Jean Felix de la Ville Bauge, le roman Dieu regardait ailleurs, aux éditions Plon.

Jean-Félix de La Ville Baugé : « Un type qui a raison, il faut le fusiller »

En charge depuis trois ans de la rubrique Éminence, Jean-Félix de La Ville Baugé passe exceptionnellement d’intervieweur à interviewé pour la sortie de son roman Dieu regardait ailleurs, aux éditions Plon.

Le Courrier de Russie : Pourquoi avoir choisi la période de la révolution de 1917 pour écrire un roman sur la Russie ?

Jean-Félix de La Ville Baugé : On ne sait jamais pourquoi, on ne sait pas pourquoi on écrit, on ne sait jamais très bien pourquoi on fait ce qu’on fait. Les seuls éléments dont on dispose sont les éléments conscients qui ne sont jamais qu’une partie infime des raisons et qui peuvent émaner de votre histoire ou de votre vie. Je vais tenter de répondre sur ces deux plans tout en estimant que j’ignore la quasi totalité de ces raisons. Du point de vue historique, je dois être marqué par la révolution, du côté maternel, j’ai un ancêtre, Stanislas de Clermont-Tonnerre, qui était président de la Constituante et qui ensuite a été défenestré, et du côté paternel, Pierre-Louis de La Ville Baugé, qui a combattu pendant les guerres de Vendée dont on estime aujourd’hui qu’elles ont constitué un génocide même si le terme n’existait pas à l’époque : on transperçait des bébés à coup de baïonnette, on créait une tannerie de peau humaine, on brûlait femmes et enfants, on a utilisé les premiers fours crématoires… Après, ce qui me préoccupe plus, et c’est plus intéressant parce que c’est plus personnel, c’est la chute, j’ai toujours été fasciné par la chute.

L’empire qui couvrait un quart du monde s’est écroulé en trois jours

LCDR : Comment ça, la chute ?

JFVB : Je me dis que c’est peut-être un pressentiment de ce qui m’arrivera et que je chuterai, peut-être suis je fasciné par le destin que j’aurai qui sera de chuter. Je suis attiré par ces personnages. J’étais attiré par un humanitaire qui chutait dans mon premier livre [Entre deux cils (Plon, 2002, Pocket, 2004)], un garçon de bonne famille qui chutait parce qu’il se faisait violer dans mon deuxième livre [Votre fils (Plon, 2004)] et un grand-duc russe qui chute dans mon troisième livre. Les destins brisés, ça me fascine, et les chutes sont particulièrement impressionnantes quand les gens tombent de haut. Ce qui m’a frappé dans la Révolution russe, c’est la façon dont l’empire qui couvrait un quart du monde s’est écroulé en trois jours. Si je prends l’exemple de notre révolution, les Français ont mis quatre ans à guillotiner leur roi et un siècle à se séparer définitivement de la monarchie, alors qu’en Russie, on a l’impression qu’en trois jours de mars 1917, tout tombe. Il y a quelque chose dans cet écroulement et dans la façon dont les gens n’ont jamais pu se relever qui m’a fasciné. Je me suis dit que dans le même cas je serais pareil, je tomberais et je ne me relèverais pas.

Si on avait massacré toute ma famille, peut être que moi aussi j’observerais ma vie avec un détachement halluciné

LCDR : Comme ton personnage principal, le grand duc Wladimir Wladimirovitch ?

JFVB : Oui, lui non plus il ne peut plus se relever. Il ne peut plus aimer parce qu’on l’a cassé. On l’a beaucoup critiqué, on l’a traité de cynique et de pervers, en même temps, si on avait massacré toute ma famille, peut-être que moi non plus, je n’aimerais plus personne, peut-être que j’observerais tout avec un détachement halluciné. […]

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Propos recueillis par Inna Doulkina

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Arythmie : à voir pendant la Semaine du cinéma russe à Paris

La Semaine du cinéma russe vient d’ouvrir à Paris. Si vous n’aviez qu’un film à voir, optez pour Arythmie. Le réalisateur, Boris Khlebnikov, a réussi à faire un film dont les Russes parlent dans les cafés et aux arrêts de bus, qui les fait applaudir à l’issue de la séance et quitter la salle en pleurant. Arythmie est un film fidèle, juste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui et ceux qui l’habitent. Un film dans lequel les Russes se reconnaissent et se disent : « Ça parle de nous ! » Au centre du récit : un jeune ambulancier. Tous les jours, Oleg va secourir chez elles des personnes ayant composé le 103. Ce numéro qu’en Russie, on appelle quand on a soudain mal, que l’on subit un traumatisme, une douleur aïgue – quand on a besoin d’aide ici et maintenant. Alors, une équipe d’ambulanciers vient chez vous, vous fournit les premiers secours et vous emmène à l’hôpital si besoin. Ce système de « Secours rapide » (Skoraïa Pomoch) a été créé en URSS en 1926. Sauf qu’il subit depuis quelques années des coupes budgétaires drastiques, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

9 novembre 2017
Opinions

Que reste-t-il de 1917 ?

Le centenaire de la révolution, en Russie, est tout sauf une grande fête. Certes, quelques indécrottables communistes défileront en brandissant des portraits de Lénine dans des rues portant son nom – chaque ville et village de Russie en comptant au moins une. Mais c’est tout. Le temps des parades et des festivités collectives est révolu. Voici douze ans déjà que le 7 novembre, jour anniversaire de la révolution, n’est plus férié en Russie. Le pouvoir semble tout faire pour zapper la date, passer au-dessus le plus vite possible – et tourner la page. Et c’est vrai que la date est gênante. Et qu’aujourd’hui, dans les hautes sphères, on ne sait trop qu’en faire. Même le plus grand musée russe, la galerie Tretiakov, a préféré s’abstenir de formuler une lecture claire de la révolution. L’exposition consacrée au centenaire de l’événement frappe par son absence de tranchant. La galerie s’est contentée d’aligner des œuvres peintes en 1917 par des artistes de différents mouvements – images de vie très éloignées des bouleversements historiques. Tout dernier instant de calme avant la tempête. Intéressant à observer mais n’offrant aucune clé pour la compréhension : que s’est-il vraiment passé en Russie en 1917 ? La révolution, en définitive, a-t-elle apporté plus de bien ou de mal au peuple russe ? A-t-elle été, pour l’humanité, un fléau ou une providence ? Que reste-t-il à retenir de cet événement décisif de l’histoire mondiale ? Faut-il le regretter ou saluer son avènement ? Toutes questions qui demeurent sans réponse pour les Russes aujourd’hui. Dans les sondages, seuls 11% d’entre eux déclarent considérer la révolution de 1917 de façon positive. 25% la qualifient d’injustifiable, et 57% n’ont pas d’avis définitif sur la question. Le pouvoir se garde bien, lui aussi, d’interpréter de façon précise les événements d’Octobre. Certes, l’événement est trop massif, trop important, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 novembre 2017
Culture

« Notre mission est la promotion de la littérature russe à l’étranger »

Depuis cinq ans déjà, la Russie soutient activement la traduction des auteurs russes en langues étrangères. Plus de 40 romans, nouvelles et essais ont déjà été publiés en français avec le concours de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Son directeur, Evgueni Reznitchenko, explique au Courrier de Russie comment l’institut sélectionne les projets qu’il soutient, et en quoi publier un jeune auteur peut être plus intéressant pour une maison d’édition qu’un grand nom. Le Courrier de Russie : Sur quoi travaille l’Institut de la traduction ? Evgueni Reznitchenko : Notre mission première est la promotion de la littérature russe contemporaine à l’étranger. Si nos classiques sont assez largement traduits, les auteurs actuels restent souvent méconnus dans les autres pays – et nous œuvrons à y remédier. Notamment en organisant, partout dans le monde, des manifestations visant à faire connaître la littérature russe contemporaine, mais aussi en soutenant des traducteurs et des éditeurs étrangers qui publient des auteurs russes. LCDR : L’Union soviétique avait un important programme de soutien aux traducteurs. Peut-on dire que vous vous inscrivez dans la même lignée ? E.R. : Oui et non. À l’époque soviétique, l’État embauchait des traducteurs étrangers, les faisait venir et travailler en URSS, puis publiait les ouvrages traduits et les envoyait de par le monde, aux sièges des partis communistes, qui devaient se charger de les distribuer. Mais en réalité, on ne sait pas ce qu’il est advenu de la plupart de ces milliers de livres. Aujourd’hui, nous travaillons tout à fait différemment : la Russie conclut avec des éditions étrangères des partenariats afin de mener des projets communs. Et chacun met la main à la pâte : nous finançons la traduction, et l’éditeur se charge d’assurer la publication et la promotion. Nous ne sommes plus la seule partie intéressée, comme autrefois. Dans la répartition des tâches actuelle, tous s’investissent, et chacun sort gagnant. LCDR : Comment sélectionnez-vous les projets à soutenir ? E.R. : Chaque année, entre le 1er octobre et le 31 décembre, des éditeurs du monde entier nous soumettent leurs intentions de publier des œuvres d’auteurs russes. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 octobre 2017