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Usine de la bière à Novossibirsk.

Novossibirsk, capitale de la bière ?

Novossibirsk est proclamée non seulement capitale officieuse de la Sibérie, mais aussi capitale de la bière – et pas seulement de la Sibérie, mais peut-être de toute la mère-Russie.

« Le peuple de Novossibirsk est pourtant chouette. Des gens épatants. Mais je ne comprends pas pourquoi cette ville est championne en quantité de débits de bière et de salles de sport en même temps » s’est récemment indigné le journaliste moscovite Soloviov à l’intention de l’actuel gouverneur de Novossibirsk Vladimir Gorodetsky.

En cause, une enquête du cabinet 2GIS, selon laquelle Novossibirsk, sur 51 grandes villes russes, est celle recensant le plus grand nombre de points de vente de bière à la pression par habitant : 18 pour 100 000. Toutefois, ces données datent de l’année 2012. Depuis, la quantité de magasins de bière a presque doublé : ils sont aujourd’hui 35 pour 100 000 habitants. Il est tout à fait vraisemblable qu’une telle croissance ait été provoquée par nos remuantes autorités, qui ont interdit la vente de bière et de cigarettes dans les kiosques de rue.

Naturellement, la situation a été utilisée par les hommes d’affaires qui tiennent des points de vente au format « bière à emporter » : ils en ont presque doublé la quantité. Et comment en serait-il autrement ? C’est ça, le marché : s’il y a une demande, il y aura une offre.

Le pathos critique du journaliste moscovite est compréhensible. C’est autre chose qui ne l’est pas : pourquoi place-t-il sur un même rang, séparés par des virgules, des phénomènes aussi différents que le vol, le banditisme, les pots-de-vin, la construction sauvage, l’idiotie et la bière ? Bien sûr, certains préfèrent savourer des vins et whiskies d’élite, en remplacement du cognac français, mais le peuple, lui, dans son immense majorité, boit volontiers de la bière.

La République tchèque détient le record absolu en consommation annuelle de bière par habitant.

La bière est une boisson populaire, surtout quand elle est bonne et bon marché. Pour autant, en la matière, les Russes sont en retard à l’échelle mondiale. Les Tchèques boivent significativement plus que nous, les Allemands boivent plus, les Finlandais boivent plus – et ça va, ils vivent plus heureux que nous. Ainsi, il est peu probable qu’il faille mettre à égalité le vol avec une pinte de bière, les placer côte à côte, comme un même défaut. D’autant que Novossibirsk a une remarquable histoire de la brasserie avant la Révolution.

Essayons de nous déplacer, en pensée, cent ans en arrière. Imaginez, […]

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Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Opinions

« L’opération Successeur est impossible »

À l’occasion de la sortie de l’Empire ironique, dans lequel Gleb Pavlovski dresse le bilan de l’ère Poutine, le politologue russe, directeur de la Fondation pour l’efficacité politique, a accordé une interview à l’écrivain Dmitri Bykov pour la revue Sobesednik.ru. Extraits.Dmitri Bykov : Dans l’Empire ironique, vous écrivez que le système politique russe contemporain est capable de résister à tout, sauf au temps. Mais comment le temps peut-il intervenir ? Le cours du pétrole va-t-il brusquement s’effondrer ?Gleb Pavlovski : À vrai dire, le temps s’en est déjà mêlé. J’ai essayé d’envisager des scénarios d’effondrement de ce système, mais je n’ai rien trouvé. Parce que le système est né d’un collapse. L’effondrement a déjà eu lieu.État de guerre permanentD. B. : Donc, nous vivons une existence post mortem…G. P. : Oui. Comme dans le livre de l’écrivain polonais de science-fiction Stanislav Lem (1921-2006), la Formule Limfatera : le système prend vie quand meurt la gelée dont il est fait.Je pense que les racines du système actuel sont antérieures à Poutine. Cette destruction systématique des institutions a été entamée sous Gorbatchev ; je dirai même qu’elle était le principal contenu de l’ère Gorbatchev [à la tête de l’URSS de 1985 à 1991, ndlr], puis des deux premières années de la présidence Eltsine [premier président de la Fédération de Russie de 1991 à 1999, ndlr]. Une sorte de « liberté à tout prix ».Nous nous plaignons souvent de l’autorité excessive de l’État, alors qu’en réalité, l’État est quasi absent.D. B. : Vous admettez donc que l’URSS, quelque mauvaise qu’elle ait pu être, a été dévorée par des choses encore plus mauvaises ?G. P. : Les gens ne voulaient plus, depuis longtemps, des contraintes de l’État, tout en souhaitant en conserver les avantages et en utiliser les services. C’est comme dans un immeuble : si la toiture fuit, tout le monde est mécontent, mais quand il s’agit de se réunir pour trouver une solution, pour réparer la fuite ensemble, il n’y a plus personne… Par ce processus d’affranchissement de l’État, la Russie, en un sens, a voulu imiter l’Occident. Surtout, la population ne supportait plus l’État-maître d’école, moralisateur, de l’URSS – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.L’écrivain russe Dmitri Bykov lors d’une exposition littéraire à Moscou. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 février 2019
International

Zelensky, un clown à prendre
au sérieux

Pacifiste et fort du soutien des régions du sud-est, l’acteur de télévision Volodymyr Zelensky (entre 19 % et 24 % d’intentions de vote à moins de deux mois de la présidentielle du 31 mars prochain) pourrait représenter un concurrent sérieux pour les deux principaux candidats, le président sortant Petro Porochenko (15 %) et l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko (18 %). Le journaliste Konstantin Skorkine, du Carnegie Moscow Center, livre son analyse pour la revue Meduza – extraits.Le rôle de président idéal, honnête et droit, que Volodymyr Zelensky incarne dans la série Le Serviteur du peuple, diffusée en Ukraine depuis novembre 2015, a probablement fait beaucoup pour ouvrir au comédien les portes de la politique – et le cœur des électeurs ukrainiens. Son émission satyrique quotidienne, « Quartier du soir », où il parodie depuis plus de dix ans tous les politiciens en vue, a en outre contribué à forger son image de bouffon du roi indépendant des divers cercles du pouvoir.Toutefois, comment expliquer son impressionnante popularité et la montée en flèche de sa cote depuis l’été 2018 ?Une première explication serait liée au contexte sociologique. La société ukrainienne, de plus en plus lasse des anciennes élites, se tourne vers les populistes et autres candidats « hors système ». Le phénomène n’est pas propre à l’Ukraine : ce ras-le-bol des « laissés-pour-compte » a propulsé l’excentrique Donald Trump à la présidence des États-Unis et a transformé, en Europe, des comiques professionnels en acteurs politiques incontournables. Le « Mouvement cinq étoiles », qui a obtenu un tiers des voix aux dernières législatives italiennes, a longtemps été mené par l’humoriste satyrique Beppe Grillo, tandis que la Slovénie s’est choisi pour Premier ministre l’ancien imitateur Marjan Sarec (qui a le même âge que Volodymyr Zelensky, 41 ans).Si Volodymyr Zelensky dispose de moyens suffisants pour financer seul sa campagne, les contrats qui le lient à la chaîne du milliardaire Igor Kolomoïski le rendent vulnérable.Une seconde hypothèse consisterait à dire que le « phénomène Zelensky » est un subterfuge, un pur « coup de com’ » politique. L’homme ne serait qu’une marionnette, manipulée, en coulisse, par l’un des hommes forts du pays, le milliardaire Igor Kolomoïski, qui chercherait ainsi à perturber le déroulement de la campagne électorale et à mettre des bâtons dans les roues des deux favoris.Igor Kolomoïski. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 février 2019
Opinions

En attendant le dégel…

La Russie sort tout juste de la période des fêtes de fin d’année, qui, selon une tradition tacite, s’achève non sur l’ « Ancien Nouvel An » orthodoxe, le 13 janvier (l’Église orthodoxe suit toujours le calendrier julien), mais avec la fête de la Théophanie (Krechtchénié), le 19. Tout aussi traditionnellement, le pays sombre aussitôt dans une longue déprime hivernale, dont il ne sortira qu’au moment de Maslénitsa (un Mardi gras qui dure toute une semaine), début mars. Si cette déprime tourne, pour certains, à la dépression, les Russes savent aussi gérer leur hiver long et froid – cette fatalité – mieux qu’aucun autre peuple au monde. Dans une chronique pour la revue Gazeta.ru, le politologue Gueorgui Bovt fait l’éloge de l’hibernation.Dans notre pays, l’hiver est plus que l’hiver. C’est une attente dont on ne voit pas le bout, un transit forcé, dans un état végétatif, entre l’automne et le printemps. Le moment où, emmitouflé et ployant sous le vent glacé, on repousse tout ce qu’on peut – au printemps, à l’été, au soleil, au beau temps, bref, au dégel ; à ce temps lointain où l’on pourra sortir de chez soi juste pour le plaisir, et contempler la Nature, la tête haute. L’hiver, c’est le gel des désirs, des projets, des sentiments. Voilà pourquoi nous chérissons tant la période des fêtes de fin d’année, qui s’étend du Noël catholique à l’Ancien Nouvel An. Elle est une sorte d’éclaircie dans l’obscurité froide qui enveloppe notre si vaste territoire. L’éclat des guirlandes est un ersatz de soleil. On y croit… Mais il faut traverser un mois de février, court et pourtant tellement long, et « se traîner » jusqu’en avril, à patauger dans la gadoue. Alors, enfin, le soleil se montrera. En hiver, il brille pour d’autres.Et s’il brillait pour nous ? Un pays plus chaud, plus ensoleillé, avec des hivers courts et des étés longs… serait-ce encore la Russie ? […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 janvier 2019

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