Peredelkino, le paradis perdu

Le village de Peredelkino est, depuis quelques années, l’arène d’une lutte foncière acharnée. D’un coté, les locataires de parcelles mises à la disposition des écrivains par l’État dans la plus pure tradition soviétique. De l’autre, toute une série de nouveaux venus, entrepreneurs et promoteurs, friands de ces espaces luxuriants, à un jet de pierre de la capitale. Au milieu, la direction du « Litfond »¹, qui, au lieu de défendre les intérêts des premiers, ferait du commerce avec les seconds.

« Il faut sauver Peredelkino de la plus grande plaie de notre temps, la corruption. C’est du pillage organisé et cautionné par le pouvoir », s’emporte Yuri Goldin. Cet ancien pilote de chasse, la quatre-vingtaine fringante et infatigable, connaît comme personne tous les sentiers du « poumon culturel et naturel de Moscou ». En 1950, il devient le directeur technique du « village des écrivains » ( « писательский городок ») et déclare fièrement avoir participé à l’aménagement du coin, de l’électrification aux canalisations. Mais l’heure est grave. Bien qu’il ait été déchargé récemment de ses fonctions, et qu’il n’ait pas, lui, de datcha à Peredelkino, Goldin prend allègrement l’elektrichka² en ce dimanche ensoleillé. Il doit présider un meeting d’écrivains qu’il a organisé pour dénoncer  « la mainmise criminelle » de « bandits » sur les terres de Peredelkino.

À six kilomètres à peine de Moscou,

[…]

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Veronika Dorman

Dernières nouvelles de la Russie

Gens

Irina Lebedeva, le pouvoir au féminin

Les bureaux de la direction de la galerie Tretiakov sont imposants, musée national de premier rang oblige. Lustres aveuglants, plafonds encombrés de moulures et lourdes draperies aux fenêtres. Les visiteurs patientent dans un canapé de cuir sans fond, la secrétaire feuillette nonchalamment un magazine en décrochant le téléphone une fois sur deux. Des pas décidés dans le couloir, la porte vole, grand ouverte. Irina Lebedeva arrive en fulminant. « J’ai dû quitter la réunion au moment où les passions se déchaînaient ! » Il n’y a rien dont elle semble avoir moins besoin, en cet instant, que d’une énième interview. J’hésite presque à prendre congé tant elle me paraît peu disposée à faire la causette, alors qu’elle a un musée sur le feu. Elle s’assoit, bien droite, dans son imposant fauteuil de directrice. Élégante, pâle, légèrement cernée, la femme autoritaire et irritée qui vient de claquer la porte de son bureau derrière moi a l’air tout à coup fragile et fatiguée. D’une voix claire, en esquissant un sourire, elle se soumet à l’exercice.Irina Lebedeva est née à Rostov en 1956, d’un père militaire, passionné d’histoire et d’art. « C’est à lui que je dois d’être devenue historienne de l’art », explique-t-elle fièrement. Accrochée à sa main et pendue à ses lèvres, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 septembre 2009
Gens

Prophète en son pays ?

Pour l’anniversaire de la mort d’Alexandre Soljenitsyne (le 4 août 2008), le Premier ministre Vladimir Poutine s’est fendu d’un généreux présent. Il a décidé d’intégrer la lecture obligatoire d’extraits de L’Archipel du Goulag dans les programmes scolaires. Nonobstant les doutes de Madame Soljenitsyne, qui n’a pas su dissimuler sa réticence à faire « la propagande » de l’œuvre de son défunt époux.Indéniablement, Alexandre Soljenitsyne, et son œuvre, méritent une place de choix dans le panthéon russe, tant littéraire qu’historique. Et bien sûr qu’il faut se réjouir qu’après les décennies d’interdit puis d’indifférence, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 septembre 2009
Société

Permis de détruire

Les autorités municipales moscovites ont élaboré un plan d’urbanisme général, le « Guenplan », pour 2025. Toute la ville, du centre à la périphérie la plus éloignée, devrait être touchée en profondeur, mais de manière inégale. Et souvent menaçante pour les premiers concernés, les Moscovites. Le journaliste de Kommersant et expert en urbanisme Grigori Revzine aborde ce sujet complexe et épineux. Le Courrier de Russie : Ce Guenplan, de quoi s’agit-il au juste ? Grigori Revzine : C’est un programme de développement de la ville de Moscou pour 2025. En théorie, il s’agit de définir les zones de réorganisation, construction ou reconstruction, à l’échelle de chaque quartier. Le code d’urbanisme moscovite stipule qu’un tel plan ne peut être adopté qu’une fois approuvé par les riverains. La Ville a donc organisé une exposition et une audition. Pendant deux semaines au mois d’août, les Moscovites ont été invités à se rendre dans l’un des 125 conseils de quartier pour découvrir ce qui les attendait. Des cartes y étaient exposées, présentant le programme en fonction des diverses composantes urbaines : densité de peuplement, hauteur des immeubles, écologie, transports, plans d’eau le cas échéant. Sur les 9 millions d’habitants de la capitale, seulement 30 000 se sont déplacés, soit 0,3 %. Parmi eux, selon les données officielles, 97 % ont approuvé le plan dans son ensemble. On ne sait pas encore quelles remarques les Moscovites ont glissées dans les boites prévues à cet effet. Ce qui est certain, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 septembre 2009