Dmitriï Rogozine : « J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi »

Dmitriï Rogozine : « J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi »

Dmitriï Rogozine, représentant de la Russie auprès de l’OTAN, a la réputation d’être – pour rester poli – un perturbateur. Parole franche et attitudes rustres, on imagine l’homme inaccessible, entouré de gardes du corps et cloîtré derrière une porte blindée du siège de l’Alliance. Eh bien, non. Rogozine confie ne pas supporter les gardes du corps, préférer sa moto aux limousines de fonction et écouter de la balalaïka à ses heures perdues. Il réside à Bruxelles, quartier chic et élégante villa à l’ombre des acacias où nous venons l’interviewer sur la complexité des relations Russie-OTAN.

Dmitriï Rogozine : « J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi »

Le Courrier de Russie : Il y a deux ans, la Russie envoyait ses troupes sur le territoire géorgien et reconnaissait l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Qu’auriez-vous fait si vous aviez été, lors du déclenchement du conflit, aux commandes du pays ?

Dmitriï Rogozine : J’aurais sans doute envoyé nos troupes prendre Tbilissi et fait déférer Saakachvili devant un tribunal. Heureusement, nos dirigeants se sont révélés plus intelligents que les diplomates dans mon genre ! Ils ont préféré la mesure à la vengeance. Qui est un plat qui se mange froid, dit-on. Un peu comme le gaspacho. Personnellement, je préfère le borchtch…

Saakachvili ne s’est pas contenté d’attaquer l’Ossétie du Sud : il a également fait tirer sur des soldats russes chargés du maintien de la paix. Nous étions contraints de réagir, sans délai et de façon implacable. L’Occident porte aussi sa part de responsabilité dans le déclenchement de ce conflit. Il a encouragé Saakachvili dans ses manigances à l’intérieur, lui faisant miroiter une rapide intégration de la Géorgie à l’OTAN. Fort du soutien occidental, Saakachvili avait les coudées franches pour frapper la Russie.

LCDR : Vous êtes représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN. Quelle stratégie adoptez-vous dans les négociations avec l’Alliance ?

D.R. : Imaginez la situation. Vous êtes une dame et vous vous retrouvez face à un homme qui semble vouloir abuser de vous... Comment l’en empêcher ? Une des possibilités est de l’inviter à danser, et de faire durer la danse aussi longtemps que possible. C’est ce que la Russie est contrainte de faire avec l’OTAN, et c’est la stratégie que j’adopte dans mon activité professionnelle.

Il faut convenir que l’OTAN fait preuve,

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Daria Gissot

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