Le Courrier de Russie

Rostov : histoires de quartier

Quels problèmes les villes russes rencontrent-elles dans leur développement ? L’urbaniste Sviatoslav Mourounov, en visite à Rostov-sur-le-Don, a été interviewé sur le sujet par des journalistes locaux.

Rousskaïa Planeta : Vous avez fait des recherches sur de nombreuses villes russes. À quelles conclusions êtes-vous parvenu ?

Sviatoslav Mourounov : Nous avons identifié quatre forces qui exercent une influence sur la ville. Il s’agit des autorités, des grandes entreprises industrielles, des PME et des habitants. Nous avons interrogé les représentants de ces groupes et constaté que chacun d’entre eux agit sur la ville sans aucune interaction avec les autres. À la question de savoir si elles exercent une influence sur le développement de la ville, les grosses entreprises nous ont toutes répondu par la négative. Les PME, en revanche, ont considérablement modifié l’espace urbain au cours des 20 dernières années, notamment en construisant des centres commerciaux et de nouveaux quartiers résidentiels. Mais c’est le bénéfice qui les intéresse en premier lieu, et c’est pour en obtenir un maximum qu’elles modifient la ville. Les toutes petites entreprises, elles, ne s’intéressent pas au développement urbain : elles sont dans une optique de survie. Quant aux autorités, elles ont un seul objectif : demeurer au pouvoir le plus longtemps possible.

En analysant ces éléments, on comprend mieux pourquoi les villes russes rencontrent autant de problèmes dans leur développement : personne ne veut aborder ces problèmes globalement ni les résoudre dans leur complexité. Pourtant, la situation est moins noire qu’il n’y paraît : il existe aussi des communautés informelles capables d’exercer une influence positive sur les villes. Il s’agit par exemple des mouvements d’écologistes, de cyclistes, de défenseurs des animaux. Le problème, c’est qu’elles aussi agissent toutes indépendamment les unes des autres – jamais en commun. Pour autant, leur objectif final est le même : rendre la vie meilleure dans leurs villes. Et nous estimons que ces communautés pourraient former une nouvelle « élite urbaine », qui sera en mesure d’établir un dialogue avec les autorités et les entreprises. Leur rôle est d’autant plus important que les institutions démocratiques traditionnelles fonctionnent mal en Russie. La douma municipale, par exemple, est constituée à 90 % de représentants du business, […]