Les Russes se sentent de moins en moins à l’aise en Europe

Depuis le début de la crise ukrainienne et l’introduction des sanctions, l’attitude à l’égard des Russes en Europe se modifie ; un phénomène qui concerne moins les touristes que ceux qui y résident de façon permanente et y font des affaires. Les correspondants de RBK.Style ont visité les deux villes les plus « russes » d’Europe pour y prendre la température.

Tourgueniev comme patron

Parmi toutes les villes allemandes, les Russes ont toujours eu un faible pour Baden-Baden. Pour comprendre la nature de cet attachement, il faut monter les deux marches de l’escalier de la mairie : là, dans un petit jardin bien entretenu, à l’abri des regards, se trouve la sculpture d’une jeune fille – la princesse Louise Augusta de Bade.En 1793, cette héritière du trône de la petite principauté allemande décroche le « gros lot », non seulement pour elle mais aussi pour ses sujets : elle épouse le petit-fils de la Grande Catherine, le futur tsar Alexandre Ier de Russie. Et en 1814, alors que Louise Augusta est déjà devenue la tsarine Élisabeth, elle fait un voyage dans sa patrie, ouvrant par là les portes de Baden-Baden à l’aristocratie russe.Quelques décennies plus tard, cette paisible ville du sud de l’Allemagne devient un véritable centre d’attraction pour la noblesse russe. Au milieu du XIXe siècle, la ville, pour 5 000 habitants, accueille autant de visiteurs russes, emmenés par le tsar Alexandre II : la famille et la cour impériales, tout le beau monde pétersbourgeois et, évidemment, des écrivains : Gogol, Tolstoï, Gontcharov, Tourgueniev, Dostoïevski, qui y écrit d’ailleurs son Joueur.« Les Russes aiment toujours Baden-Baden, rien n’a changé », affirme Renata Effern. Ce petit bout de femme aux cheveux blancs dirige depuis de nombreuses années la société locale des Amis d’Ivan Tourgueniev, et va jusqu’à surnommer l’écrivain son « patron ». Mme Effern organise environ 150 excursions par an. Parmi les plus populaires, on trouve les parcours dans les « lieux russes » de Baden-Baden, qui attirent d’ailleurs des visiteurs venus du monde entier. « La littérature nous lie à la Russie. Même si les Allemands ne lisent pas beaucoup de littérature russe… excepté peut-être Le Joueur, de Dostoïevski – c’est le plus court », s’amuse Renata.Parmi les demeures les plus coûteuses de cette ville de 50 000 habitants, plus de 1 000 appartiennent à des Russes et à des Ukrainiens. Et pour l’heure, le conflit en Ukraine n’a pas été jusqu’à créer un clivage au sein de la communauté russophone.Les chefs d’entreprises locaux, en revanche, ont bien ressenti des changements.

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Maïlis Destrée

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