« Non à l’extraction de Nickel »

Dans l’oblast de Voronej, le conflit qui oppose les habitants aux pouvoirs locaux sur le projet d’extraction de nickel dans la région prend de l’ampleur


Dans l’oblast de Voronej, le conflit qui oppose les habitants aux pouvoirs locaux sur le projet d’extraction de nickel dans la région prend de l’ampleur : ralliement de nouvelles villes au mouvement, multiplication des actions, des pétitions et des manifestations de plus en plus importantes. Récit d’une journée de rassemblements au bord de la rivière Khopior.

Non à l'extraction du nickel
Non à l’extraction du nickel

Notre itinéraire nous conduira d’Ourioupinsk dans l’obast de Volgograd (rive gauche de la rivière Khopior) à Novokhopiorsk dans l’oblast de Voronej (rive droite de la même rivière). Point commun entre ces deux villes : des manifestations contre un projet d’extraction de nickel s’y préparent. L’exploitation d’un gisement situé à seulement 15 kilomètres du parc naturel de Khopior, territoire inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, doit en effet commencer très prochainement.

Deuxième difficulté, le processus d’extraction en lui-même est loin d’être un jeu d’enfant. Le précieux minerai est enfoui très profondément. Six couches aquifères, dont la plus profonde n’est autre qu’une très ancienne mer salée longue de plusieurs dizaines de kilomètres, séparent le gisement de la surface. Déjà dans les années 1970, les autorités soviétiques avaient renoncé à ce projet, qu’elles qualifiaient « d’inutile ». Mais rien de tout ça n’a empêché les pouvoir locaux d’organiser un appel d’offres pour ce projet le 22 mai dernier, ni même la dizaine de manifestations qui ont réuni plusieurs milliers de personnes, que ce soit dans l’oblast de Voronej, à Voronej même, à Moscou, à Paris ou à Londres.

Première étape : Ourioupinsk

"Je ne veux pas mourir jeune"
« Je ne veux pas mourir jeune »

Environ 3 000 personnes s’étaient donné rendez-vous sur la place centrale d’Ourioupinsk afin de protester contre ce projet d’extraction de nickel. Les organisateurs ont vite été confrontés à un premier problème : faut-il donner la parole aux extrémistes ? En l’occurence, au chef cosaque Titov, dont les partisans arborent le drapeau à « tête de mort » du général Baklanov (héro russe de la guerre du Caucase dans les années 1850). Verdict : pas de micro pour le séparatiste.

L’intervention la plus importante de la journée a été celle du maire de la ville. Ce dernier a affiché clairement son opposition au projet d’extraction et ce, afin de garantir la bonne santé de ses concitoyens. Il s’est également dit prêt à garantir un soutien total, tant sur le plan organisationnel que financier, au mouvement anti-nickel.

Tout le monde ne partage pas ce point de vue. A quelques kilomètres d’Ourioupinsk, certains activistes ont été licenciés par les pouvoirs locaux à cause, justement, de leur engagement. Autre situation dans la région de Novokhoperskiï où l’administrateur de cette dernière, accompagné d’un certain nombre d’hommes imposants, s’adonne au porte-à-porte et tient un discours plutôt intimidant.

Bilan de cette opération : rien de nouveau n’a été dit. Les thèmes habituels comme la destruction du milieu naturel, la nécessité d’une expertise écologique publique et l’organisation d’un référendum ont été abordés, même si la Douma locale a refusé de tenir un référendum sous prétexte que les habitants se réservent le droit de continuer l’action de protestation.

Seconde étape : Novokhopiorsk

"Non au nickel"
« Non au nickel »

Les protestataires se sont ensuite rassemblés et nous sommes partis en direction de Novokhopiorsk pour un deuxième rassemblement. Touche d’humour : les grands-mères agitaient leurs pancartes même dans leurs voitures. Notre convoi était impressionnant, 400 véhicules se suivaient, formant une chaîne longue d’environ 5 kilomètres.

Touche symbolique : différents mouvements aux fonctions bien définies cohabitaient au sein de ce rassemblement. Les activistes de la ville de Borissoglebsk (oblast de Voronej) et leur mouvement « ruban vert » étaient chargés de la publication d’un journal militant et de l’organisation des actions. Le « mouvement de défense de Khopior », crée par les habitants de Voronej, était quant à lui chargé de la coordination des actions, de la communication avec les médias, de la collaboration avec la Chambre publique fédérale, la Douma et les pouvoir locaux. Au niveau régional, un conseil citoyen a été mis en place par le gouverneur de l’oblast mais ce dernier n’a pour le moment fait aucune avancée ni sur le plan technique ni écologique, même si les médias locaux disent le contraire.

La manifestation a quant à elle réuni plus de 3 000 personnes sur la place principale de Novokhopiorsk, chiffre conséquent pour une ville qui compte à peine deux fois plus d’habitants. Les personnes présentes ne sont clairement pas habituées à manifester mais chose importante, leur fatalisme d’antan – résumé par des formules telles que « ça ne sert à rien, ils choisissent pour nous de toute manière » –semble disparaître petit à petit. Ainsi, dans la foule les idées fusaient : établir un camp permanent sur le site du projet ou encore bloquer des routes et des voies ferrées. Dans un autre registre, les représentants des Cosaques de toutes ces régions, autorisés à s’exprimer sur la scène, ont même déclaré que si la voie légale ne fonctionnait pas, ils étaient prêts à régler le problème « à leur façon ».

Dernière action de la journée, en route vers le site d’extraction, situé à une vingtaine de kilomètres de Novokhopiorsk. Plus de 200 voitures ont fait le déplacement et sur place, les militants ont planté des souches de bouleau. Pour eux le message est clair, aucune alternative n’est possible : on ne construira pas de mine ici.