Le Courrier de Russie

Kazan Antipolis

À Kazan, l’interphone de votre immeuble vous donne les dernières nouvelles de la journée, les chauffeurs de bus annoncent les arrêts en anglais et votre téléphone portable vous suggère gentiment le restaurant halal le plus proche. Dans la capitale du Tatarstan, un jeune sur deux travaille dans le secteur des nouvelles technologies de l’information. Attirés par un climat d’affaires particulièrement clément, ils affluent à Kazan de toute la Russie pour transformer la ville en un vaste terrain d’expérimentation pour les nouvelles technologies. Reportage de Kommersant Dengui.

« Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de me farfouiller là-dedans ?! » : Olessya Baltoussova me lâche brusquement, au beau milieu de la rue Rakhmatoullina, dans le centre de Kazan – elle se faufile par une brèche de la palissade la plus proche et découvre, sur le territoire d’un monument historique, une pelleteuse en plein travail. Elle sort son téléphone. Olessya est une légende à Kazan. Blogueuse et journaliste, elle s’est fait une réputation au moment où les grands travaux ont commencé à transformer la capitale du Tatarstan en ce paradis pour entreprises innovantes qu’elle est aujourd’hui. Olessya s’est alors lancée dans la défense du patrimoine historique, écrivant en 2011 une lettre au président tatare, Roustam Minnikhanov, pour lui proposer une visite guidée de Kazan : afin qu’il sache quels monuments étaient menacés. Plus tard, Minnikhanov, dans une interview, a confié que son entourage, sur le moment, l’avait prévenu : « Elle est folle, n’y allez pas. » Mais il a fait la visite guidée – et depuis, Olessya est son adjointe.

« C’est bon, c’est Beeline qui installe une ligne, tout va bien », se justifie une voix dans le téléphone d’Olessya. Elle examine méticuleusement tout le territoire alentour, puis nous repartons.

« Dans le centre, ils n’arrêtent pas de vouloir construire des tours en verre, des immeubles de bureaux. Je leur demande à chaque fois : mais pourquoi vous construisez encore des bureaux ?, s’emporte Olessya. Des bureaux, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le soir, tout le monde s’en va, les portes sont fermées à clé, il reste à peine quelques lampes allumées… c’est inhabité, et ça fait froid dans le dos. Mais aujourd’hui, toutes les entreprises veulent avoir leurs bureaux dans le centre. Avec les places de parking, c’est la catastrophe, toutes les rues sont encombrées – mais non, tout le monde veut quand même s’installer dans le centre. Et à cause de ça, le centre de Kazan ne vit plus : alors qu’il faut de la vie dans une ville – de la lumière aux fenêtres, des chats qui se baladent, du linge qui sèche, des gens assis sur les bancs… »

Le parc des communications

L’époque où le linge séchait dans les rues de Kazan est loin derrière : un programme de destruction des logements vétustes du centre a été lancé dès le milieu des années 1990. Ensuite, en 2005, Kazan a fêté son millénaire ; et enfin, tout ce qui restait des immeubles anciens a été liquidé au nom de l’Universiade 2013. […]