes de l’innovation technologique à l’origine de l’application « Métro pour tous » recherchent aujourd’hui des partenaires – organisations de défense des droits des handicapés ou autres – pouvant agir en qualité de relais afin de faire connaître le projet auprès des décideurs. « En deux ans d’existence, nous avons cartographié treize réseaux de métro, mais on devrait trouver un service équivalent dans toutes les villes du monde et pour tous les moyens de transport ! Nous serions prêts à le faire, mais nous avons besoin d’aide », insiste le fondateur de l’application, qui a créé, en 2011, sa propre entreprise commerciale d’innovation technologique en Russie : NextGIS.

Soutenue financièrement par NextGIS, l’application « Métro pour tous » existe pour l’heure grâce à la motivation de ses créateurs. « Les concepteurs du projet peuvent laisser libre cours à leur imagination et tester de nouvelles innovations », se félicite le fondateur, âgé de 31 ans. L’équipe a ainsi mis en place un système – au stade de test, donc inaccessible au public pour l’instant – qui complète les itinéraires en métro par le détail des itinéraires à pied. « Nous prévoyons également de reproduire les stations en 3D, de rendre l’utilisateur actif en lui offrant la possibilité de donner son avis et d’adapter l’application pour iPhone – elle ne fonctionne que sur Androïd pour le moment», précise Maxim.

« Aucun GPS, à l’heure actuelle, n’est capable de fonctionner sous terre et sans internet – il s’agira d’une véritable première mondiale !, insiste Maxim, qui a étudié cinq ans aux États-Unis avant de revenir travailler en Russie. Les possibilités sont infinies, ajoute-t-il. L’idée, à terme, serait que les données récoltées servent aussi aux usagers ordinaires. Bref, un vrai métro pour TOUS ! », conclut-il, enthousiaste.