Le Courrier de Russie

Dans les ateliers d’une usine IKEA en Russie : « Tu veux de l’argent ? Bosse comme un âne ! »

Magasin IKEA à Khimki, dans la région de Moscou. Crédits : Pavel Golovkin / TASS

Comment vit le petit village de Krasnaïa Poliana, qui abrite, dans la région de Kirov, l’une des quatre usines d’IKEA en Russie ? La revue en ligne russe The Village a demandé aux habitants, sur place, en quoi l’arrivée du géant suédois avait changé leur vie.

Le principal site touristique du village de Krasnaïa Poliana, perdu dans les forêts de la région de Kirov à 200 km de Kazan, est son usine Ikea Industry Viatka. Difficile de la rater : la route du village conduit tout droit aux portes de la fabrique. Près de l’entrée, plusieurs bicyclettes sont rangées dans un garage à vélos. On semble largement apprécier ce moyen de transport, dans le coin. À Krasnaïa Poliana, ce n’est pas la mode qui dicte la façon de se déplacer, mais les conditions de vie : pédaler coûte moins cher qu’acheter de l’essence.

La sous-division Ikea Industry compte 43 usines, situées dans 11 pays. Dont quatre en Russie : dans le village de Essipovo, en région de Moscou ; dans la ville de Tikhvine, près de Saint-Pétersbourg ; dans le village de Podberezie, en région de Novgorod ; et à Krasnaïa Poliana. Ikea n’a pas construit l’usine de Krasnaïa Poliana, mais l’a rachetée à une entreprise russe déjà existante, Domostroïtel, avant de la transformer.

Une usine en pleine cambrousse

Comme de nombreuses entreprises du pays, Domostroïtel devait sa naissance à la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, le pouvoir, pour assurer le logement de la population, avait ordonné la création de vingt combinats de construction. Et c’est l’un de ces sites qui a ouvert, en 1948, dans le village de Krasnaïa Poliana. Le combinat produisait principalement des maisons modulaires pour les membres des expéditions polaires. Lors de la chute de l’URSS, à l’usine, comprenant qu’on n’irait pas bien loin avec la seule vente de ces maisons, on a ouvert de nouvelles lignes de fabrication de meubles.

Les premiers articles destinés à la marque suédoise – des palettes – sont sortis des ateliers de Domostroïtel en 1994. Depuis, la collaboration entre l’usine et le groupe scandinave n’a cessé de s’intensifier, jusqu’à ce qu’Ikea finisse par racheter toutes les actions de Domostroïtel, en 2009, et nomme à sa tête Sviatoslav Sarson.

Avant le rachat, Domostroïtel avait connu quelques années de déficit. « Ikea a couvert avec des crédits ces pertes générées par l’usine au cours des années passées », explique Sviatoslav. Mais face à l’arrivée de la crise économique, Ikea a décidé de ne plus créditer l’usine.

Sviatoslav Sarson se souvient combien il a été difficile de convaincre les dirigeants du siège que le groupe avait besoin de l’usine. C’est finalement Peter Björnsson, membre du conseil d’administration d’Ikea qui travaillait à Krasnaïa Poliana, qui y est parvenu. Avec Sarson, ils ont présenté au siège un programme de développement de l’usine, qui a persuadé Ikea de continuer de travailler avec elle.

Grands changements

Pourtant, la route vers l’avenir radieux a commencé par des mesures d’austérité. En premier lieu, le nouveau directeur s’est penché, avec l’équipe du combinat, sur la production. Autrefois, l’usine recevait les rondins de bois à l’entrée, en faisait des planches sur des machines datant des années 1960, puis le bois était travaillé et transformé en meubles. Mais les comptes ont montré que la fabrication de ce bois coûtait si cher qu’il était plus avantageux d’acheter des planches toutes prêtes à des fournisseurs extérieurs.

La scierie a donc finalement été fermée. Les matériaux n’ont pas été épargnés par le changement. Alors que le combinat travaillait autrefois avec du pin et du bouleau, on a décidé, en 2009, de se limiter au pin. Ikea Industry Viatka s’est alors concentrée sur des produits plus rentables : les meubles en bois massif.

L’usine a lancé la gamme de tables à rallonges Sturnes, […]