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Snowden asile russie

Snowden veut l’asile en Russie, mais l’aura-t-il ?

Coincé depuis plus de trois semaines à l’aéroport moscovite de Cheremetievo, Edward Snowden n’en finit pas de faire les gros titres de la presse mondiale. Dernier événement en date : sa rencontre avec une poignée de défenseurs des droits de l’homme, à Moscou, le 12 juillet dernier, au cours de laquelle il a exprimé son désir de demander l’asile politique en Russie. Entre révélations sur ses projets et secret sur ses conditions de vie – témoignages de certains des participants.

Snowden asile russie
Photographie prise le 12 juillet dernier malgré l’interdiction de porter sur soi tout type d’appareil électronique.

Le rendez-vous était fixé vers 17 heures dans un bureau de la zone de transit de l’aéroport de Cheremetievo, où l’ex-agent des renseignements américains a élu domicile depuis le 23 juin. Il s’agissait de sa première sortie publique depuis le début de l’affaire, et ils ne furent qu’une poignée d’heureux élus à y assister. « Il est entré directement dans le vif du sujet, a raconté au site d’informations Slon.ru Sergueï Nikitine, d’Amnesty International. Une de ses premières phrases a été : Il y a encore quelques mois, j’étais en mesure de lire tous vos e-mails. »  Assis entre sa traductrice et une femme, qui, selon Nikitine, serait soit une représentante de Wikileaks, soit une juriste, le célèbre « pensionnaire » de l’aéroport moscovite a ensuite exprimé son désir de réitérer une demande d’asile de courte durée en Russie, afin de rejoindre plus l’Amérique du Sud.

Snowden a assuré qu’il comprenait les conditions posées par Vladimir Poutine, et qu’il était prêt à les respecter. « Snowden a déclaré qu’il mettrait fin à ses révélations », a expliqué un autre participant de la rencontre, Guenri Reznik, le président de la Chambre des avocats. Vladimir Poutine avait en effet réagi début juillet à la première demande d’asile d’Edward Snowden en fixant la condition suivante : « Qu’il cesse ses activités visant à nuire à nos partenaires américains ». Le président russe avait également répété que la Russie ne comptait pas livrer l’ex-consultant aux États-Unis.

D’autant que, pour l’avocat, la demande du jeune homme est tout à fait justifiée. « L’article 63 de la Constitution russe prévoit l’octroi de l’asile politique à toute personne persécutée pour des motifs politiques par le pays dont il est le citoyen », a souligné Reznik.

USA-Russie

Cependant, l’accord de l’asile politique à cet ancien informaticien de 30 ans ne serait pas une aubaine pour les relations russo-américaines. Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, absent lors de la rencontre, insiste : toute l’affaire pèse lourd pour les deux pays. « Les États-Unis seraient contraints de jouer la carte Snowden à chaque discussion, répétant que la Russie abrite un criminel », a commenté l’expert pour Slon.ru.

D’autant que Snowden n’apporterait rien à la Russie. « Toutes les révélations qu’il pouvait faire, il les a faites : il n’a plus rien à dire, poursuit Loukianov. Il ne s’agit pas d’une taupe qui serait à même de vendre des informations à d’autres pays. C’est un idéaliste qui a déjà tout dévoilé ! Il pourrait, à la limite, servir à des fins de propagande, en devenant, par exemple, présentateur pour Russia Today (comme l’a été Julian Assange) et exposer en permanence à quel point Washington ne respecte pas les droits de l’homme. » Mais pour l’expert, un tel scénario relève de la fiction. La Russie n’a pas l’intention de faire une chose pareille, les déclarations de Vladimir Poutine sont très claires à ce sujet », conclut Loukianov.

La plus récente des interventions du président, lundi 15 juillet, témoigne en effet de l’agacement des autorités russes. « Il est arrivé sur notre territoire sans invitation, il n’avait pas l’intention de venir en Russie. Il n’était qu’en transit, a expliqué Vladimir Poutine à des étudiants, en marge d’une expédition sous les eaux de la mer Baltique pour observer une épave de frégate russe. Lorsque sa présence dans l’avion a été révélée, nos partenaires américains ont de facto mis fin à son voyage. Ils ont fait pression sur tous les autres pays, personne ne veut plus l’accueillir. ». M. Poutine a enfin précisé que le jeune informaticien quitterait la Russie dès qu’il aurait la possibilité d’aller ailleurs.

Barack Obama a quant à lui demandé, lors de l’entretien téléphonique avec son homologue russe qui a suivi la rencontre du 12 juillet, de ne pas accorder à Snowden une « tribune de propagande », rapporte l’agence Ria Novosti.

La demande d’asile politique d’Edward Snowden a officiellement été déposée mardi 16 juillet au service d’immigration russe. La veille, la candidature de l’ex-agent des services de renseignement américains était proposée par Stefan Svallfors, universitaire suédois et membre de l’Académie royale des sciences, pour le Nobel de la paix.

Thomas Gras

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  2. « Nos partenaires américains ont de facto » réservé la « tribune de propagande » à « qui a déjà tout dévoilé » que, contrairement à M Snowden, « c’est un idéaliste » introverti qui « ne respecte pas les droits de l’homme » et dont « la candidature » « pour le Nobel de la paix » avait pourtant été retenue.

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