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Au menu des clichés sur la famille russe, nous avons au choix : quelle famille russe en 2011

Quelle famille russe en 2011 ?

Au menu des clichés sur la famille russe, nous avons au choix : mariages précoces, rejet de l’homosexualité, aucune volonté de construire une famille, babouchkas laissées pour compte faisant la manche… Le 8 juillet, fête nationale de la famille en Russie, Le Courrier de Russie a décidé de poser quelques questions à des citoyens entre 25 et 35 ans : un patchwork moderne qui montre une toute autre réalité.

La scène du film "Soleil trompeur" de Nikita Mikhalkov
La scène du film « Soleil trompeur » de Nikita Mikhalkov

Le Courrier de Russie : Qu’est ce que le mariage signifie pour vous ?

Ellena, 27 ans, esthéticienne et mariée : L’harmonie, tout simplement. Mikhaïl, 31 ans, créateur dans la publicité et marié : Le mariage est une ambition : c’est un partenariat entre deux personnes, une volonté de bâtir un futur commun.
Svetlana, 27 ans, ingénieur : Cette question est une impasse pour moi ! Peut-être parce que je suis seule… Youlia, 31 ans, vendeuse de pub internet et mariée : C’est une série d’actions communes pour la création d’une force unique.
Grigory, 31 ans, libraire, peintre et sculpteur : Le mariage tire les gens en arrière. C’est un piège…Etymologiquement, ça parle de soi [ l’homonyme du mot russe Brak pour dire mariage signifie vice de fabrication, malfaçon, ndlr]. Armen, 28 ans, financier : C’est l’essentiel dans la vie.
Alexeï et Ekaterina, mariés, un enfant : Le mariage, c’est les enfants. Lena, 32 ans, chef de projet artistique : C’est un grand voyage vers la même destination.

LCDR : Prendrez-vous vos parents sous votre toit lorsqu’ils seront trop âgés pour vivre isolés ?

Ellena : Je pense que je m’arrangerai pour vivre près d’eux, mais pas avec : les appartements ici sont trop petits. Mikhaïl : Si les conditions le permettent, bien sûr, la question ne se pose même pas.
Svetlana : Oui, sans hésitation. Youlia : Oui, c’est mon rêve. Dès que je pourrai, je le ferai.
Grigory : La vie est imprévisible et je ne suis pas entièrement convaincu que mes parents vont vivre aussi longtemps que moi…mais si je le peux, et que je ne meurs pas avant, pourquoi pas… Armen  : Je gagne bien ma vie, je vis déjà avec eux. Et ce depuis toujours, en fait.
Alexeï et Ekaterina : Ils sont déjà sous notre toit. Lena : Bien sûr. J’ai vécu avec mon grand-père, je ne me pose même pas la question, c’est absolument naturel.

LCDR : Combien d’enfants voulez-vous, ou avez-vous ?

Ellena : J’en ai un déjà. J’en veux un deuxième, bien sûr. Mikhaïl : Au minimum deux…au maximum ? Je n’ai pas de maximum !
Svetlana : J’en veux deux, j’ai souffert d’être fille unique. Youlia : J’en veux trois…mais à 31 ans, je n’ai toujours pas les moyens de commencer à construire une famille…
Grigory : Les enfants me fatiguent. Je n’en veux pas, j’aime le silence et la solitude. Armen : J’en veux trois…non, quatre.
Alexeï et Ekaterina : Encore un. Lena : Deux, au moins.

LCDR : Que pensez-vous du mariage homosexuel ?

Ellena : Tant que les gens s’aiment, je suis pour. Je ne vois pas pourquoi ce serait un problème. Mikhaïl : Si on prend le mariage comme une forme de partenariat, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas ouvert à tous. Si on le voit comme une tradition, c’est différent. Il faut savoir avant tout si le mariage est une institution sociale qui ouvre uniquement l’accès à des droits civils : si c’est le cas, tout le monde peut se marier. A l’Eglise de décider ensuite quand elle accepte, au cas par cas, d’unir deux personnes ou pas.
Svetlana : Tout le monde fait ses propres choix… Je suis ni pour ni contre, ça m’est complètement égal. Youlia : C’est tout à fait normal. J’ai des amis homosexuels qui vivaient en couple, tout me paraissait naturel dans leur vie à deux : il ne leur manquait que le mariage !
Grigory : Etre pour ou contre, finalement, c’est très artificiel. Pour moi le mariage est une polarité. Si les homos veulent avoir les mêmes droits, je ne suis pas forcément pour…mais s’ils souhaitent juste s’unir, pourquoi pas ? La situation est différente ici : l’Europe est prête à voir ces changements opérer, alors que nous, nous sommes des barbares…L’église rejette tout cela. Armen : Par principe, je ne m’y intéresse pas vraiment. Si les gens s’aiment, je ne vois pas où est le problème.
Alexeï et Ekaterina : La nature a fait l’homme et la femme pour qu’ils se complètent. Mais si d’autres personnes agissent autrement, ça nous est égal. Lena : Ce qui est pire, c’est deux hétéros mariés qui ne s’aiment pas, non ?

Le cadre du film "Soleil trompeur" de Nikita Mikhalkov

LCDR : Qu’est-ce qui est en essentiel dans la famille ?

Ellena : L’estime de l’autre, et la compréhension. Mikhaïl : La compréhension mutuelle et le don de soi.
Svetlana : L’estime. Youlia : La confiance.
Grigory : La famille, c’est la capacité de survivre ensemble, de cohabiter alors que nous sommes des êtres parfois complètement différents. Armen : La compréhension mutuelle…la famille est un compromis.
Alexeï et Ekaterina : La compréhension mutuelle. Lena : L’estime.

LCDR : Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Ellena : L’estime, encore… la tolérance. Mikhaïl : Je voudrais que mes enfants puissent se réjouir de petites choses. Je veux leur enseigner le don de soi désintéressé.
Svetlana : Je n’en sais rien…je veux juste qu’ils soient bons. Youlia : L’estime de l’autre, même de celui qui est pire que toi.
Grigory : Je serai un père despotique. Je pense que je leur enseignerai l’Antiquité. Je les gâterai tout en étant extrêmement exigeant. Armen : Je veux leur montrer qu’ils peuvent choisir la vie qu’ils souhaitent : je ne veux pas leur imposer quoi que ce soit.
Alexeï et Ekaterina : On veut qu’ils soient à l’abri du besoin…qu’ils aient accès à la culture étrangère. Lena : Je souhaite qu’ils comprennent d’eux-mêmes les valeurs que l’on m’a inculpées petite.

Propos recueillis par Nina Fasciaux