« La Horde, c’est nous, les Tatars », m’annonce fièrement Ilnur Mirgaliev, chercheur à l’Académie des Sciences du Tatarstan.

Pourquoi la horde ?

Kazan, c’est une parure couverte de perles et trouée aux endroits les plus inattendus. Ses rues piétonnes se noient dans le sable, ses avenues butent sur le gravier. Là où la carte promet une mosquée, on trouve un terrain vague. Les arrêts de bus disparaissent sous la végétation, les tours se penchent, les terres se crispent. Cet espace mouvant abrite le dernier renfort de la Horde d’Or, l’apanage des enfants de Gengis khan qui ont dominé les Russes pendant près de 250 ans. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Mais les descendants des nomades en conservent, vivante, la mémoire. « La Horde, c’est nous, les Tatars », m’annonce fièrement Ilnur Mirgaliev, chercheur à l’Académie des Sciences du Tatarstan.

Fantaisies tatares. Pourquoi la horde ?Fantaisies tatares. Pourquoi la horde ?

Ses ancêtres – cavaliers turcs sans toit ni loi – ont conquis, sous les drapeaux des khans mongols, les territoires s’étendant du lac Baïkal à la mer Blanche. Se fondant aux tribus locales, ils ont donné naissance aux Tatars, deuxième plus grand peuple de Russie, vivant en majorité en Sibérie et le long de la Volga. C’est sur ses berges boisées que le khan Batou avait fait édifier, en 1243, Saraï, capitale de la Horde d’Or. La ville a existé pendant plus de 300 ans et, tout au long de son histoire, impressionné les voyageurs par ses maisons disposant de salles d’eau, son industrie joaillière ou ses femmes musulmanes qui ne couvraient pas leur visage et participaient, au même titre que les hommes, à la vie politique et commerciale.

La Horde se développe rapidement et l’on voit apparaître, autour de Saraï, une multitude de nouvelles bourgades. « C’est sur les ruines de ces villages qu’ont été construites, plus tard, Samara et Saratov, explique Ilnur Mirgaliev. Et ce sont les ossements des habitants de Saraï que Pierre le Grand a utilisés pour fabriquer sa poudre à canon, ajoute-t-il avec tristesse. Les vestiges de l’empire mongol ont ainsi forgé la puissance de l’empire russe ». Mais il faudra pour cela attendre le XVIIIe siècle. Entre 1237 et 1242, ce sont les villes russes qui se livrent aux envahisseurs « aux visages affreux », comme le relatent les chroniques du temps.

Après une courte période de résistance, la Rous s’incline devant les Mongols. Pourtant, elle n’est pas incorporée à la Horde, mais « devient sa colonie », précise Vadim Letov, directeur adjoint du musée d’histoire. Les khans imposent aux Russes de lourds tributs et un service militaire. Ceux qui refusent de se soumettre sont réduits en esclavage. « Les villes de la Horde ont été édifiées par des esclaves russes, avec des moyens confisqués à la population russe », explique Letov. Après avoir dirigé pendant trente ans les fouilles à l’emplacement de Saraï, cet archéologue de 70 ans confie avoir retrouvé des lieux d’habitation de travailleurs originaires de Moscou et de Souzdal. « Nous y avons découvert des croix orthodoxes et des débris d’une vaisselle très modeste utilisée seulement pas les Russes. Ils ne voulaient pas se nourrir dans les plats tatars, pourtant bien plus sophistiqués, car ils les considéraient comme impurs. »

Sous la horde

Les boyards ne s’empressent pas de défendre les humbles.

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Inna Doulkina

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Arythmie : à voir pendant la Semaine du cinéma russe à Paris

La Semaine du cinéma russe vient d’ouvrir à Paris. Si vous n’aviez qu’un film à voir, optez pour Arythmie. Le réalisateur, Boris Khlebnikov, a réussi à faire un film dont les Russes parlent dans les cafés et aux arrêts de bus, qui les fait applaudir à l’issue de la séance et quitter la salle en pleurant. Arythmie est un film fidèle, juste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui et ceux qui l’habitent. Un film dans lequel les Russes se reconnaissent et se disent : « Ça parle de nous ! » Au centre du récit : un jeune ambulancier. Tous les jours, Oleg va secourir chez elles des personnes ayant composé le 103. Ce numéro qu’en Russie, on appelle quand on a soudain mal, que l’on subit un traumatisme, une douleur aïgue – quand on a besoin d’aide ici et maintenant. Alors, une équipe d’ambulanciers vient chez vous, vous fournit les premiers secours et vous emmène à l’hôpital si besoin. Ce système de « Secours rapide » (Skoraïa Pomoch) a été créé en URSS en 1926. Sauf qu’il subit depuis quelques années des coupes budgétaires drastiques, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

9 novembre 2017
Opinions

Que reste-t-il de 1917 ?

Le centenaire de la révolution, en Russie, est tout sauf une grande fête. Certes, quelques indécrottables communistes défileront en brandissant des portraits de Lénine dans des rues portant son nom – chaque ville et village de Russie en comptant au moins une. Mais c’est tout. Le temps des parades et des festivités collectives est révolu. Voici douze ans déjà que le 7 novembre, jour anniversaire de la révolution, n’est plus férié en Russie. Le pouvoir semble tout faire pour zapper la date, passer au-dessus le plus vite possible – et tourner la page. Et c’est vrai que la date est gênante. Et qu’aujourd’hui, dans les hautes sphères, on ne sait trop qu’en faire. Même le plus grand musée russe, la galerie Tretiakov, a préféré s’abstenir de formuler une lecture claire de la révolution. L’exposition consacrée au centenaire de l’événement frappe par son absence de tranchant. La galerie s’est contentée d’aligner des œuvres peintes en 1917 par des artistes de différents mouvements – images de vie très éloignées des bouleversements historiques. Tout dernier instant de calme avant la tempête. Intéressant à observer mais n’offrant aucune clé pour la compréhension : que s’est-il vraiment passé en Russie en 1917 ? La révolution, en définitive, a-t-elle apporté plus de bien ou de mal au peuple russe ? A-t-elle été, pour l’humanité, un fléau ou une providence ? Que reste-t-il à retenir de cet événement décisif de l’histoire mondiale ? Faut-il le regretter ou saluer son avènement ? Toutes questions qui demeurent sans réponse pour les Russes aujourd’hui. Dans les sondages, seuls 11% d’entre eux déclarent considérer la révolution de 1917 de façon positive. 25% la qualifient d’injustifiable, et 57% n’ont pas d’avis définitif sur la question. Le pouvoir se garde bien, lui aussi, d’interpréter de façon précise les événements d’Octobre. Certes, l’événement est trop massif, trop important, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 novembre 2017
Culture

« Notre mission est la promotion de la littérature russe à l’étranger »

Depuis cinq ans déjà, la Russie soutient activement la traduction des auteurs russes en langues étrangères. Plus de 40 romans, nouvelles et essais ont déjà été publiés en français avec le concours de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Son directeur, Evgueni Reznitchenko, explique au Courrier de Russie comment l’institut sélectionne les projets qu’il soutient, et en quoi publier un jeune auteur peut être plus intéressant pour une maison d’édition qu’un grand nom. Le Courrier de Russie : Sur quoi travaille l’Institut de la traduction ? Evgueni Reznitchenko : Notre mission première est la promotion de la littérature russe contemporaine à l’étranger. Si nos classiques sont assez largement traduits, les auteurs actuels restent souvent méconnus dans les autres pays – et nous œuvrons à y remédier. Notamment en organisant, partout dans le monde, des manifestations visant à faire connaître la littérature russe contemporaine, mais aussi en soutenant des traducteurs et des éditeurs étrangers qui publient des auteurs russes. LCDR : L’Union soviétique avait un important programme de soutien aux traducteurs. Peut-on dire que vous vous inscrivez dans la même lignée ? E.R. : Oui et non. À l’époque soviétique, l’État embauchait des traducteurs étrangers, les faisait venir et travailler en URSS, puis publiait les ouvrages traduits et les envoyait de par le monde, aux sièges des partis communistes, qui devaient se charger de les distribuer. Mais en réalité, on ne sait pas ce qu’il est advenu de la plupart de ces milliers de livres. Aujourd’hui, nous travaillons tout à fait différemment : la Russie conclut avec des éditions étrangères des partenariats afin de mener des projets communs. Et chacun met la main à la pâte : nous finançons la traduction, et l’éditeur se charge d’assurer la publication et la promotion. Nous ne sommes plus la seule partie intéressée, comme autrefois. Dans la répartition des tâches actuelle, tous s’investissent, et chacun sort gagnant. LCDR : Comment sélectionnez-vous les projets à soutenir ? E.R. : Chaque année, entre le 1er octobre et le 31 décembre, des éditeurs du monde entier nous soumettent leurs intentions de publier des œuvres d’auteurs russes. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 octobre 2017