S'abonner, c'est soutenir une rédaction indépendante basée à MoscouDécouvrir nos offres

Evguenia Khassis : « Pour vous, nous ne sommes que des skinheads et des bâtards »

Evguenia Khassis : « Pour vous, nous ne sommes que des skinheads et des bâtards »

En janvier 2013, la revue Rolling Stone a publié sa correspondance avec la militante nationaliste Evguenia Khassis qui purge une peine de prison pour complicité dans le crime le plus retentissant des années « zéro » : l’assassinat de l’avocat Markelov et de la journaliste Babourova.Rolling Stone : Comment te sens-tu, moralement et physiquement ?Evguenia Khassis : Je ne voudrais vraiment pas me plaindre. D’abord, je ne souffre d’aucune maladie. Ensuite, à côté de celles qui m’entourent, notamment les malades du VIH que la vie quitte à vue d’œil, ce serait pécher de se plaindre d’un rhume ou de fatigue. Moralement, c’est dur pour moi, du fait du vide d’information et de l’absence des relations auxquelles j’étais habituée. La majorité des gens présents ici sont issus d’un milieu extrêmement pauvre et asocial. On trouve ici, principalement, des enfants de toxicomanes et d’alcooliques. Il est difficile de croiser dans cette zone même quelqu’un ayant acheté un diplôme, sans parler d’interlocuteurs véritablement intelligents, instruits, avec qui il serait possible d’avoir des discussions intellectuelles. D'un autre côté, les êtres rares que l’on parvient à dénicher ont d’autant plus de prix. Ils sont peu, mais ils me sont tous très chers. Se reposer des insultes, des cris n’est possible qu’en compagnie de telles personnes, ou à l’église. L’église est un autre salut pour l’âme, et un appui solide pour la volonté et l’esprit.
Je ne supporte pas la critique vide
R.S. : Que dire de la prison russe contemporaine en général, et de la colonie dans laquelle tu purges ta peine en particulier ?E.K. : C’est une question difficile. Dire du bien du système pénitentiaire serait de mauvais goût. En dire du mal, ce serait suivre la tendance. Surtout depuis l’arrivée de Nadejda Tolokonnikova, vilipender notre colonie est devenu une mode. Mais je ne supporte pas la critique vide. Je dirai les choses comme ça : le système disciplinaire russe correspond à tout le reste du système étatique. Du point de vue d’un Moscovite habitué au confort, il y a ici de nombreux problèmes, mais du point de vue de la « population locale », il fait meilleur, pour la plupart, vivre dans notre colonie qu’en liberté. Il est indispensable de changer le système,

Il vous reste 75% de l'article à consulter...

Créez votre compte et accédez gratuitement à 3 articles par mois

Je crée mon compte

Déjà abonné ? Se connecter

Traduit par Julia Breen