Le Courrier de Russie

Dans un village sibérien, une plaque à l’amiral Koltchak divise les habitants

Rouges ou Blancs ? Bolchéviques ou tsaristes ? Quelles forces soutenir ? Quelles valeurs partager ? La question, essentielle en 1917, resurgit aujourd’hui, cent ans plus tard, avec une force étonnante. Et elle continue de diviser, exactement comme il y a un siècle, les villages et les familles. À Chipounovo, dans l’Altaï, un entrepreneur a installé une plaque commémorative au plus célèbre commandant des armées blanches, l’amiral Koltchak, et a provoqué l’indignation de ses voisins. Sib.fm a enquêté sur un conflit qui refuse de faire partie du passé.

De loin, l’hôtel de Chipounovo, un village à 180 km au sud-ouest de Barnaoul, ressemble à un navire. Le deuxième étage est orné d’une passerelle avec son gouvernail. Sur la balustrade du « pont », au premier étage, des drapeaux sont dressés : celui de la Croix de Saint André [drapeau de la Flotte russe, ndt], le drapeau rouge soviétique et le russe tricolore. Auprès de l’entrée, à côté d’une ancre suspendue, une plaque de marbre noir est fixée au mur. Elle représente un homme en veste de marine blanche. Sur ses pattes d’épaules : deux aigles bicéphales.

« Je suis le propriétaire de ce bâtiment. Il abrite un hôtel, où je vis. Et nous avons fait installer, au rez-de-chaussée, cette plaque commémorative à l’amiral Koltchak, explique Vladimir Loktionov, retraité. Il est impossible de rayer cet homme de l’Histoire. »

Vladimir Loktionov précise n’avoir pas toujours considéré l’amiral blanc comme digne d’admiration. « Autrefois, comme la majorité des Russes passés par l’école soviétique, je le voyais comme un personnage négatif », admet-il. Tout a changé en 1989, lorsque Vladimir, […]