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Vladimir Poutine sur Edward Snowden : « Je trouve que c’est un type bizarre »

Vladimir Poutine sur Edward Snowden : « Je trouve que c’est un type bizarre »

Le 4 septembre, Vladimir Poutine a accordé une interview à Pervyi Kanal et Associated Press. Il sest expliqué sur de nombreux sujets qui font lactualité – nous rapportons ici ses paroles sur l’ex-agent des services de renseignement américains, Edward Snowden.

Ce qu’il a dit à propos d’une éventuelle intervention armée en Syrie ici

Poutine et Snowden
Poutine et Snowden

« Nous ne défendons pas Snowden. Le problème, c’est que nous ne possédons pas, avec les États-Unis, d’accord d’extradition bilatérale des criminels. Nous leur avons proposé à plusieurs reprises d’en conclure un, mais ils ont toujours refusé. Et ils refusent également de nous livrer les citoyens russes criminels, nos criminels qui ne se sont pas contentés, eux, de révéler des secrets, qui ont tué des gens, ont organisé le trafic d’êtres humains, des criminels qui ont du sang sur les mains – et nos collègues américains le savent mais refusent tout de même de nous les livrer. Nous ne pouvons pas juger si Snowden a effectivement commis un crime aux États-Unis. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de le faire. Mais en tant qu’État souverain ne possédant pas d’accord d’extradition avec les États-Unis, nous ne pouvons que lui accorder la possibilité de vivre chez nous, nous ne pouvons pas agir autrement.

M. Snowden a fait une première apparition à Hong Kong, où il a rencontré nos représentants diplomatiques. Lorsqu’eux m’en ont parlé, j’ai demandé ce qu’il voulait. On m’a répondu qu’il luttait pour les droits de l’Homme et la liberté de circulation de l’information (…). J’ai dit à nos diplomates que si Snowden voulait rester chez nous, il ne pourrait le faire qu’à condition de cesser toute activité susceptible de nuire aux relations russo-américaines. On lui a rapporté mes propos. Ce à quoi iĺ a répondu : « Non, je lutte pour les droits de l’Homme, et je vous invite à me rejoindre dans cette lutte. » J’ai dit alors : « Non, nous n’allons pas lutter avec lui. Qu’il poursuive son combat sans nous. » Et puis, il est  parti, tout simplement.

C’est là qu’il a tenté de s’envoler pour l’Amérique latine. Je n’ai appris qu’il se dirigeait vers Moscou que deux heures avant l’atterrissage de son avion. Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Il y a eu une fuite d’information. Que les représentants des services spéciaux américains ne m’en tiennent pas rigueur, mais je pense qu’ils auraient pu agir de façon plus professionnelle, de même que leurs diplomates, d’ailleurs. Ils savaient parfaitement qu’il se dirigeait vers chez nous et qu’il serait en transit, ils auraient pu faire pression sur tous les pays européens ou d’Amérique latine où il était susceptible d’atterrir. Ils auraient pu l’intercepter en vol – ce qu’ils n’avaient d’ailleurs pas hésité à faire pour un président latino-américain, et que je trouve, personnellement, absolument inadmissible, grossier et indigne des États-Unis et de leurs partenaires européens. C’est tout simplement humiliant. Mais ils auraient pu le faire avec Snowden. Je ne comprends pas ce qui les en empêchait. Mais non, ils ont fait peur à tout le monde, et Snowden s’est retrouvé coincé dans notre aéroport. Et qu’aurions-nous dû faire, alors ? Le livrer aux États-Unis ? Eh bien, qu’ils acceptent de signer avec nous cet accord [d’extradition, ndlr] dans ce cas ! Ils n’en veulent pas ? Très bien. Mais pourquoi, alors, exiger que nous leur livrions leur citoyen de façon unilatérale ? Qu’est-ce que c’est que ce snobisme ? Il faut prendre en compte les intérêts mutuels, il faut chercher des solutions et travailler avec professionnalisme.

Il [Snowden, ndlr] ne nous a rien proposé, nous n’avons rien obtenu de sa part et nous n’en avons pas la moindre envie. Nous sommes des professionnels, et nous nous doutons bien que ses collègues des services américains sont déjà parfaitement au courant de tout ce qu’il aurait pu nous dire. Ils ont déjà dû évaluer tous les risques qu’ils pouvaient encourir, ils ont dû tout changer, tout détruire. De fait, à quoi pourrait-il bien nous servir ? Nous ne voulions même pas nous mêler de cette histoire, au départ. Il n’est pas celui que les services américains dépeignent. Je comprends qu’ils ont tout intérêt à le présenter comme un traître, mais c’est un être d’une autre nature. Il se perçoit comme un défenseur des droits de l’homme. On peut ne pas le voir comme tel, c’est l’affaire de ceux qui jugent, mais c’est en tout cas la façon dont lui se positionne. Nous ne voulons pas coopérer avec lui, lui soutirer des informations. Il n’a jamais tenté de nous livrer quoi que ce soit, et nous n’avons jamais tenté de tirer de lui quoi que ce soit.

Je pense à lui de temps à autre, et je trouve que c’est un type bizarre. C’est encore un jeune homme, trente ans et quelques, et ce qu’il a dans la tête, eh bien, je n’en ai pas la moindre idée. Comment va-t-il construire son existence ? Il s’est lui-même condamné à une vie assez dure. Je ne sais pas ce qu’il compte faire. D’accord, nous n’allons pas l’extrader, et il peut se sentir en sécurité chez nous – mais après ? Peut-être qu’avec le temps, l’Amérique se rendra compte qu’elle n’a pas affaire à un espion mais à un homme qui a des convictions, un homme qu’on peut juger différemment. Peut-être que dans ce cas, nous pourrons trouver un compromis. Je n’en sais rien, c’est son destin et c’est lui qui l’a choisi. Il pense que c’est noble, que c’est légitime, que des sacrifices comme le sien sont nécessaires. C’est son choix. »

  1. « Exercises In Free Love » d’un type bizarre, un jeune homme, cinquante ans et quelques.

    (…) ils ont déjà dû évaluer tous les risques qu’ils pouvaient encourir, ils ont dû tout changer, tout détruire (…) je lutte pour les droits de l’Homme, et je vous invite à me rejoindre dans cette lutte (…) qu’il poursuive son combat sans nous (…) mais pourquoi, alors, exiger que nous leur livrions leur citoyen de façon unilatérale (…) ce qu’il a dans la tête, eh bien, je n’en ai pas la moindre idée (…) il pense que c’est noble, que c’est légitime, que des sacrifices comme le sien sont nécessaires (…) peut-être qu’avec le temps, l’Amérique se rendra compte qu’elle n’a pas affaire à un espion mais à un homme qui a des convictions (…) je trouve que c’est un type bizarre. c’est encore un jeune homme, trente ans et quelques (…) je pense à lui de temps à autre (…)

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