Rencontre avec Patrice Gélard, président du groupe France-Russie au Sénat

Patrice Gélard : « Les Russes font des efforts pour enseigner le français, pourquoi n’en faisons-nous pas autant ? »

Dans la célèbre salle des conférences du Sénat, où tout n’est que luxe, dorures et miroirs, Patrice Gélard (sénateur UMP Seine-Maritime) évolue avec un naturel étonnant. Vivant – bon vivant – plaisantin et plein d’anecdotes puis, tout à coup, sérieux lorsque l’on aborde des questions graves, il conte son expérience de la Russie, longue de quarante ans, et ses combats d’aujourd’hui.

« J’ai choisi cette spécialité parce que rien ne change », avait-il pour habitude de dire, en plaisantant, à ses étudiants. Professeur de droit soviétique à l’Institut de droit comparé pendant près de quarante ans, il n’a, en effet, affaire qu’à une ou deux nouvelles lois par an, qui ne bouleversent que peu de chose… Il fera pourtant partie de ceux qui mettront la main à la pâte lors de la naissance de nouveaux états, sortis de l’antre de l’ex-URSS. Consulté par Gorbatchev pour l’une des révisions constitutionnelles en Russie, Patrice Gélard est également l’un des pères de la constitution du Kazakhstan. Rôle auquel, sans le savoir, il se préparait déjà en 1956 lorsqu’il entrait aux Langues’O pour apprendre le russe – mû par son amour pour la musique de Chostakovitch –, faisait du droit et soutenait deux thèses : sur l’évolution juridique du régime des kolkhozes et sur les organisations de masse en URSS. « A l’époque, il n’était pas facile de se rendre en URSS : on m’avait dit qu’il fallait appartenir aux jeunesses musicales de France, aux jeunesses communistes, ou aux jeunesses radicales. J’étais membre des jeunesses radicales, et pourtant, on m’a affirmé qu’il n’y avait plus de places pour le voyage en Russie… » Il devient alors l’assistant de Michel Lesage, professeur de droit russe, avec lequel il continuera à travailler pendant près de cinquante ans, jusqu’à la mort de ce dernier. Suivent les premières missions en Russie, mais aussi en Ouzbékistan et en Géorgie… « Tous ceux qui se sont occupés de la Russie ont été mes étudiants ! », s’exclame-t-il, tel un heureux père de famille nombreuse.

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Propos recueillis par Daria Moudrolioubova

Dernières nouvelles de la Russie

Carrière

Yves Zlotowski : « La Russie a prouvé sa capacité à gérer une crise »

Économiste en chef du département risque pays¹ et études économiques chez Coface (Compagnie Française d’Assurance pour le Commerce Extérieur), Yves Zlotowski se penche depuis longtemps sur le cas de la Russie. Il explique pourquoi la Russie a été l’un des pays les plus durement touchés par la crise et comment le manque de transparence et la faiblesse du cadre légal peuvent aggraver la situation économique russe.Le Courrier de Russie : En 2008, vous prédisiez la crise actuelle : vous aviez, en effet, parlé de pics d’impayés des entreprises arrivant tous les 10 ans, et dont le dernier avait eu lieu en 2001. À l’époque pourtant, vous n’aviez pas prévu l’étendue de cette crise. Pourquoi le pic d’impayés s’est-il révélé plus grave cette fois-ci, notamment en Russie ? Yves Zlotowski : Nous avons toujours été prudents dans notre notation du risque sur les entreprises russes : Coface évalue le risque de crédit des entreprises, et des éléments tels que la croissance ou le taux de change peuvent avoir de l’influence sur le comportement de paiement des entreprises. Concernant la Russie, nous avons toujours considéré que ce risque y était un peu plus élevé que dans les autres pays BRIC², notamment pour des raisons liées à la transparence des entreprises. Le deuxième aspect, c’est le cycle d’augmentation de l’endettement des entreprises qui a commencé dès 2003-2004. La Russie est le pays émergent où l’endettement extérieur privé a le plus augmenté. La plupart des observateurs se sont focalisés sur le désendettement de l’État russe, ne prêtant guère d’attention à l’explosion de l’endettement privé. En revanche, personne n’avait imaginé que la récession russe soit aussi forte. Donc, non seulement la note de la Russie avant la crise n’était pas excellente (elle était notée B), mais la situation a été encore aggravée par l’endettement accru des entreprises et la violence du choc de croissance. LCDR : Pourquoi les entreprises russes se sont-elles endettées à ce point ? […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

28 mai 2010
Culture

Les Ballets Russes : cent ans après

Un siècle s’est écoulé, et les Ballets Russes sont devenus une légende, le symbole d’une époque unique dans l’histoire de l’art. En 2009, année du centenaire de la naissance de la troupe, pas un opéra en Europe ne se passera de reprendre l’une de créations des Ballets Russes. Et pourtant, rien ne semblait gagné pour ces Russes culottés qui, en avril 1909, parés de leurs plus belles toilettes et se sentant quand même bien provinciaux, débarquaient à la Gare du Nord… « Et les Ballets Russes ! Tout Montparnasse et tout le Faubourg se rendent au Châtelet. On donne Parade – ballet cubiste. Et faire l’amour dans les loges durant Parade est du dernier cri. Cette lumière crue, cette musique directe, sans fioritures, portent droit au… cœur. Et c’est la folie dans les loges (…) Donc tandis qu’on se bat sur le front, pour l’Alsace, on se cogne au Châtelet, pour ou contre Parade – quand on n’y fait pas l’amour. Le cubisme l’emportera-t-il ? », s’indigne le critique Michel Georges-Michel. On est en 1917, et le nouveau ballet de Diaghilev, Parade, met en état d’ébullition ce monde parisien où le scandale au Châtelet importe plus que Verdun. Loin d’être une simple provocation, Parade – co-créé par Erik Satie, Jean Cocteau, Pablo Picasso et Léonide Massine – marquera la mort de la Belle Époque et le début du nouveau siècle. Parmi les 67 ballets créés par la troupe de Diaghilev en vingt ans, plusieurs ont, en une soirée, propulsé des années en avant l’art de la danse – et, bientôt, les critiques clamaient : « Un printemps n’est pas un printemps sans les Ballets Russes ». Comment les Russes « sauvages » ont-ils pu se faire une telle place sur la scène parisienne et, qui plus est, dans une discipline dont les Français n’étaient point friands ?Paris conquise par les barbares « Il ne faut pas oublier qu’à l’époque de la mise en scène de Boris¹ à Paris, nous étions pour les Parisiens des sauvages, puis nous sommes devenus sauvages et raffinés, et il a fallu vingt ans de travail pour pouvoir occuper une place égale à la leur », précisait Diaghilev. Et c’est précisément, d’ailleurs, en exploitant cette image d’un pays sauvage que Diaghilev a réussi à s’imposer pendant les premières années de son aventure parisienne. Bien que Diaghilev ait toujours vécu dans le présent sans prévoir ce qu’il ferait le mois prochain, il a méticuleusement préparé l’avènement des Ballets Russes : il commença par organiser, en éclaireur, une exposition de peintures et de sculptures contemporaines au Salon d’automne de Paris en 1906 ; puis une série de concerts d’airs d’opéras russes l’année suivante ; et, enfin, il monta Boris Godounov avec Chaliapine, en 1908, à l’Opéra de Paris. Le succès qu’il obtint l’assura que l’intérêt du public français pour la culture russe pourrait durer plus d’une saison. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 septembre 2009
Littérature

Péchés de jeunesse

La vie d’un jeune provincial, un temps soldat en Tchétchénie, un temps commis boulanger, videur dans une boîte de nuit ou croque-mort… et toujours poète – se déroule sur les pages du Péché, roman en nouvelles de Zakhar Prilepine, lauréat du prix Bestseller 2008 en Russie. À travers les récits – qui viennent en désordre, tels des flashs de mémoire – on suit le héros qui s’attendrit devant des chiots errants, picole, regarde les bourgeons éclore sur les arbres et admire les jeunes filles. Mais la trame submergée des nouvelles est toute autre : dans chacune d’entre elles, la vie fait face à la mort, et ce n’est que dans l’espace de tension entre ces deux pôles que le personnage parvient à se sentir vivant. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 juillet 2009

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