Novossibirsk : quand l’Église se mêle de la culture

En l’espace de trois ans, Novossibirsk a vu près d’une dizaine d’événements culturels annulés suite à des protestations organisées par des activistes orthodoxes. Initialement locaux, ces conflits ont pris une ampleur nationale avec le limogeage du directeur du célèbre théâtre d’opéra et de ballet de la ville, Boris Mezdritch, le 29 mars, sur ordre du ministère russe de la culture. Au cœur de ce scandale : une représentation contemporaine de l’opéra Tannhäuser de Richard Wagner. Le Courrier de Russie s’est rendu à Novossibirsk afin de comprendre comment une poignée de religieux parviennent à y faire la pluie et le beau temps.

Le blasphème

Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg de Richard Wagner, mis en scène par le jeune Timofeï Kouliabine, était l’événement théâtral de l’année 2014 à Novossibirsk. La première, le 20 décembre, et la deuxième représentation, deux jours plus tard, ont fait salle comble et le bonheur des critiques. On évoquait déjà la nomination de toute l’équipe du spectacle pour le prestigieux prix Masque d’or 2015, attribué aux meilleurs productions, directeurs, chorégraphes, chefs d’orchestre, metteurs en scène et acteurs de Russie.

La mise en scène de Timofeï Kouliabine diffère du scénario original de Wagner avant tout par le fait que Tannhäuser n’y est plus un chanteur captif volontaire de la déesse Vénus, mais un réalisateur mettant en scène Jésus. Et c’est sur ce point précis que se sont fait entendre les premiers griefs des représentants religieux de la région. Exprimés tardivement, ils sont d’autant plus virulents qu’ils ont été formulés, pour la première fois dans l’histoire de la ville, par le métropolite de Novossibirsk en personne : Tikhon. Ce dernier, dans une lettre adressée le 26 janvier au procureur de la région, Evgueni Ovtchinnikov, a accusé la mise en scène de Kouliabine « d’offenser les sentiments religieux et l’Église orthodoxe ».

« Nous recevons chaque jour des appels de gens qui se demandent comment il est possible que le théâtre d’opéra et de ballet montre un tel opéra, où le Sauveur passe plusieurs années dans la grotte de Vénus, s’abandonnant à des jouissances charnelles, etc. Ce Tannhäuser offense les sentiments des croyants, et, en tant que citoyens de Russie, nous soutenons qu’il offense aussi les sentiments de tous les citoyens russes, puisque de nombreux symboles de notre État contiennent des croix », écrit notamment le métropolite, […]

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Thomas Gras

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Société

Tatarstan : la langue tatare devient facultative

Depuis le 29 novembre, après plusieurs années de débats houleux, l’enseignement de la langue tatare n’est plus obligatoire dans les écoles du Tatarstan. Le Conseil d’État de la république, sous la pression de Moscou, a tranché : il devient facultatif, à raison de deux heures de cours par semaine. Ekaterina Khodjaeva, sociologue et auteur de nombreux ouvrages sur les mouvements socio-ethniques au Tatarstan, revient pour Le Courrier de Russie sur ce bras de fer linguistique. Le Courrier de Russie : La république du Tatarstan est ethniquement composée d’environ 53,2 % de Tatars et de 39,7 % de Russes. A qui et pourquoi l’enseignement obligatoire du tatar à l’école posait-il problème ? Ekaterina Khodjaeva : Le principal problème résidait dans l’enseignement même de cette langue. Suite à sa désignation comme langue d’État dans la république, au début des années 1990, la législation du Tatarstan a, dans la foulée, garanti son enseignement obligatoire au même niveau que le russe, du primaire à la fin du secondaire, en raison de 5 à 6 cours hebdomadaires. Prise dans la précipitation, cette décision ne tenait toutefois pas compte de l’absence de programme, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

30 novembre 2017
Société

Sous pression, le boulanger homophobe Sterligov revend sa chaîne moscovite

L’entrepreneur super-orthodoxe et ouvertement homophobe German Sterligov a annoncé la fermeture et la revente de ses boulangeries Khleb i sol à Moscou. Pour rappel : leur entrée était « interdite » aux homosexuels. Chronique d’un scandale. C’était son principal argument de vente : un écriteau en bois, disposé derrière les vitrines, proclamant « Entrée interdite aux pédés ». Et c’est aujourd’hui la principale raison de la revente de ses six boulangeries moscovites, à en croire un message plein de haine posté par Sterligov sur son compte Vkontakte le 1er novembre. « Le procureur fait fortement pression sur moi. Il voulait d’abord que j’enlève le mot pédé de ma pancarte car ce serait soi-disant un terme obscène, alors qu’il est totalement décent. Enfin, bref. Nous l’avons remplacé par sodomites, qui sont comme des pédérastes, sauf que c’est un mot biblique. Or, il s’avère que le vrai problème n’est pas le mot employé mais qu’ils veulent qu’on serve tout le monde, c’est-à-dire MÊME LES PÉDÉS, sinon, après des inspections, ils nous feront fermer. (…) En somme, on m’a proposé de choisir entre mon affaire et ma conscience. J’ai choisi ma conscience », […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 novembre 2017
Culture

La bande son de la révolution russe

De la Marseillaise à Hatikvah, quelles étaient les chansons populaires parmi les révolutionnaires russes en 1917 ? LCDR Radio en a concocté une petite compil’, inspirée par le portail d’information Arzamas.La MarseillaiseComme leurs confrères français de la fin du XVIIIe siècle, à qui ils vouaient une certaine admiration, les révolutionnaires bolchéviques se rassemblaient derrière la Marseillaise. Enfin, pas tout à fait la même – celle des travailleurs. Adaptée par le philosophe Piotr Lavrov en 1875, la Nouvelle Chanson, comme on avait aussi coutume de l’appeler, célébrait le reniement de l’ancien monde et appelait le peuple ouvrier à se soulever sur la mélodie originale de Claude Joseph Rouget de Lisle. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

27 octobre 2017