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Pussy Riot : pour ou contre ?

Pussy Riot : pour ou contre ?

Suite à la large médiatisation de l’action du groupe féministe Pussy Riot dans la cathédrale Christ-Sauveur et l’arrestation de trois de ses membres par la police, Le Courrier de Russie s’est adressé à Vladimir Legoïda, le président du département de l’information de l’Eglise orthodoxe russe et au prêtre Yakov Krotov, membre de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, pour recueillir leur opinion.

Pour ceux qui auraient raté le début de l’affaire, cliquez-ici !

Pussy Riot
Pussy Riot

Le Courrier de Rusise : Comment percevez-vous l’action du groupe Pussy Riot dans le cathédrale Christ-Sauveur ?

Vladimir LegoïdaVladimir Legoïda : En premier lieu c’est un délit, mais ce sont aux enquêteurs de déterminer lequel. Je ne suis pas juriste et je ne peux pas le qualifier… Ensuite, est-ce une performance ? A partir du moment où l’art permet d’exprimer une opinion du type « ça me plaît ou ça ne me plaît pas» je répondrais que pour moi, c’est abominable. Pour un chrétien croyant, c’est même un blasphème. Tous ceux qui disent que le blasphème n’a pas eu lieu, c’est soit de la bêtise, soit une déformation consciente de la vérité.

 

Yakov KrotovYakov Krotov : D’un point de vue artistique c’était une performance ! Je voulais d’ailleurs préciser qu’il ne s’agissait pas des excentricités habituelles que l’on voit pour Maslenitsa [la semaine qui précède le Grand Carême, carnaval orthodoxe, ndlr ], comme certains l’ont dit, puisque les  filles avaient déjà procédé à des interventions sur la Place Rouge, dans le métro, etc… D’un point de vue formel, ce n’était non plus un blasphème, mais de l’hooliganisme – et ce uniquement parce qu’elles n’ont pas choisi le bon endroit.  Un chrétien orthodoxe peut bien sûr regretter d’être inclus dans cette histoire, car elle a fait du bruit. Mais personne ne saute sans raisons devant l’autel, ce qui veut dire que les filles de Pussy Riot ont exprimé une indignation, une vérité dérangeante. Et en ce qui concerne le « non-respect de la religion » dont on les accuse, je peux dire que la présence de Poutine pendant la messe de Pâques dans la cathédrale Christ-Sauveur ou bien ces vieilles dames – Bouranovskie Babouchki – qui se présentent à l’Eurovision sont bien pires !

[lcdr] : Les activistes de Pussy Riot ont expliqué leur action par le rejet du lien étroit entre l’Eglise Orthodoxe et l’Etat. Qu’en pensez-vous ?

V.L. : En tant que personne en charge de l’interaction de l’Eglise avec le pouvoir je peux dire qu’il n’y a aucun « lien étroit ». Depuis qu’elle existe, l’Eglise orthodoxe russe n’a jamais été aussi libre. Elle est bel est bien séparée de l’Etat : on ne nous dit pas qui nommer comme évêque, l’orthodoxie n’est pas une religion d’Etat, et les gens appartenant à d’autres confessions bénéficient des mêmes droits civiques. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’Eglise et l’Etat doivent faire semblant de ne pas se côtoyer. L’Eglise est indivisible de la société : il y a donc des questions où l’Eglise peut, et doit participer. C’est ce qui est appelé le « service social ».

Y. K. : Il y a un paradoxe autodestructeur dans la protestation du groupe. Elles se sont prononcées contre l’invasion des fonctionnaires dans la vie des gens – via, notamment, l’omniprésence de l’orthodoxie à toutes les échelles de la société. Mais en même temps, elles ont elles-mêmes violé cette frontière de « vie privée ». Elles ont lancé un appel au changement politique. A quoi ça sert d’appeler le peuple à se soulever ? Si vous êtes le peuple, vous vous soulevez vous-mêmes !  A dire vrai, j’aurais moi-même bien voulu participer à une manifestation pour exiger la libération des filles mais cela aurait voulu dire que j’agis comme elles – pour se faire un nom – et non pas pour  plaider une cause commune.

[lcdr] : Quelle est votre opinion sur la lettre adressée par une paroissienne Lidia Moniava au Patriarche et qui demandait d’adopter une « attitude chrétienne » envers les membres du groupe Pussy Riot ?

V.L. : Je pense que cette lettre n’était pas adressée aux bonnes personnes. L’arrestation des filles n’a pas été initiée par le Patriarche et l’Eglise n’a pas l’intention de se mêler de l’enquête. L’essentiel pour nous est l’évaluation morale qui en a été faite.

Y. K. : Il n’y avait pas d’injure ou de blasphème, et il ne faut pas s’en offenser. Cette lettre au Patriarche est malvenue, parce qu’elle sous-entend qu’il y avait injure. L’église est un bâtiment public, il n’y a donc aucune raison de persécuter ces filles. Elles n’ont pas nié l’existence de Dieu ou même craché sur les icônes !

[lcdr] : Comment expliquez-vous les réactions contradictoires dans le milieu orthodoxe à l’égard de l’action de Pussy Riot ?

V.L. : Il n’y a presque pas de différends par rapport à cet événement : je n’ai pas entendu un seul homme d’Eglise ou de représentant officiel qui aurait dit que les filles « n’avaient rien commis de grave ». Seul le diacre Andreï Kouraev disait au début, quand il était peu renseigné sur cette «performance», que de telles actions ont déjà été constatées pour Maslenitsa. Mais ensuite, il s’est prononcé sur le caractère obscène de celle-ci. Les autres, ceux qui relativisent la gravité de cette action, sont plutôt des exceptions.

Y. K. : La cathédrale choisie est la propriété de la mairie de Moscou. Ces locaux ont déjà été utilisés plusieurs fois pour des défilés topless ! Il est évident qu’un bâtiment appartenant à la mairie peut-être un lieu laïc, l’arrestation de ces filles est donc scandaleuse.

[lcdr] : Pensez-vous que ces filles doivent être punies ?

V.L. : Les représentants officiels de l’Eglise ont maintes fois répété qu’ils ne trouvent pas correct de condamner ces filles à une vraie réclusion [qui peut aller jusqu’à 7 ans, ndlr]. Je pense personnellement qu’il n’était pas nécessaire d’arrêter les membres du groupe mais en même temps, nous n’avons pas le droit de faire comme si rien ne s’était passé. Les valeurs libérales nous disent que la liberté d’un homme finit là où commence la douleur d’un autre : cette affaire doit donc être réglée au niveau judiciaire.

Y. K. : Un vrai croyant orthodoxe ne demandera jamais une quelconque punition. Ceux qui font ça ne sont pas de vrais fidèles : les incitations à la punition des filles ne peuvent émaner que d’orthodoxes amateurs, car nous savons tous qu’il faut répondre au mal par le bien. Seul le pardon montre à l’offenseur qu’il avait tort.

Vera GAUFMAN

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  1. Pussy Riot n’a pas blasphémé: elles avaient les cheveux couverts!!! par contre le monsieur qui a tenté d’arracher à l’une d’entre elle sa cagoule, au risque donc de dévoiler sa chevelure, a peut-être commis là une violence blasphématoire dans la maison de Dieu… et n’oublions pas qu’il s’agit d’un mouvement féministe qui ne ferait pas parler de lui si la situation des femmes en Russie ne posait pas de problèmes à beaucoup d’entre elles, situation qui n’est pas toujours facilitée par l’Eglise orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire!

    1. Je considère que cette décision ne fait que démontrer la récession de la Russie au rang d’état du tiers monde où sont bafouées les libertés les plus élémentaires, au nom d’un culte de la personnalité qui ne fait que s’amplifier, ce qui nous ramène quelques 50 ans en arrière. L’URSS avait au moins une idéologie et prétendait créer un homme et une société nouveaux. La nouvelle Russie de Poutine reproduit des schémas soviétiques de répression sans autre idéologie que de protéger les fortunes et les avantages de certains au nom de l’idéal de la stagnation. Ceci étant dit, la Russie ne change toujours pas; Grand peuple dirigé par un pouvoir corrompu qui détruit ses propres élites! Espérons que cet aveuglement n’entraînera pas une nouvelle Révolution. Jean de la cordelière

  2. Avez vous lu cet article édité ici: http://fr.rian.ru/tribune/20120808/195607508.html en voici un extrait car il est important pour les gens qui n’habitent pas la Russie de savoir qui elles sont, pour ma part il y a un non respect des lieux-lorsque on a quelques chose à dire il y a une autre façon de le faire: une entrevue dans un journal, ou une manif à trois avec des pancartes devant le siège du gouvernement…ici: Si beaucoup de journalistes français présentent les jeunes filles comme les victimes d’une Russie quasi-totalitaire, il faut néanmoins rappeler que les Pussy Riot ont plusieurs fois durant les derniers mois organisé des actions « coup de poing » portant atteinte à l’ordre public (voir par exemple ici ou la). Pussy Riot n’est en outre pas seulement un groupe de rock, mais le volet musical d’un groupe anarchiste du nom de Voina (la guerre) et qui ces derniers mois a revendiqué de nombreuses actions que l’on peut ne pas trouver ni « drôles » ni « subversives ». Parmi elles l’organisation d’une orgie sexuelle avec des femmes enceintes dans un musée (le nom de l’action étant une insulte violente adressée au président Medvedev), se montrer en public nul et couvert de cafards, se masturber avec une carcasse de poulet dans une épicerie et en sortir en marchant avec la carcasse enfoncée dans les parties génitales, l’attaque à l’urine sur des policiers ou encore de tenter d’embrasser sur la bouche des représentants de l’or
    dre du même sexe. Ajoutez à cela de dessiner à la peinture des pénis géants sur les routes ou encore la destruction de véhicules de police. Rappelons aussi: Les commentateurs français qui lèvent les yeux au ciel lorsqu’ils prononcent cette durée de peine feraient bien de relire le code pénal français, et surtout l’article 322-3-1 qui punit de sept ans de prison et 100.000 € d’amende la dégradation d’un bien culturel exposé dans un lieu de culte.

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